%ïhmx% Return to LIBRARY OF MARINE BIOLOGICAL LABORATORY WOODS HOLE, MASS. LOANED BY AMERICAN MUSEUM OF NATURAL HlSTORY Becd 16 Jun 1896 BULLETIN DK LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE 1895 BULLETIN OE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE POUR L'ANNEE 1895 i VINGTIEME VOLUME PARIS AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 7, rue des Grands-Augustins, 7 18 9 5 AVI S Les Membres de la Société sont instamment priés d'adresser, d'une façon impersonnelle, tous les envois d'argent et les mandats à Monsieur le Trésorier de la Société Zoologique de France et toute la correspondance à Monsieur le Secrétaire Général de la Société Zoologique de France. LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ AU 31 JANVIER 1895 AVEC LA DATE DE LEUR ADMISSION Le nom des Membres fondateurs est précédé de la lettre F PRESIDENT HONORAIRE Vian (Jules), élu le 27 février 1894. MEMBRES HONORAIRES 1894 Agassiz (Alexander), directeur du Musée de zoologie compa- rée de Harvard Collège, à Cambridge, Mass. (Etats-Unis). F Barboza du Bocage (prof. José-Vicente), membre de l'Aca- démie royale des sciences, à Lisbonne (Portugal). 1892 Bogdanov (Anatole), directeur du Musée zoologique, à Moscou (Bussie). 1894 Flower (sir William Henry), K. C. B., F. B. S., directeur du British Muséum (natural history), président de la Société zoologique de Londres, South Kensington, à Lon- dres (Angleterre). 1878 Gunther (D r Albert), F. B. S., directeur de la section zoolo- gique au British Muséum, à Londres (Angleterre). 1878 Lacaze-Duthiers (D r Henri de), membre de l'Institut, profes- seur à la Sorbonne, 7, rue de la Vieille-Estrapade, à Paris. 1894 Lilljeborg (W.), professeur émérite à l'Université, à Upsal (Suède). 188G Milne-Edwards (Alphonse), membre de l'Institut, directeur du Muséum d'histoire naturelle, 57, rue Cuvier, à Paris. 1894 Mobius (K.), directeur du Musée zoologique, 43, Invaliden strasse, à Berlin (Prusse). 1880 Nordenskjôld (baron A. -E.), associé étranger de l'Académie des sciences, à Stockholm (Suède). 1878 Selys-Longchamps (baron Edmond de), membre de l'Aca- démie royale de Belgique, sénateur, 34, boulevard Sauve- nière, à Liège (Belgique). F Sharpe (B. Bowdler), F. L. S., chargé de la section ornitho- logique au British Muséum, à Londres (Angleterre). 1878 Steenmrup (Japetus S.), professeur émérite à l'Université de Copenhague (Danemark). MEMBRES CORRESPONDANTS 1893 Brusina (Spiridion), professeur à l'Universilé, directeur du Musée national zoologique, à Agram (Croatie). 1881 Dobson (D'G.-E.), M. A., F. R. S., F. Z. S., Colyford villa, Exeter, Devon (Angleterre). 1880 Dugès (D r Alfred), cousu] de France, à Guanajuato (Mexique). 1888 Fritsh (D r Anton), professeur à l'Université de Bohême, à Prague (Bohême). 181)3 Girard (D r Charles), 1!), boulevard Bineau, a Levallois- Perret (Seine). 1889 Goode (G. Brown), assistant Sécréta ry of the Smithsonian Institution, in charge of the United States NatioDal Muséum, à Washington, D. C. (Etats-Unis). 1890 Horst (D r R.), conservateur au Musée d'histoire naturelle, à Leide (Hollande). 1881 Ritchie (John), ex-président de la Boston Scienlific Society, à Boston, Mass. (Etats-Unis). 1891 Vejdovsky (Franz) , professeur à l'Université de Bohème, à Prague (Bohème). MEMBRES DONATEURS DÉCÉDÉS (1) F Branicki (comte Constantin), décédé en 1884. 1888 Chancel (M lle Aline), décédée en 1889. 1888 Guerne (baron Frédéric de), 1822-1888. 1876 Semallé (vicomte René de), décédé en 1894. (1) Par une délibération en date du 25 janvier 1885, le Conseil a décidé de main- tenir perpétuellement en lête du Bulletin la liste des Membres donateurs décédés. MEMBRES TITULAIRES (1) 1890 Albert I 01 ' (S. A. S. le prince), prince de Monaco (membre donateur), correspondant de l'Institut, 25, rue du fau- bourg Saint-Honoré, à Paris. 1889 Alluaud (Charles), 84, boulevard Saint-Michel, à Paris. 1870 Amblard (l) r Louis), 14 bis, rue Paulin, à Agen (Lot-et-Garonne). 1892 Ancey (Félix), administrateur-adjoint de la commune mixte, à Dra el Mizau (Algérie). 1892 André (E.), ancien notaire, 17, rue des Promenades, à Gray (Haute-Saône). 1892 Anghelesco (Constantin), étudiant en médecine, 7, impasse Royer-Collard, à Paris. 1893 Argod-Vallon (Albert), à Crest (Drôme). 1893 Armand-Delille, étudiant en médecine, 7, rue Portalis, à Paris. 1893 Arrigoni degli Oddi (comte), à Padoue (Italie). io. 1895 Astingo (Matheo), étudiant en médecine et en sciences natu- relles, 57, rue Rochechouart, à Paris. 1877 BAiLLY(J.-F.-D.),353,rue Saint-Laurent, à Montréal (Canada). 1890 Ballion (Jean), 367, chaussée de Courtrai, à Gand (Belgique). 1880 Bambeke (D r Charles van), professeur à l'Université, 7, rue Haute, à Gand (Belgique). 1878 Barrois (D r Jules), villa Barrois, Cap Brun, à Toulon (Var). 1880 Barrois (D r Théodore-Charles), professeur à la Faculté de médecine, 220, rue Solférino, à Lille (Nord). 1890 Barvîr (Henri), à Choltice (Bohème). 1891 Baudouin (D r Marcel), 14, boulevard Saint-Germain, à Paris. 1895 Baurac (D r J. C), médecin de la marine, au Tranchard, par Verteillac (Dordogne). 1879 Bavay, pharmacien en chef de la marine, 45, Grande-Rue, à Brest (Finistère). 2 °- 1889 Bedot (D r Maurice), directeur du Musée d'histoire naturelle, à Genève (Suisse). 1878 Bedriaga (D 1 ' Jacques de), 55, boulevard de l'Impératrice, à Nice (Alpes-Maritimes). 1880 Beltrémikux (D r E.), président de la Société des sciences îiaturellesdelaChareute-Inférieure.à LaRocheIle(Charente- Inférieure). 188(1 Berthoud (Léon), pharmacien de l'hospice de Bicètre (Seine). (1) La Société s'est vue dans la nécessité de rayer de la liste des membres un certain nombre de personnes qui avaient négligé de payer leur cotisation (.4/7. 10 du Règlement). VIII F Bertrand (Joseph), (membre à me), membre de l'Institut, professeur au Collège de France, 4, rue de Tournon, à Paris. F Besnard (Auguste), conducteur des ponts et-chaussées, 68, route de Laval, au Mans (Sarthej. 1891 Bétancès (D r Felipe), à Jacmel (Haïti). 1879 Betta (le commandeur Eduardo de), 11, corso Castelvecchio, à Vérone (Italie). 1884 Bibliothèque de l'Université et de l'Etat, à Strasbourg (Alsace). 1889 Bibliothèque universitaire, à Grenoble (Isère). J *>. 1890 Bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle, 2, rue de Buffon, à Paris. 1892 Bibliothèque universitaire, à la Faculté des sciences, à Nancy (Meurthe-et-Moselle). 1892 Bibliothèque universitaire, à Rennes (Ille-et- Vilaine). 1884 Bignon (M lle Fannyi, docteur ès-sciences naturelles, profes- seur à l'Ecole Edgard Quinet, 162, rue du Faubourg Poissonnière, à Paris. 1884 Binot (Jean), interne des hôpitaux, 22, rue Cassette, à Paris. 1891 Blanc (Edouard), explorateur, 18, rue Spontini, à Paris. 1892 Blanchard (M me Raphaël), {membre donateur), 32, rue du Luxembourg, à Paris. F BLANCHARD(D r Raphaël), (membre donateur), professeur agrégé à la Faculté de médecine, membre de l'Académie de méde- cine, 32, rue du Luxembourg, à Paris. 1889 Blasius (D r Rudolph), 25, Petrithor-Promenade, à Bruns- wick (Allemagne). 1889 Blasius (prof. Wilhelm), directeur du Musée d'histoire natu- relle, 17, Gauss-strasse, à Brunswick (Allemagne). 4o. 1886 Blavy (Alfred), officier de l'Instruction publique, 4. rue Barralerie, à Montpellier (Hérault). 1881 Blonay (Roger de), 23. rue de Larochefoucault, à Paris. 1883 Bolivar (Ignacio), professeur d'entomologie à l'Université, 7, calle Moreto, à Madrid (Espagne). 1882 Bonaparte (le prince Roland), (membre donateur), 10, avenue d'Iéna, à Paris. 1893 Bonnaire (D r Erasme), accoucheur des hoptaux, 37 ter, rue de Bourgogne, à Paris. 1885 Bonnier (Jules), directeur-adjoint de la Station maritime de Wimereux, 75, rue Madame, à Paris. 1889 Bottard (D r Alphonse), 67, boulevard de Strasbourg, au Havre (Seine-Inférieure). 1880 Boucard (Adolphe), officier d'Académie, Spring vale, île de Wight (Angleterre). 1885 Boiilart (Raoul), préparateur au Muséum, 6, rue rie la Cerisaie, à Paris. IX 1894 Bouret (Désiré), étudiant en pharmacie, 51, rue Madame, à Paris. 5o. 1890 Bouvier (D r E. L.), professeur agrégé à l'Ecole supérieure de pharmacie, 39, rue Claude Bernard, à Paris. 1893 Brabant (Edouard), au château de l'Alouette, près Cambrai (Nord). 1889 Branicki (comte Xavier), (membre à vie), 10, rue Wiejska, à Varsovie (Bussie). 1890 Braun (D r Max), professeur à l'Université, directeur du Musée zoologique, I, Sternwartstrasse, à Konigsberg (Prusse). 1892 Brian (Alfred), (membre donateur), 6, via San Sebastiano, à Gênes (Italie). 1883 Britto (D r Victor de), à Porto Alegre, province de Bio Grande do Sul (Brésil). 1894 Brôlemann (Henry), 22, rue Marignan, à Paris. 1892 Brongniart (D r Charles), assistant au Muséum, 9, rue Linné, à Paris. 1892 Buchet (Gaston), à Bomorantin (Loir-et-Cher). F Bureau (D r Louis), (membre à vie), directeur du Musée, professeur à l'Ecole de médecine, 15, rue Gresset, à Nantes (Loire-Inférieure). 6o. 1880 Cameraxo (D r Lorenzo) , professeur à l'Université, palais Carignan, à Turin (Italie). 1880 Campbell (John-Mac Naught), C. E., F. Z. S., senior assistant curator, Kelvingrove Muséum, à Glasgow (Ecosse). 1890 Candèze (D r Ernest), à Glain, près Liège (Belgique). 1893 Carus (J. Victor), professeur à l'Université, 7, Gellertstrasse, à Leipzig (Allemagne). 1887 Catois (D r Eugène), professeur à l'Ecole de médecine, 15, rue Ecuyère, à Caen (Calvados). 1880 Certes (Adrien), inspecteur général des finances, 53, rue de Varenne, à Paris. 1891 Chancel (M me Marius), (membre donateur), 32, rue du Luxem- bourg, à Paris. 1877 Chaper (Maurice), ingénieur, 31, rue Saint-Guillaume, à Paris. 1894 Chapon (Louis), étudiant en médecine, 44, rue de l'Arbre-Sec, à Paris. 1883 Chatin (D r Joannès), membre de l'Académie de médecine, professeur-adjoint à la Faculté des sciences, 147, boulevard Saint-Germain, à Paris. ;o. 1891 Chaves (Francisco Afïonso) , capitaine au 11 e chasseurs, directeur de l'Observatoire météorologique, à Ponta Del- gada, île Sào Miguel (Açores). 1888 Claybrooke (Jean de), 5, rue de Sontay, à Paris. 1884 Chevreux (Edouard), route du Cap, à Bône (Algérie). 1891 Chevreux (M Ue ), (membre à vie), 131, Grande-Rue, à Boulogne- sur-Seine (Seine). 1881 Clément (A.-L.), (membre à me), officier de l'Instruction publique, dessinateur, 34, rue Lacépède, à Paris. 1876 Collardeaudu Heaume (Marie-Philéas), 6, rue Halévy, à Paris. 1887 Cosmovici (D r Léon-C), professeur à l'Université, 31, strada Eternitate, à Jassy (Roumanie). 1888 Costes (Michel), licencié ès-sciences naturelles, 49, rue du Cardinal Lemoine, à Paris. 1882 Cousin (Auguste), à Guayaquil (Equateur). 1883 Crié (D r Louis), professeur à la Faculté des sciences, à Rennes (Ille-et-Vilaine). 8o. 1893 Dahl (D r Ferdinand), professeur à l'Université, à Kiel (Alle- magne). 1894 Dassonville (Charles), licencié ès-sciences, vétérinaire aux batteries de la deuxième Division de cavalerie, à Lunéville (Meurthe-et-Moselle). 1884 Dautzenderg (Philippe), (membre à vie), 213, rue de l'Univer- sité, à Paris. 1894 Dechamrre (P.), répétiteur de zootechnie à l'Ecole vétérinaire, à Alfort (Seine). 1887 Delage (D r Yves), professeur à la Sorbonne, villa de Nice, à Sceaux (Seine). F Delamain (Henri), négociant, à Jarnac (Charente). 1876 Demaison (Louis), 21, rue Nicolas Perseval, à Reims (Marne). 1880 Deyrolle (Emile), 46, rue du Bac, à Paris. 1894 Dollé (Maurice), à Laon (Aisne). F Dollfus (Adrien), directeur de la Feuille des jeunes natura- listes, 35, rue Pierre-Charron, à Paris. 90. 1892 Dollfus (Gustave), (membre à vie), 45, rue de Chabrol, à Paris. 1887 Dominici (Henri), licencié ès-sciences, 4, rue Castiglione, à Paris. 1894 Dongé (Ernest), 36, avenue de Châtillon, à Paris. 1877 Douvillé, professeur à l'Ecole des Mines, 207, boulevard Saint-Germain, à Paris. 1876 Dubois (D r Alphonse), conservateur du Musée royal d'histoire naturelle, 402, avenue de Corteubergh, à Bruxelles (Belgique). 1882 Dubois (D r Raphaël), professeur à la Faculté des sciences, à Lyon (Rhône). 1889 Duchaussoy (D r ), professeur agrégé à la Faculté de médecine, 8, rue des Beaux-Arts, à Paris. 1888 Durègne (Emile), 142, rue de Pessac, a Bordeaux (Gironde). 1882 Duval (D r Mathias), professeur à l'Ecole des beaux-arts et à la Faculté de médecine, membre de l'Académie de méde- cine, 11, cité Malesherbes, à Paris. XI 1892 Ecole normale des Instituteurs, à Orléans (Loiret). 100. 1887 EMERY(Emile), interne des hôpitaux, 10, rue Saint-Martin, à Paris. 1876 Fatio (Victor), 1, rue Bel lot, à Genève (Suisse). 1892 Eaurot (M ,ne Lionel), 4, rue de Coin mailles, à Paris. 1884 Faurot (D r Lionel), {membre à vie), 4, rue de Commailles, à Paris. 1885 Ferré (D r Gabriel), professeur à la Faculté de médecine, à Bordeaux (Gironde). 1893 Field (D r Herbert Haviland), à la Station zoologique, à Naples, (Italie). 1880 Filhol (D r Henri), professeur au Muséum d'histoire naturelle, 9, rue Guénégaud, à Paris. 1894 Fischer (D r Henri), chef des travaux zoologiques à la Faculté des sciences, 9, rue Legofï, à Paris. 1892 Fleutiaux (Edmond), 1, rue Malus, à Paris. 1894 FoÀ (Edouard), explorateur en Afrique, 43, rue Saint-Lazare, à Paris, no. 1880 François (Ph.), en cours d'exploration en Océanie. 1890 Friedlànder (R.) et fils, libraires, 11, Carlstrasse, à Berlin (Prusse). 1884 Gâche (Henri), 201, avenue Victor Hugo, à Paris. 1881 Gadeau de Kerville (Henri), 7, rue Dupont, à Rouen (Seine-Inférieure). 1880 Garman (Samuel), assistant of ichthyology and herpetology at the Muséum of Comparative Zoology,at Harvard Collège, à Cambridge, Mass. (Etats-Unis). 1894 Gaudry (Albert), membre de l'Institut, professeur au Muséum d'histoire naturelle, 7 bis, rue des Saints-Pères, à Paris. 1879 Gazagnaire (Joseph), secrétaire de la Société entomologique de France, 33, boulevard de Port-Royal, à Paris. 1887 Girod (D r Paul) , professeur à l'Ecole de médecine et à la Faculté des sciences, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). 1890 Girodon (Alphonse), 7, quai Saint-Clair, à Lyon (Rhône). 1888 Greenough (H. S.), 30, rue de Bassano, à Paris. 120. 1894 Grouvelle (Philippe), 09, rue de Gergovie, à Paris. 1891 Gruvel, préparateur à la Faculté des sciences, 2, rue d'Arras, à Paris. 1880 Guerne (baron Jules de), {membre donateur), G, rue de Tournon, à Paris. 1880 Guitel (Frédéric), préparateur à la Sorbonne, à Marly-le-Roi (Seine-et-Oise). 1892 Gutman (Joseph), étudiant en médecine, 7, rue Méchain, à Paris. XII 1891 Hallez (D r Paul), professeur à la Faculté des sciences, à Lille (Nord). F Hamonville (baron Louis d'), {membre donateur), conseiller général de Meurthe-et-Moselle, au château de Manonville, par Noviant-aux-Prés (Meurthe-et-Moselle). 1890 Havkine, bibliothécaire à l'Institut Pasteur, 25, rue Dutot, à Paris. 1888 Hecht (D r Emile), 15, rue de Lorraine, à Nancy (Meurthe- et-Moselle). 1892 HERHERA(Alphouse L.), aide-naturaliste au Muséum national, à Mexico (Mexique). i3o. 1886 Hérouard (D r Edgard), préparateur à la Faculté des sciences, 9, rue de l'Eperon, à Paris. 1891 Huber (Adolphe), 12 bis, place de Laborde, à Paris. 1885 Huet (D r L.), maître de conférences à la Faculté des sciences, 8, rue de la Chaîne, à Gaen (Calvados). F Hugo (comte Léopold), (membre donateur), statisticien au Ministère des travaux publics, 14, rue des Saints-Pères, à Paris. 1883 Hyades (D r ), médecin en chef de la marine, médecin de l'Escadre de la Méditerranée, à bord du Formidable, à Toulon (Var). 1894 Ismaïl Hakki, élève à l'Ecole vétérinaire, à Alfort (Seine). 1893 Janet (Armand), (membre à vie), ancien ingénieur de la marine, 8, boulevard du Littoral, à Mourillo j-Toulon (Var). 1890 Janet (Charles), ingénieur des arts et manufactures, à Beau- vais (Oise). 1890 Joanin (Albert), étudiant en médecine, 16, rue de Lancry, à Paris. 1890 Jolicoeur (D r Henri), professeur à l'Ecole de médecine, 15, boulevard de la République, à Reims (Marne). i4°- 1882 Joubin (D r Louis), (membre à vie), professeur-adjoint à la Faculté des sciences, à Rennes (Ille-et-Vilaine). 1892 Jourdan (Etienne), professeur-adjoint à la Faculté des sciences, 6, rue de la Bibliothèque, à Marseille (Bouches- du Rhône). F Jousseaume (D r Félix), (membre à vie), 29, rue de Gergovie, à Paris. 1880 Juliany (Joseph), 12, place de l'Hôtel-de-Ville, à Manosque (Basses-Alpes). 1879 Jullien(D 1- Jules), 44, rue Richer, à Paris. 1879 Kempen (Ch. van), 12, rue Saint-Bertin, à Saint-Omer (Pas- de-Calais). 1894 Koehler (R.), professeur à la Faculté des sciences, à Lyon (Rhône). Mil 1888 Kerhervé (L.-B. de), licencié ès-sciences naturelles, 21, rue du Cherche-Midi, à Paris. 1889 Korotnev, professeur à l'Université de Kiev (Russie), directeur de la Station maritime de Villefranche (Alpes-Maritimes). 1893 Krasilshtshik (Isaac), rue Iasskaïa, à Kishinev (Russie méridionale). i5o. 1879 Kùnckel d'Herculais (Jules), assistant au Muséum d'histoire naturelle, 20, villa Saïd, à Paris. 1891 Labbé (D r Al|)honse), préparateur à la Faculté des sciences, 11, rue de Vaugirard, à Paris. 1891 Laboratoire de zoologie de l'École pratique desHautes-Études, au Muséum d'histoire naturelle, 55, rue de Bufïon, à Paris. 1887 Labonne (D r Henri), directeur de la Société d'éditions scien- tifiques, 15, rue de Médicis, à Paris. 1895 Lafuma (Emile), industriel, à Paviot, près Voiron (Isère). 1880 Lallemant, pharmacien, à l'Arba, près Alger (Algérie). 1895 Lallier (Paul), étudiant en médecine, 41 bis, rue Guttemberg, à Boulogne-sur-Seine (Seine). 1886 Lamy (Ernest), 113, boulevard Haussmann, à Paris. 1894 Lance (Denis), 13 bis, rue Berthollet, à Paris. 1892 Lande (D r Adam), 6, Maryjanska, à Varsovie (Russie). 160. 1885 Landowski (D r L.), 62, rue Miromesnil, à Paris. 1880 Langlassé (René), 42, quai National, à Puteaux (Seine). 1894 Laquiante (Francis), étudiant en médecine et en sciences naturelles, 107, rue de Rennes, à Paris. 1883 Larcher (D r Oscar), membre de la Société de Biologie, 95, rue de Passy, à Paris. 1877 Larguier des Bancels (D r ), conservateur du Musée de zoologie de Vaud, 29, rue de Bourg, à Lausanne (Suisse). 1888 Lavergne de Labarrière (Joseph-Loïs), inspecteur d'as- surances, 47, rue Taitbout, à Paris. F Le Breton (André), 43, boulevard Cauchoise, à Rouen (Seine-Inférieure). 1887 Lecourt (D r Louis), à Joux-la-Ville, par Lucy-le-Bois (Yonne). 1883 Lemoine (D r Victor), professeur honoraire à l'Ecole de méde- cine de Reims, 11, rue Soufflot, à Paris. 1882 Lennier (G.), directeur du Muséum d'histoire naturelle, 22, route de la Hève, à Sainte-Adresse, près le Havre (Seine- Inférieure). 170. 1892 Léon (D r Nicu), professeur à l'Université, à Jassy (Roumanie). 1891 Léveillé (Albert), bibliothécaire de la Société entomologique de France, 10, rue du Dragon, à Paris. 1891 Lignières (Joseph), répétiteur à l'Ecole vétérinaire, à Alfort (Seine) . XIV 1887 Linarès (de), professeur à l'Université, 8, paseo del Obelisco, à Madrid (Espagne). 1890 Loriol (Perceval de), au chalet des Bois, par Crassier, canton de Vaud (Suisse). 1880 Luget (Adrien), vétérinaire, à Courteuay (Loiret). 1893 Maés (Albert), 39 bis, rue du Landy, à Clichy (Seine). 1889 Magalhàes (D r Pedro Severiano de), professeur à la Faculté de médecine, caixadecorreio n° 540, à Rio-de-Janeiro (Brésil). 1882 Maggi (Leopoldo), professeur à l'Université, à Pavie (Italie). 1886 M\G^E(Mexnm\ve), (membre donateur) M, rue Pasquier.à Paris. 180. 1889 Maisonneuve (D r Paul) , professeur à l'Université libre, à Angers (Maine-et-Loire). 1884 Man (D r J.-G. de), à Jerseke, Zélaude (Hollande). 1887 Marghal (Georges), interne à l'hôpital Saint-Joseph, 79, rue Denfert-Rochereau, à Paris! 1887 Marchal (D r Paul), directeur de la Station entomologique de Paris, 126, rue Boucicaut, à Fontenay-aux-Roses (Seine). 1891 Marconnet (Ferdinand), interne des hôpitaux , 30, rue de Metz, à Nancy (Meurthe-et-Moselle). 1889 Margô (D r Théodore), {membre à vie), membre de l'Académie des sciences, directeur du Musée zoologique, professeur à l'Université, 4, Muséum Rôrut, à Budapest (Hongrie). 1879 Marron, correspondant de l'Institut, professeur à la Faculté des sciences, à Marseille (Bouches-du-Rhône). F Marmottan (D r ), 31, rue Desbordes-Valmore, à Paris. 1892 Martel (E.-A.), avocat, 8, rue Ménars, à Paris. 1892 Martin (D r Henri), 4, rue Faustin-Hélie, à Paris. 190. 1885 Martin (René), avocat, au Blanc (Indre). 1893 Maupas (E.), conservateur de la Bibliothèque, rue de l'Etat- major, à Alger (Algérie). 1890 Maurice (D r Charles), à Attiches, par Pont-à-Marcq (Nord). 1879 Mégnin (Pierre), membre de l'Académie de médecine, 4, avenue Aubert, à Vincennes (Seine). 1889 Metchnikof (D r Elie), ex-professeur à l'Université d'Odessa, chef de service à l'Institut Pasteur, 18, rue Dutot, à Paris. 1894 Meunier (Fernand), 22, rue de la Paille, à Bruxelles (Belgique). 1884 Moniez (D r Romain), professeur à la Faculté de médecine, à Lille (Nord). 1887 Monvenoux (D r Frédéric), 25, rue Grenette, à Lyon (Rhône). 1889 Moreau (D r Emile), 7, rue du Vingt-Neuf Juillet, à Paris. 1883 Morgan (Jacques de), chez M. le comte de Saint Martin, 26, rue Victor-Hugo, à Amiens (Somme). 200. 1892 Moulé (Léon), contrôleur du service de l'inspection des viandes, 3, rue de l'Ancieuue-Coinédie, à Paris. XV 1876 Musée d'histoire naturelle, à Douai (Nord). 1892 Musée d'histoire naturelle, à Genève (Suisse). 1888 Musée zoologique, 43, Invalidenstrasse, à Berliu (Prusse). 1883 Musée national zoologique, à Agrain (Croatie). 1886 Nabias (D r B. de), [membre à oie), professeur à la Faculté de médecine, 17 bis, cours d'Aquitaine, à Bordeaux (Gironde). 1888 Nadar, 51, rue d'Anjou, à Paris. 1891 Ner ville (Ferdinand de), ingénieur des télégraphes, 116, boulevard Haussmann, à Paris. 1891 Neumann (Georges) , professeur à l'Ecole vétérinaire, à Toulouse (Haute-Garonne). 1891 Nogué(D f Baymoud), 105, boulevard Voltaire, à Paris. ai0 . 1876 Oberthur (Charles), imprimeur, à Rennes (Ille-et-Vilaine). 1893 Odier (Georges), 73, rue de Courcelles, à Paris. 1893 Odin (A.), directeur du Laboratoire maritime, aux Sables d'Olonne (Vendée). 1895 Oliveira (Paulino d'j, professeur de zoologie à l'Université de Coïmbra (Portugal). 1892 Olivier (Ernest), au château des Ramillons, près Moulins (Allier). 1890 Orueta (Domingo de), ingénieur, à Malaga (Espagne). 1879 Oudri (Emile), chef de bataillon, commandant le 2 e bataillon d'infanterie légère d'Afrique, à Cao-Bang (ïonkin) et à Durtal (Maine-et-Loire). 1884 Oustalet(D f Emile), assistant au Muséum, 55, rue de Bulïon, et 121 bis, rue Notre-Dame-des-Champs, à Paris. 1889 Packard (A. S.), professeur à Bronn University, à Provi- dence, R. I. (Etats-Unis). 1888 Pages (D r Jules), 3, rue des Saussaies, à Paris. 220. 1890 Palacky (Jean), professeur à l'Université de Bohème, 11, rue de Cracovie, à Prague (Bohème). 1891 ParÂtre (René), étudiant en médecine, 14, rue Littré, à Paris. 1889 Paszlavszky (Joseph), professeur à la Réaliskola, Toldy Férencz-utcza, à Budapest (Hongrie). 1892 Pavesi (Pietro), professeur à l'Université, 5, via Belli, à Pavie (Italie). 1884 Pavlov (M me Marie), Chérémétevski péréoulok, maison Chérémetiev, logement 65, à Moscou (Russie). 1876 Pelletier (A.-J. -Horace), avocat à la Cour d'appel de Paris, à Madon, commune de Condé, par Blois (Loir-et-Cher). F Pennetier (D r Georges), directeur du Musée d'histoire natu- relle, professeur à l'École de médecine, 9, rue Alain-Blan- chard, à Rouen (Seine-Inférieure). XVI 1887 Perrier (Edmond), membre de l'Institut, professeur au Muséum, 28, rue Gay-Lussac, à Paris. 1880 Perroncito (D r Edouard), professeur à l'Ecole vétérinaire et à l'Université, 40, corso Valentino, à Turin (Italie). 1876 Petit (Louis) aîné, naturaliste, 21, rue du Caire, à Paris. 23o. 1893 Pic (Maurice), (membre à vie), à Digoin (Saône-et-Loire). 1879 Pierson (Henri), (membre à vie), 6, rue de la Poterie, à Paris. 1884 Pilliet (D r Alexandre), 4, rue Richepanse, à Paris. 1879 Plateau (Félix), professeur à l'Université, 152, chaussée de Courtrai, à Gand (Belgique). 1889 Preudhomme de Borre (Alfred), villa de la Fauvette, Petit Saconnex, à Genève (Suisse). 1886 Prouho (Henri), maître de conférences à la Faculté des sciences, 72, rue Jeanne-d'Arc, à Lille (Nord). 1888 Rabé (D r Félix), à Maligny (Yonne). 1893 Racovitza (Emile), licenciées-sciences, 140, boulevard Saint- Germain, à Paris. 1882 Railliet (A.), professeur d'histoire naturelle à l'Ecole vété- rinaire, à Alfort (Seine). 1886 Raspail (Xavier), à Gouvieux (Oise). 240. 1879 Regnard (D r Paul), professeur à l'Institut national agrono- mique, directeur-adjoint du laboratoire de pbysiologie de la Sorbonne, 224, boulevard Saint-Germain, à Paris. 1895 Reyckaert (J.), 7, rue des Grands-Augustins, à Paris. 1887 Richard (D r Jules), 30, rue du faubourg Saint-Honoré,à Paris. 1877 Richet (D r Charles), professeur à la Faculté de médecine, 15, rue de l'Université, à Paris. 1887 Robinet (Charles), professeur de physique au lycée, 13, rue Nicole, à Chartres (Eure-et-Loir). 1893 Roche (D r Georges), inspecteur principal des pèches, 20, avenue des Gobelins, à Paris. 1895 Roche (Emile), préparateur à la Sorbonne, 25, rue Daguerre, à Paris. 1890 Rodriguez (Léopold), étudiant en médecine, attaché à la légation de Guatemala, 2, rue Racine, à Paris. 1888 Rollinat (Raymond), à Argenton (Indre). F Rothschild (baron Edmond de), (membre donateur), 19, rue Laffite, à Paris. 260. 1880 Rotrou (Alexandre), pharmacien, à la Ferté-Bernard (Sarthe). 1893 Rouillé (Louis), villa Marjac, au Bois vert, commune de Fouras (Charente-Inférieure). 1888 Sabatier (D r Armand), professeur à la Faculté des sciences, à Montpellier (Hérault). 1895 Saint-Joseph (baron de), 23, rue François I er , à Paris. XVII 1893 Saint-Loup (Remy), maître de conférences à l'Ecole des Hautes-Etudes, 104, rue de la Tour, à Paris. 1894 Sanquirico (Charles), 25, rue Daguerre, à Paris. 1894 Santos (Luiz Francisco dos), pharmacien de la flotte brési- lienne, chez M. Audibert, pharmacien, à la Seyne (Var). 1876" Saunders (Howard), F. Z. S., F. L. S., 7, Radnor place, Gloucester square, à Londres (Angleterre). 1884 Sauvage (D r Emile), directeur de la Station aquicole, 39 bis, rue Tour Notre-Dame, à Boulogne (Pas-de-Calais). 1881 Sauvinet (L. -Ernest), assistant au Muséum, 58, rue Cuvier, à Paris. 260. 1894 Sauzier (Théodore), 6, boulevard de Courcelles, à Paris. 1886 Schlumberger (Charles), ingénieur de la marine en retraite, 21, rue du Cherche-Midi, à Paris. 1889 Secques (François), pharmacien de l'Assistance publique, 3, rue de l'Epée de bois, à Paris. F Sédillot (Maurice), 20, rue de l'Odéon, à Paris. 1879 Seoane (Yictor-Lopez), avocat, membre de l'Académie royale des sciences, commissaire royal pour l'agriculture, etc., 5, Lucbana, à la Corogne (Espagne). 1876 Shelley (captain Georges-Ernest), (membre à vie), F. Z. S., 13, Rutland gâte, S. W., à Londres (Angleterre). F Simon (Eugène), 16, villa Saïd, à Paris. 1892 Sovinsky, professeur à l'Université, à Kiev (Russie). 1893 Spengel (D r J. W.), professeur à l'Université, à Giessen (Allemagne). 1877 Steindachner (Hofrath D r Frantz), Director des naturhisto- rischen Hofmuseums, Burgring, à Vienne (Autriche). 270. 1889 Stolz.mann (Jean), 10, rue Wiejska, à Varsovie (Russie). 1889 Studer (D r Th.), professeur à l'Université, directeur du Musée, rue des Orphelins, à Berne (Suisse). 1888 Suchetet (André), au château d'Autiville-Bréauté, par Goder- ville (Seine-Inférieure), et 10, rue Alain-Blanchard, à Rouen. 1892 Targioni-Tozzetti (Adolphej, professeur à l'Institut des études supérieures, 19, via Romana, à Florence (Italie). 1893 Théry (André), à Saint-Charles, près Philippeville (Algérie). 1887 Topsent (D r Emile), professeur à l'Ecole de médecine, à Reims (Marne). 1878 Tourneux (D r Frédéric), professeur à la Faculté de médecine, 14, rue Philomène, à Toulouse (Haute-Garonne). 1894 Traizet (Emile), 42, rue Notre-Dame de Nazareth, à Paris. 1887 Trapet, pharmacien-major à l'hôpital militaire, à Rennes (llle-et-Vilaine). 1895 Trouessart (D r E.), 112, avenue Victor Hugo, à Paris. Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 2 XVIII 280. 1889 Vaillant (Léon), professeur au Muséum d'histoire naturelle, 2, rue de Bufïon, à Paris. 1891 Vaudremer (D r Albert), 50, rue Centrale, à Cannes (Alpes- Maritimes). F Vian (Jules), (membre donateur), 42, rue des Petits-Champs, à Paris. 1876 Vian (Paul), notaire, 3, rue Turbigo, à Paris. 1894 Vignal (Louis), 28, avenue Duquesue, à Paris. 1876 Vilemarest (baron de), 3, rue de Villersexel, à Paris. 1888 Villedieux (Léopold), à Lariaux, par Saint-Rémy en Rollat (Allier). 1891 Wardell Stiles (D r Charles), Bureau of animal industry, Department of agriculture, à Washington, D. C. (États- Unis). 1880 Wavrin (marquis de),^49, boulevard du Régent, à Bruxelles (Belgique). 290. 1880 Weber (D r Max), professeur à l'Université, 3, Sarphatikade, à Amsterdam (Hollande). 1890 Wierzejsky, professeur à l'Université, 6, Wielopole, à Cracovie (Autriche). 'jç)2. 1891 Zograf (D r Nicolas), professeur à l'Université, Musée poly- technique, à Moscou (Russie). BUREAU & CONSEIL UK LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE POUR L'ANNÉE 1895 Membres du Bureau : MM. Président Prof. L. Vaillant. \ Prof. E. L. Bouvier. Vice-Présidents < . n „ ( Prof. R. Moniez. Secrétaire général Prof. R. Blanchard. [ L. B. de Kerhervé. Secrétaires j ( D r J. Richard. Secrétaire-archiviste Fr. Secques. Trésorier C. Schlumberger. Archiviste-Bibliothécaire H. Pierson. Membres du Conseil : /° Membres donateurs S. A. S. le prince Albert I er , de Monaco. M me R. Blanchard. Prof. R. Blanchard. A. Brian. Prince R. Bonaparte. M me M. Chancel. B on J. de Guerne. B on d'Hamonville. O L. Hugo. A. Magne. B°" de Rothschild. J. Vian. 2° Anciens présidents A. Railliet. Ph. Dautzenberg. D r E. Oustalet. D r L. Faurot. Pour 1893 Pour 1894 Pour 1895 3° Membres élus A. Certes. M. Chaper. E. Simon. A. Suchetet. M 116 F. Bignon. Prof. L. Bureau. D r F. Jousseaume. D r C. WardellStiles. Prof. H. Filhol. Prof. L. Joubin. Prof. V. Lemoine. D r P. Marchal. LISTE DES PRÉSIDENTS DEPUIS LA FONDATION DE LA SOCIETE Président honoraire : M. J. Vian. MM. 1876 J. Vian. 1877 J. Vian. 1878 F. Jousseaume. 1879 E. Perrier. 1880 J. Vian. 1881 F. Lataste. 1882 E. Simon. 1883 J. Kunckel d'Herculais. 1884 M. Chaper. 1885 P. MÉGNIN. MM. 1886 P. Fischer (f 1893). 1887 A. Certes. 1888 J. JULLIEN. 1889 G. Cotteau (f 1894). 1890 J. DE GUERNE. 1891 A. Railliet. 1892 Ph. Dautzenrerg. 1893 E. Oustalet. 1894 L. Faurot. 1895 L. Vaillant. Séance du 8 Janvier 1895 PRÉSIDENCE DE MM. L. FAUROT ET L. VAILLANT. M. le D r L. Faurot, président sortant, ouvre la séance et prononce l'allocution suivante : « Messieurs et chers Collègues, » Le soin de présider vos séances a été pour moi une tâche des plus faciles, grâce à l'aménité traditionnelle qui règne dans vos discussions et grâce aussi à votre Secrétaire général, dont le dévouement aux intérêts scientifiques et matériels de votre asso- ciation est un sûr garant de sa vitalité. Cette vitalité est d'ailleurs bien manifeste. » C'est ainsi que, dans le cours de l'année qui vient de finir, le nombre de nos confrères s'est accru dans une notable proportion, nos finances s'équilibrent malgré la modicité du prix des cotisations et, détail qui a son importance, les Mémoires et le Bulletin vont désormais s'imprimer sur un papier supérieur par sa qualité et sa durée à celui en usage dans beaucoup de Sociétés savantes. » Je vous signalerai le succès de votre première Réunion annuelle du 27 février 1894, présidée par M. le Professeur Vaillant. Ce succès est dû pour une large part au concours de nos collègues de la province que la Réunion du 28 février prochain ne peut manquer d'attirer en nombre encore plus considérable qu'il y a un an. » Je dois aussi rappeler que nous avons eu le regret de perdre en M. Cotteau un confrère éminent qui, par la valeur de ses travaux sur les Oursins fossiles, s'était acquis une notoriété considérable, ainsi qu'une compétence sans égale pour la détermination de ces animaux. )) Enfin, en cédant ce soir mes fonctions à M. le Professeur Vaillant, désigné par vos suffrages, et en vous remerciant de l'honneur que vous m'aviez fait eu m'y appelant, il me reste à souhaiter qu'avec la vingtième année qui va commencer pour notre Société, les progrès qui se sont déjà montrés dans l'impor- tance de ses travaux se développent de plus en plus en même temps que s'augmentera le chiffre des adhérents ». 2 SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 M. le Professeur L. Vaillant, président pour l'année 1895, prend place au fauteuil et prononce le discours suivant : « Messieurs, » En prenant place au fauteuil présidentiel où vos suffrages ont bien voulu m 'appeler, je serai, j'en suis sûr, l'interprète de vos sentiments unanimes en adressant nos remerciements à M. le D r Faurot, qui, pendant l'année dernière, a dirigé nos séances. » L'accroissement de la liste de nos sociétaires, s'il n'est pas aussi rapide qu'il serait sans doute désirable, suit cependant une marche ascendante bien faite pour nous encourager ; nous comptons aujourd'hui 313 membres, dont 291 titulaires. Ne nous dissimulons pas toutefois, malgré ces résultats satisfaisants, que nous ne sau- rions faire trop d'efforts, chacun de son côté, pour favoriser par tous les moyens cette expansion : l'avenir est à ce prix. » Nous avons inscrit parmi nos membres, dans l'année qui vient de s'écouler, MM. Al. Agassiz (de Cambridge), Flower (de Londres), Lilljeborg (d'Upsal), Môbius (de Berlin), savants dont la légitime réputation ne peut que jeter un nouveau lustre sur la Société Zoolo- gique de France. » Je vous rappellerai aussi la nomination comme Président honoraire de M. J. Vian, si dévoué, et de si longue date, à notre association. » En terminant, il me reste à appeler votre attention sur un point particulier qui intéresse directement la Société et deman- dera de votre part une étude sérieuse. Le Conseil s'est préoc- cupé à plusieurs reprises de l'intérêt qu'il peut y avoir à solliciter notre reconnaissance comme Société d'utilité publique, fait dont l'importance ne peut échapper à aucun d'entre vous. Le moment paraît venu de résoudre cette grave question et sous peu une solution vous sera présentée. » Je rappelle également à votre souvenir qu'en 1895 doit se tenir à Leyde la troisième session du Congrès international de Zoologie. Ces réunions, inaugurées à Paris, en 1889, et continuées depuis à Moscou, en 1892, ont, l'une et l'autre fois, réussi au-delà de toute espérance. La Société Zoologique de France pouvant, à juste titre, se regarder comme ayant la première pris l'initiative de ces utiles réunions et réclamer sa part dans leur succès, nos vœux et nos efforts doivent tendre à ce que cette troisième session soit aussi suivie, aussi féconde au point de vue scientifique, que celles qui l'ont précédée. » SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 3 M. le Président présente les félicitations de la Société à M. le D r Jourdan, nommé professeur adjoint de zoologie à la Faculté des sciences de Marseille ; à M. le professeur Neumann, nommé cheva- lier de la Légion d'honneur; à M. Dautzenberg, promu officier de l'Ordre de Léopold. M. Certes s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. M. le Ministre de l'Instruction publique annonce que le prochain Congrès des Sociétés savantes aura lieu, à la Sorbonne, du 16 au 20 avril prochain. Il demande à la Société de s'y faire représenter. La Société délègue à cet effet MM. Chaper, de Guerne, Lemoine et Vaillant. MM. les D rs Baurac et Trouessart, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. MM. J. de Guerne et L. Vaillant présentent M. le baron de Saint- Joseph, 23, rue François I er , à Paris. MM. R. Blanchard et J. Richard présentent M. Paul Lallier, étudiant en médecine, 41 bis, rue Guttemberg, à Boulogne sur- Seine (Seine). MM. de Kerhervéet J. Richard présentent M. Paulino d'Oliveira, professeur de zoologie à l'Université de Coïmbra (Portugal). M. Ch. van Kempen adresse la note suivante : « Les Hirondelles de cheminées (Hirundo rustica L.j, qu'un prin- temps d'une douceur exceptionnelle (principalement pendant la fin du mois de février et le mois de mars) eut semblé devoir ramener plus tôt dans notre région, n'ont cependant pas fait leur apparition, à ma connaissance, avant la mi-avril ; j'ai vu les premières le 12 de ce mois. Quelques couples nous ont quitté assez tard, j'en ai encore aperçu plusieurs le 16 octobre. J'ai euteudu dans la ville de Saint- Omer le chant de la Fauvette à tète noire (Sylvia atricapilla Scop.), le 7 avril. » M. Fr. Secques, secrétaire-archiviste, présente la liste des publi- cations périodiques reçues en échange pendant l'année 1894 (1). (1) Les Sociétés ou Académies avec lesquelles la Société Zoologique de France est en relation d'échanges sont priées de considérer l'insertion sur la présente liste comme un accusé de réception et de bien vouloir envoyer les numéros qui, n'ayant pas élé reçus, ne figurent pas sur cette liste. 4 SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 EUROPE FRANCE Aix. Amiens. Angers. Autun. Auxerre. Béziers. Bordeaux. Boulogne-sur-Mer. Bourg. Caen. Chalon-sur-Saône. Châteauroux. Cherbourg. Dijon. Grenoble. La Rochelle. Lille. Lyon. Marseille. Montpellier. Moulins. Nancy. Nantes. Académie des sciences. Société linnéenme du Nord de la France. Société d'études scientifiques. Bulletin, XXII, 1893 ; XXIII, 1894. Société d'histoire naturelle. Bulletin, I-VI Procès-verbaux des séances, 1893. Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne. Bulletin XLYll, l"et 2« sem.1893; XLVI11,1" sem. 1894. Société des sciences naturelles. Bulletin, XVI, 1893. Société d'anthropologie de. Bordeaux et du Sud-Ouest. Société linnéenne. Actes, (5), V, 1891-92; VI, 1893. Catalogue de la bibliothèque, n° 1. Annales de la Station aquicole, II, n° 1. Société des sciences naturelles de l'Ain. Bulletin, 1, 1 er semestre 1894. Société linnéenne de Normandie. Bulletin, (4), VII, n» s 3-4; VIII, n°» 1-2,1894. Mémoires, (2), I, n ' 1-3; II, n° 1. Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire. Musée municipal. Bulletin, n" 15-18. Société des sciences naturelles. Académie des sciences, arts et belles-lettres. Mémoires, (4), IV, 1893-1894. Société des sciences naturelles du Sud-Est. Société de statistique, des sciences naturelles et des arts industriels. Académie des belles-lettres, sciences et arts. Société géologique. Société linnéenne. Annales, XXXVII 1, 1891 ; XXXIX, 1892 ; XL, 1893. Muséum d'histoire naturelle. Société scientifique industrielle. Bulletin, XXI, n° s 3-4, 1893; XXII, n° 1, 1894. Académie des sciences et lettres. Mémoires, (2), I, n°»3-4; II, n" 1. Revue scientifique du Bourbonnais, VII, n" 1-6, 9-12. Bibliographie anatomique, II, n° s 1-6, 1894. Société académique. Annales, Cl), IV, V. Société des sciences naturelles de l'Ouest de la France. Bulletin, IV, n"- 1-3, 1894. SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 Paris. Rouen. Semur. Toulouse. Académie des sciences. Comptes-rendus, CXV11I et table, CXIX. Annales des sciences naturelles, Zoologie, (7), XV, n ' 3-6; XVII, n" 1, 4-6; XVIII, n° s 1-6. Archives de médecine navale et coloniale, LXI. n 08 1-6; LXII, n" 1 1-6, 1894. Feuille des jeunes naturalistes, n° s 279-291. Institut national agronomique. Annales, XI, XII, XIII. Journal de Conchyliologie, XLI, n°» 3 4 ; XLII, n° 1. La Nature, n°» 1075-1127. Le Naturaliste, (2), n° s 164-174, 176-184, 186-188. Recueil de médecine vétérinaire, Alf'ort, (8), I, n os 1-18, 20-23. Revue maritime et coloniale (Section despêches), II, n os 1-11 . Revue scientifique, (4), I, n« s 1-13, 15-26; II, n° 8 1-15, 17-18, 21-26. Revue des sciences naturelles de l'Ouest, III, n° 4 ; IV. Revue des travaux scientifiques, XIII, n os 10-12 ; XIV, n° s 1-8. Société d'acclimatation. Revue des sciences naturelles appliquées (Bulletin bi- mensuel), XI, n° s 1-24, 1894. Société d'anthropologie. Bulletin, (4), IV, n° 12, 1893; V, n°» 1-6. Mémoires, (3), I, n<> 9 2-3. Société de géographie. Bulletin (7), XIV, n«* 3-4, 1893; XV, n»» 1-3, 1894. Compte-rendus, n os 1-10, 1894. Société géologique de France. Bulletin, XXI, 1893. Société philomathique. Bulletin, (7), VII, VIII, XI, XII; (8), I-V. Le Tour du Monde, n<" 1722-1762, 1764-1766, 1768-1773. Nouvelles géographiques, n°" 2-6, 8-12, 1894. Société des Amis des sciences naturelles. Société des sciences historiques et naturelles. Académie des sciences. ALLEMAGNE Berlin. Bonn. Brème. Chemnitz. Dantzig. Akademie der Wissenschaften. Sitzungsberichte, n 05 39-53, 1893; n 0R 1-38, 1894. Gesellschaft naturforscbender Freunde. Sitzungsberichte, 1893. Naturhistorischer Verein der preussischen Rheinlande. Verhandlungen, L, n° 2; LI, n° 1. Naturwissenschaftlicher Verein. Abhandlungen, XIII, n° 1, 1894. Naturwissenschaftliche Gesellschaft. Bericht, XII, 1889-92. Naturforschende Gesellschaft. SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 Dresde. Erlangen. Francfort-sur-le-Mein Francforf-sur-1'Oder. Freiburg i/Br. Giessen. Halle. Hambourg. Heidelberg. Iéna. Kiel. Leipzig. Marburg. Metz. Munich. Stuttgart. Wiesbaden. Musée de zoologie, d'anthropologie et d'ethnographie. Abhandlungen und Berichte, IV, 1892-1893. Naturforschende Gesellschaft « Isis », n" 2, 1893; n° 1, 1894. Biologisches Centralblatt, XIV, n° s 1-24. Physikalisch medicinische Societât. .Senckenbergische naturforschende Gesellschaft. Berichte, 1893, 1894. Catalogue des Reptiles du Musée. Naturwissenschaftlicher Verein des Regierungs-Bezirks. Helios, VIII-XI; XII, n° s 1-7. Societatum iitlerae, I, VI; VIII, n° s 1-10. Naturforschende Gesellschaft. Oberhessische Gesellschaft fur Natur- und Heilkunde. Naturforschende Gesellschaft. K. Leopoldinisch-Carolinische deutsche Akademie der Natur- forscber. Naturwissenschaftlicher Verein von Hamburg-Altona. Verhandlungen, III, n° 1, 1893. Naturhistorisches Muséum. Mittheilungen, XI, 1893. Naturhistorisch-medizinischer Verein. Verhandlungen, (9), V, n° 2. Medicinische naturwissenschaftliche Gesellschaft. Ienaische Zeitschrift, XXVIII, n" 1-4 ; XXIX, n» 1. Naturwissenschaftlicher Verein fiir Schleswig-Holstein. Zoologischer Anzeiger, n os 437-464; Litteratur, 1893. Zoologisches Centralblatt, I, n oa 1-20. Gesellschaft zur Beforderung der gesammten Naturwissen- schaften, 1893. Société d'histoire naturelle. Annales, (2), VI, no 18. K. bayerische Akademie der Wissenschaften. Abhandlungen, XVIII, n° 2. Verein fur vaterlàndische Naturkunde in Wiirttemberg. Jalireshe/te, L, 1894. Nassauischer Verein fiir Naturkunde. Jahrbucher, XLVII. AUTRICHE-HONGRIE Agram. Societas historico-naturalis croatica. Budapest. Kir Magy. természettudomânyi târsulat titkâri hivatala. Cracovie. Académie des sciences. Bulletin international. Comptes-rendus des séances, V, n»'l-9, 1894. Graz. Naturwissenschaftlicher Verein fiir Steiermark. Mittheilungen, 1893. lnnsbruck. Naturwissenschaftlich-medizinischer Verein. Berichte, XXI, 1892-93. Klausenburg. Société du Musée de Transylvanie. Orvos-természettudomdnyi értesitô, XIX, n M 1-3, 1894. SÉANCE ni' 8 JANVIER 189o Prague. Sarajevo. Trieste. Vienne. K. bôhmische (îesellsehaft der Wissenschaften. Jahresberichte, 1.892-93. Sitzu n gsberichte, l 892-93. Musée de Bosnie et d'Herzégovine. Wissenschaftliche Mittheilungen, I, II. Museo civico di storia naturale. Società adriatica di scienze aaturali. K. k. Akademie der Wissenschaften. 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Je propose de décrire sous le nom de Limenitis sibylla, var. oblite- rata, une variété périodique presque noire, qui n'est pas très rare sur le continent et qui est fréquente aussi dans certaines localités d'Angleterre. Ce Papillon a les ailes antérieures d'un noir sombre concolore, à nervures pâles; parfois cependant, des traces d'écaillés blanches peuvent être vues, mais elles sont généralement obsolètes. Les ailes postérieures sont comme les antérieures, mais avec une petite tache d'écaillés blanches en général vers l'angle anal : dans quelques cas, cette tache elle-même est obsolète; les nervures sont plus ou moins saupoudrées d'écaillés blanchâtres. La face inférieure est en général plus sombre que chez le type et les taches brunes sont davantage parsemées d'écaillés blanchâtres. J'ai reçu de la New Forest (Angleterre) un spécimen de cette espèce, qui semble ne différer de celui figuré par Barrett (British Lepidopt., I, pi. XVII, fig. 1 h) qu'en ce que ses nervures sont légère- ment plus parsemées d'écaillés claires. APPAREIL POUR LES PÊCHES PÉLAGIQUES A GRANDE VITESSE, par Gaston BUGHET, Chargé de Missions du Ministère de l'Instruction publique. Tous les zoologistes ayant fait de longues traversées ont certai- nement regretté de ne pouvoir se livrer, pendant la route, à des pêches pélagiques qui rendraient la navigation moins monotone et donneraient souvent des résultats fort intéressants (1). (1) Grâce à M. Berg, armateur à Dyrafjordr (Islande), j'ai pu, à bord de ses baleiniers, pêcher au milieu des glaces voisines de la banquise grœnlandaise. Je profite de l'occasion pour lui en témoigner toute ma gratitude. Je ne dois pas non plus oublier le capitaine Leborgne, de Paimpol, qui, au cours de ma traversée d'Islande en France, ne cessa de m'aider dans toutes mes recherches scienliiiques. SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 45 Mais, la plupart du temps, la vitesse du navire est grande et, presque toujours aussi, pour une cause quelconque, elle ne peut être modifiée. Dans de pareilles conditions, la pêche au filet fin était impos- sible. Le filet était défoncé ou si, par des dispositions spéciales et aisées à concevoir, on parvenait à rendre sa poche résistante, les animaux que l'on y recueillait étaient écrasés contre ses parois. Deux moyens se présentent pour obvier à cet inconvénient : 1° Diminuer la vitesse de l'eau à son entrée dans le filet; 2° Ralentir l'écoulement de l'eau à sa sortie de la poche filtrante, de manière à établir autour de celle ci une pression compensatrice aussi voisine que l'on voudra de celle existant à l'entrée. Avec des vitesses moyennes, le second dispositif, employé seul, est quelquefois préférable, car il a l'avantage de laisser l'entrée du filet absolument libre; mais, lorsqu'il s'agit de pêcher à de très grandes vitesses, il vaut mieux combiner les deux moyens. C'est en m'inspirant de ces principes que j'ai fait construire un appareil destiné à pêcher à une vitesse quelconque. Cet appareil se compose de trois parties distinctes : La première est destinée à ralentir la vitesse de l'eau à son entrée dans le filet. La seconde filtre l'eau en arrêtant les particules solides qu'elle contient; c'est le filet proprement dit, muni de sa monture métallique. La troisième, enfin, a pour but de ralentir l'écoulement de l'eau à sa sortie du filet. La première partie est formée par une masse de bois fusiforme dont la plus grosse extrémité, tronconique, tournée vers l'arrière, présentant un pas-de-vis, s'engage dans une sorte d'écrou éga- lement en bois et offrant aussi un pas-de-vis analogue à celui du fuseau. Les deux pièces ne sont point en contact; il existe entre elles un espace assez considérable, et à chaque partie saillante de la vis correspond une portion creuse de l'écrou (1). Ce dernier, tronconique extérieurement et intérieurement, est revêtu d'une chemise de tôle qui, se prolongeant en arrière, est divisée transversalement par un diaphragme percé d'une large ouverture circulaire, munie d'un rebord saillant. Dans la chambre ainsi formée se trouve un cône en tôle. Son (1) Le pas-de-vis de l'écrou et celui de la masse fusiforme sont inutiles; je l'ai reconnu par la suite. Il y a donc avantage à les supprimer, ce qui simplifie beaucoup la construction. 16 SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 sommet est dirigé vers l'avant, et le diamètre de sa base est de très peu supérieur à celui de la petite ouverture de l'écrou. Quatre supports le maiutiennent au-dessus de l'orifice du diaphragme, de telle sorte qu'entre sa base et ce dernier existe un grand espace libre; son sommet, au contraire, s'engage légèrement dans l'ou- verture postérieure de l'écrou. La cheminée de tôle présente un rebord sur lequel s'adaptera la troisième partie de l'appareil, celle destinée à ralentir l'écoulement de l'eau, tandis que, sur le rebord de l'ouverture du diaphragme, qui est concentrique au premier, se fixera la garniture métallique du filet proprement dit. Quatre fortes brides de fer maiutiennent immobiles, l'un par rapport à l'autre, la masse fusiforme et l'écrou de bois revêtu de sa chemise de tôle. Ces brides se prolongent jusqu'à l'extrémité du fuseau, où elles se terminent par un anneau dans lequel s'engage un émérillon ; à ce dernier sera iixée la ligne destinée à remorquer l'appareil. La seconde partie se compose d'une large couronne de tôle Fig. i. Appareil vu de prolil. s'adaptant à baïonnette sur le rebord de l'ouverture du diaphragme. Le bord postérieur de cette couronne présente deux bourrelets parallèles destinés'à faciliter la fixation sans ligature du filet sur sa monture. Un simple anneau de caoutchouc de grandeur conve- nable suffit pour arriver à ce résultat. Le filet lui-même est fait de soie à bluter. Il n'a point la forme d'un sac, mais celle d'un tronc de cône, ouvert à ses deux extrémités. La grande ouverture présente une garniture de toile, large de deux ou trois centimètres, destinée à être lixée sur la monture au moyen de la bague en caoutchouc. La petite ouverture offre également une garniture de toile, mais de moindre largeur, et, par le même mode de fixation, elle est assu- jettie à un hémisphère en cuivre muni d'uue tubulure, sur laquelle s'adapte à baïonnette un petit tamis de soie à bluter. SÉANCI-; DU 8 JANVIER IS95 17 Toutes ces parties sont donc facilement démontables, et il est aisé de remplacer promptement le filet lorsqu'il est usé ou a subi quelque avarie. L'hémisphère de cuivre est destiné à recueillir les animaux cap- turés : il suffit, en effet, de jeter un peu d'eau clans le filet pour les détacher de ses parois et les amener dans la cupule de cuivre. En enlevant le tamis, ils tombent aisément dans un tube plein d'alcool ou de tout autre liquide conservateur. Grâce à ce dispositif, on économise du temps et de l'alcool. La troisième partie est constituée par un manchon de tôle enve- loppant de toutes parts le filet proprement dit et s'adaptant à baïonnette sur la chemise de l'écrou de bois. En arrière, une douille termine le cylindre, et c'est sur cette dernière que se fixent à baïon- nette des ajutages de diamètres variés. Ce manchon est muni d'un collier de fer présentant deux poignées Fig. 2. — Coupe longitudinale de l'appareil. — a, masse fusiforme en bois ; b, écrou de bois; c, chemise de tôle de l'écrou; d, cône intérieur: e et e\ deux des quatre supports soutenant le cône d ; f, diaphragme; g, couronne de tôle; h, filet en soie à bluter fixé d*une part sur la couronne g et de l'autre sur l'hémisphère de cuivre i muni de son tamis ; k, manchon de tôle portant l'ajutage mobile l ; p et p\ poignées servant à manœuvrer le manchon k; m m', deux des quatre brides de fer destinées à maintenir Ja masse a à une distance fixe des parois de l'écrou b ; ces brides se réunissent pour former l'an- neau n. — Dans celte figure, l'espace compris entre la masse fusiforme et les parois de l'écrou est beaucoup trop faible : il devrait avoir l m ™ de largeur. permettant de le manœuvrer plus aisément. Il est percé de quatre ouvertures d'un millimètre de diamètre pour laisser échapper l'air lors de l'entrée de l'eau. La chambre antérieure présente aussi quatre ouvertures semblables ayant le même usage. Le fonctionnement de l'appareil est facile à comprendre : l'eau, glissant sur la masse fusiforme, s'engage dans la vis, et, après avoir fait plusieurs tours, elle atteint le cône intérieur qui la dirige sur les parois de la chambre. Ce n'est qu'après avoir subi ces frotte- ments multiples qu'elle pénètre dans le filet sous forme d'une nappe annulaire. Mais bientôt, autour de celui-ci, s'établit une pression réglée par l'ajutage mobile, et d'autant plus grande que 18 SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 celle existant à l'entrée de l'appareil est plus considérable. De telle sorte que les organismes recueillis ne sont point comprimés sur les parois du filet. C'est ainsi qu'après plusieurs heures de pêche à une vitesse de plus de dix nœuds, j'ai pu recueillir vivants et intacts une foule d'animaux d'une fragilité extrême. On doit donner assez de touée à l'appareil pour qu'il reste entre deux eaux. Le modèle que j'ai fait construire est en bois et en tôle galvanisée et peinte. Le bois est séché à l'étuve, imprégné de paraffine et peint avec soin. Je n'ai pas encore eu occasion d'employer cet engin à une vitesse supérieure à onze nœuds, mais je suis persuadé qu'il donnerait d'aussi bons résultats avec des vitesses beaucoup plus grandes. Cet instrument permet d'entreprendre des recherches qui étaient presque impossibles jusqu'alors. Grâce à lui, on peut, sur un navire quelconque, étudier d'une manière continue la faune pélagique de la route. La manœuvre de cet appareil, qui se rapproche beaucoup de celle du loch, est si simple qu'elle peut être confiée à n'importe quel matelot du bord. Si bien que, pour avoir des données précises sur la distribution des êtres à la surface des mers, il suffirait de la bonne volonté de quelques capitaines (1). (1) Dans les dernières expériences, j'ai considérablement diminué la longueur de la touée en chargeant l'avant de la masse fusiforme avec des lames de plomb super- posées et en munissant d'une plaque cordiforme, analogue à celle d'un loch à hélice, le manchon de tôle qui enveloppe le filet. Les lames de plomb ne doivent recouvrir que la partie antérieure d'un des segments triangulaires limités par les brides de fer. La plaque cordiforme sera à l'opposé du lest, de manière à occuper pendant la traction la face supérieure de l'appareil. Si maintenant on fait passer la remorque de l'engin sur une poulie frippée à l'extrémité d'un tangon de quelques mètres de long, on maintiendra aisément l'appareil en dehors du sillage du navire. Ce tangon doit être installé par le travers du grand mât ou, mieux encore, par celui du mât de misaine. Pour faciliter la manœuvre, la remorque s'engagera dans la cosse d'un hâle-à-bord. Ces dernières expériences m'ont donné de très bons résultats : après une pèche ayant duré deux heures, à une vitesse de quatre à cinq nœuds, presque tous les organismes, Pluleus, chaînes de Péridiniens, etc., étaient en aussi bon état de conservation que si la pêche n'eût duré que quelques minutes à la vitesse d'un demi-nœud. L'intégrité des animaux les plus fragiles, même après une pêche très longue, s'explique aisément; car l'eau, entrant dans le filet sous forme de nappe annulaire, crée au centre de la poche filtrante une région où le liquide est presque complè- tement immobile; c'est dans cette eau calme que se réunissent les organismes. La forme annulaire de la nappe liquide a encore l'avantage d'empêcher l'obstruc- tion rapide des mailles du filet. En effet, en lavant constamment la surface interne de la poche filtrante, elle rt foule vers le fond les particules solides; si bien que la partie antérieure du filet reste très longtemps perméable Ce dernier résultat sera encore plus complètement obtenu si la poche filtrante est cylindro-conique au lieu d'être tronconique, comme le représente la lig. 1, SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 19 Je crois qu'il est inutile d'insister sur l'intérêt scientifique que de pareilles recherches pourraient présenter. La question a aussi un coté pratique qui ne laisse pas d'être important. Les myriades de petits organismes qui flottent sur les mers forment une énorme masse de substance vivante, pâture habi- tuelle d'une foule de Poissons. De la connaissance approfondie de cette faune, on tirerait donc très probablement des indications précieuses pour les pèches industrielles. A bord d'un bateau pêcheur qui me ramena d'Islande en France eu 1892, la manœuvre de ce filet fut confiée aux hommes de quart : ils se sont toujours très bien acquittés de cette tache sans que j'aie eu la peine de m'en occuper. Je termine cette note en souhaitant qu'un certain nombre de bateaux de l'État et des grandes compagnies de navigatiou soient pourvus de ces appareils, car je ne doute point que parmi leur personnel ou ne trouve un grand nombre d'officiers tout disposés à entreprendre des recherches de cette nature. Bieutôt je présenterai à la Société un autre appareil permettant de doser le Plankton. Ce n'est du reste qu'une modification de l'engin précédent. Il en difïère surtout par l'adjonction d'un comp- teur permettant d'évaluer la quantité d'eau filtrée à travers le filet Ouvrages reçus le 8 Janvier 1895 Ph. Dautzenberg, Mollusques recueillis h Saint-Jean-de-Luz et à Guetharry. Feuille des Jeunes Naturalistes, (3), XXV, n° 290. Alfr. Duoès, Hemichirotes tridactylus ; nveva espèce de Trombidio mexicano; Felis fôsil de San Juan de los Lagos. La Naturaleza, (2), 11,4 p. in-4° et 2 pi. 1. A. Garbini, Memoria intorno al sistema nervoso del Palaemonetes varians. Atti délia Società veneto-trentina di scienze natuiali. VII, n° 2, 26 p. in-8° et 4 pi., 1881. 2. Id., Cenno intorno a nuove varieth délia Vanessa Io. Ibidem, mai 1881. 3. Id., Âpparecchio délia digestione nel Palaemonetes varians. Accademia d'agricoltura, arti e commercio di Verona, (3), LIX,n° 2, 41 p. et 3 pi. Vérone, 1882. 4. I»., Zoologia del Palaemonetes varians e di una sua varieth. Atti délia Società veneto-trentina di scienze naturaîi, 10 p. in-8», marzo 1881. ii. Id., Di un nuovo metodo per doppia colorazione. Zoolo^ischer Anzeiger, n° 216, 1886. 20 SÉANCE DU 8 JANVIER 1895 6. Id., Note istiologiche sopra alcune parti dell' apparecchio digerente nella Cavia e net Gatto. Accademia d'agricultura, arti e commercio, (3), LXIII, 22 p. in-8' et 3 pi. Vérone, 1886. 7. Id., Contribuzione ail' anatomia ed alla isliologia délie Cypridinae. Bullet- tino délia Società Entomologica Italiana, XIX, 16 p. in-8» et 5 pi., 1886-1887. 8. Id., Manuale per la tecnica moderna del microscopio. 1 vol. in-8°, 315 pages et 120 figures, 3 e édition. Milan, 1891. 9. Id., Contribulo alla conoscenza dei Sarcospvridi. Rendiconti délia R. Acca- demia dei Lincei, VII, 1 er sem., n° 3, p. 151-154. Rome, 1891. 10. Id., Gli lmenolteri nella limnofauna. Accademia di agricoltura, arti e commercio di Verona, (3), LXX, 9 p. et 1 pi. Vérone, 1894. 11. Id., Sopra una malattia del gelso in rapporto colla flacidezza del baco da seta. Rendiconti délia R. Accademia dei Lincei, (4), VI, 2 e sem., p. 26-27. Rome, 1890. 12. Id., Appunti per una limnobiotica italiana. Zoologischer Anzeiger, n°454, 4 p. Leipzig, 1894. 13. Id., Primi materiali per una Monografia limnologica del lago di Garda. Rullettino délia Società entomologica italiana, XXVI, 50 p. Florence, 1894. 14. Id., Contributo allô studio délie Spongille italiane. Accademia di agricol- tura, arti e commercio di Verona, 23 p. in-8°. Vérone, 1894. 15. Id., Gammarus Ciechi in acque superficiali basse. Ibidem, (3), LXX, 8 p. in-8<>. Vérone, 1894. F. Meunier, Observations sur quelques Diptères tertiaires et catalogue biblio- graphique complet sur les Insectes fossiles de cet ordre. Annales de la Soc. scientif. de Bruxelles, 16 p. in-8° et 1 pi. Bruxelles, 1895. Offert par M. Forest aîné : D r J.-A. Demro, L'abatage des animaux de boucherie, étude comparée des diverses méthodes. 1 br. in-8<>, 88 pages. Paris, 1894. 21 Séance du 22 Janvier 1895 PRÉSIDENCE DE M. LE PROF. L. VAILLANT, PRÉSIDENT MM. Bavay, Gadeau de Ker ville, Lallier et Trouessart assistent à la séance. M. le D r Trouessart, élu à la dernière séance, remercie de son admission. MM. le D r Ch. Girard et Secques envoyent leur photographie pour l'album de la Société. MM. le haron de Saint-Joseph, Lallier et Paulino d'Oliveira, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. Dans sa séance du 10 janvier, le Conseil a décidé de participer pour une somme de 30 francs à la souscription ouverte à Berlin, en vue d'offrir à M. le professeur Karl Môbius, membre honoraire de la Société et directeur du Musée zoologique de Berlin, son portrait peint à l'huile, à l'occasion du 70 e anniversaire de sa naissance. Ce portrait doit être placé dans l'une des salles du Musée zoologique de Berlin ; une reproduction figurera aussi dans l'Institut zoologique de Kiel. M. le professeur F. Dahl accuse réception de cette somme et exprime à la Société la reconnaissance du Comité. Il vient de se fonder à Paris une Société des Aviculteurs français, dont le programme est le suivant : 1° La défense des intérêts généraux de l'Aviculture comme industrie, comme ressource agricole et comme art d'agrément ; 2° De faciliter l'union des Sociétés régionales et départementales similaires ; 3° L'étude et la vulgarisation des différentes espèces ainsi que des procédés d'élevage et de production des Oiseaux ; 4° L'amélioration des races d'animaux de basse-cour ; o° L'entretien et la recherche des petits Oiseaux capables d'em- bellir les volières ; 6° La propagation et la défense des Oiseaux utiles à l'agriculture ; 7° L'encouragement à la production des Oiseaux susceptibles de pourvoir au repeuplement des chasses. Le président est le comte Féry d'Esclands ; le secrétaire, M. J. de Claybrooke. Parmi les membres, nous signalerons aussi nos collègues MM. P. Mégmn et Remy Saint-Loup, 11 SÉANCE DU 21 JANVIER 1895 M. le Trésorier présente les comptes de l'exercice 1894. L'examen de ces comptes est renvoyé à une commission composée de MM. Alluaud et Dongé. M. Ed. Blanc présente divers Poissons recueillis par lui dans les puits artésiens du sud de la Tunisie et dont les yeux sont parfaite- ment développés. DE LA RAPIDE ELEVATION DE TEMPERATURE DES GRANDS CÉTACÉS APRÈS LA MORT. DE LALTÉRABILITÉ DE LEURS FORMES ET DE LA FOlîME RÉELLE DE LA LANGUE DES BALÉNOPTÈRES, par Gaston BUGHET, Chargé de Missions du Ministère de l'Instruction publique. Eu 1891, avec le regretté professeur Pouchet, et en 1892, au cours d'une mission scientifique en Islande, j'eus occasion d'étudier un nombre considérable de grands Cétacés de diverses espèces. Dès mes premières recberches, je fus frappé de la difficulté que l'on éprouve à déterminer la forme générale de ces grands animaux et celle de leurs organes, car, peu de temps après la mort elle est profondément modifiée. En effet, très promptement, même dans les eaux froides du Fjord, sans qu'il y ait putréfaction proprement dite, les fermentations élèvent la température du cadavre et la font de beaucoup dépasser la température physiologique. Aussi, suffit-il à un fœtus de séjour- ner deux ou trois jours dans l'abdomen maternel pour être cuit de la périphérie au centre. Ce singulier phénomène s'explique, au moins en partie, par ce fait que les grands Cétacés, en raison même de leur énorme volume, ont une surface relativement faible; ils perdent donc peu de cha- leur par rayonnement. Une masse énorme de gaz se développe dans les intestins, dans es vaisseaux, dans les tissus et, bien qu'ils s'échappent en partie par les ouvertures naturelles en produisant un bruit comparable à celui d'une machine à vapeur sous pression, ils gonflent cependant à tel point le Cétacé que, s'il est à ventre plissé [Balœnoptcra), il devient méconnaissable et prend bientôt la forme d'une gigantesque larve d'Esturgeon encore munie de sa vésicule vitelline. Si au contraire il s'agit d'une Baleine à ventre lisse [BalfPna biscayensis), ne pouvant se distendre dans de pareilles proportions, elle éclate SÉANCE DU 22 JANVIKR 1895 23 bruyamment en projetant au loin ses viscères en lambeaux (1). La langue chez les Balénoptères est un des organes dont la forme est la plus affectée par cette pneumatose. Ses tissus et ceux qui forment le plancher de la bouche sont tellement gonflés que toutes les saillies sont sensiblement affaiblies ou même ont complètement disparu, si bien qu'en pareil cas, la langue semble être rudimentaire ou tout au moins soudée dans toute sa longueur au plancher de la bouche. Ces modifications commencent avant que la forme générale du Cétacé ait sensiblement changé. C'est cette prompte altérabilité qui explique les opinions contradictoires de divers anatomistes (2). Aussi, pour étudier la morphologie de la langue, ne doit-on avoir recours qu'à des sujets très frais : conditions exceptionnelles que j'ai rencontrées deux fois. Il s'agit de deux Balénoptères adultes (Balœnoptera musculus) capturées le même jour et dont la mort ne remontait qu'à quelques heures. Chez ces deux animaux, la langue était courte, elliptique, épaisse et, sur les bords latéraux, la muqueuse était fortement plissée transversalement. La pointe était libre sur une grande longueur et ses côtés très bien limités ne se confondaient nullement avec le plancher buccal. La pointe présentait, à son extrémité légèrement sinueuse, une dépression cupuliforme (3) qui était en continuité avec une vallée médiane se prolongeant jusqu'à la racine de la langue. Cette vallée n'aboutissait pas à l'orifice pharyngien; elle se terminait sur une paroi verticale limitant le fond de la bouche, car l'entrée du pharynx, qui est très étroite, est située fort au dessus de la racine de la langue. Cette dernière est de beaucoup plus courte que la cavité buccale de telle sorte qu'entre sa pointe et la symphyse maxillaire, le plau- (1) J'ai souvent remarqué un phénomène analogue, bien que beaucoup moins prononcé, chez des Célacés de petite taille (Eudelphinus). Très peu de temps après la mort, leurs tissus crépitaient sous le scalpel, tant ils étaient infiltrés de gaz. (2) C'est ainsi que pour Eschricht la langue de la Balœnoptera rostrata est libre comme celle des Cétodontes (Untersuchwngen iiber die mordischen Walthiere. Leipzig, 1849), tandis que pour Carte et Macalister, elle est complètement fixée {On Ihe Anatomy of Balœnoptera roslrata. Fhil. Trans., CLVIII, 1868). il est évident que le premier de ces anatomistes a étudié une Balénoptère très fraîche, tandis que les deux derniers n'ont eu à leur disposition qu'un animal mort depuis plusieurs jours. (3) Cette dépression était surtout visible chez une de ces Balénoptères : je ne saurais dire si elle est fréquemment aussi nette. Elle semble être produite par un relèvement onduleux des bords de la pointe de la langue, plutôt que par une dépres- sion creusée dans la substance de cet organe. 24 SÉANCE DU 22 JANVIER 1895 cher buccal, sous forme d'un grand espace triangulaire, apparaît à découvert. Cette région, que je désignerai sous le nom d'espace prélingual, est convexe d'arrière en avant et d'un cùté à l'autre. Deux profonds sillons la limitent latéralement et iiûe dépression la divise dans sa longueur. Si la mort de l'animal n'est point récente la pneumatose efface souvent à tel point les limites de la langue et du plancher buccal que l'on peut prendre à première vue l'extrémité de la saillie prélinguale pour la pointe de la langue. Cette description de l'espace prélingual n'est vraie que pour une Balénoptère échouée sur le ventre. Il suffît de se reporter aux moulages de la langue de deux fœtus que j'ai donnés au Muséum pour en avoir une idée fort nette tant chez le fœtus que chez l'adulte. Mais si, au contraire, on considère une Balénoptère dans sa posi- tion normale, les choses changent totalement. Le plancher buccal est abaissé et forme au-dessous du maxillaire inférieur une sorte de poche au fond de laquelle est la langue (1). Lorsque l'animal, nageant lentement, chasse dans un banc de Crustacés ou de petits Poissons, il ouvre largement la bouche puis la referme bientôt en englobant une énorme quantité d'eau et d'animaux. Alors, la poche submandibulaire se contracte, la langue est élevée, formant en quelque sorte piston, l'eau s'échappe à travers les fanons, tandis que les Crustacés restent réunis sur le dos de la langue, particulièremeut dans sa vallée médiane d'où ils sont précipités dans le pharynx. Pour que la déglutition ait lieu, il faut nécessairement que le dos de la langue soit fortement élevé ; car, comme je l'ai déjà dit, l'ou- verture pharyngienne est située beaucoup au-dessous de la racine de cet organe. Si l'on examine la langue chez des fœtus de Balœnoptera nmscutus de diverses tailles, on remarquera aisément qu'avec l'âge ses proportions se modifient profondément : elle s'élargit et recule de plus en plus vers le fond de la bouche. Ainsi, chez un fœtus de m ,92 elle est environ trois fois plus longue que l'espace prélingual, tandis qu'elle ne l'est plus que deux fois à peu près pour un autre fœtus (1) Dans tout ce qui concerne la forme de ces grands Cétacés, il faut toujours tenir compte des conditions d'échouement, car cette source d'erreurs est infiniment plus importante que l'on pourrait le croire de prime abord et, en la négligeant, on risquerait de se tromper singulièrement sur la morphologie extérieure, ce qui amè- nerait presque fatalement de fausses interprétations anatomiques. SEANCE DU ±± JANVIER 1895 25 de l m 46 et dans ce dernier la largeur de la langue a crû plus vite que sa longueur. Le tableau ci-dessous donne chez quatre fœtus, l'un de Balamop- tera SibbcUdii (celui de 2 m ,80), les autres de Balœnoptera musculus, les diverses dimensions de la langue. Il permettra donc de juger des moditications que les proportions de cet organe subissent avec l'âge (1). Longueur du fœtus Longueur de l'espace prélingual Longueur de la langue Largeur de la langue Longueur de la partie libre de la langue Hauteur de l'orifice pha- ryngien au-dessus de la langue 2 ro 80 2 m 20 1"46 m 92 2 (X)n."> 140""" lOO™" 40 mm 190""" 12'i mro 142""" 80""" 150""» 110»" n (2) 66°"" 25 mm Igmtn Je ne saurais terminer cette note sans remercier M. Berg, armateur baleiuier, qui me permit obligeamment de poursuivre toutes sortes de recherches tant sur ses bateaux que sur son chantier. SUR LA REPRODUCTION DES CHAUVES-SOURIS, par R. ROLLINAT et le D r E. TROUESSART. On sait, depuis les recherches de E. Van Beneden sur la matu- ration de l'œuf des Mammifères (1875), que les Chauves-Souris de nos pays s'accouplent à l'automne et que, pendant tout l'hiver, on trouve des spermatozoïdes vivants dans le vagin et l'utérus des (1) Ces foetus et un autre de Balœnoptera musculus de 3 m 20 environ, qui ne figure point sur ce tableau, ont été recueillis en Islande de juillet à septembre. Les mensurations se rapportant aux deux derniers sont particulièrement exactes, car elles ont été faites sur des sujets très frais. Elles peuvent, du reste, être aisé- ment vérifiées sur les moulages que j'ai donnés au Muséum. La dissection de ces cinq fœtus aura lieu dans mon laboratoire et j'entretiendrai la Société des résultats de mes recherches. (2) La langue chez ce fœtus était nettement bifide et ses deux pointes étaient très inégales. 26 SÉANCE DU 22 JANVIER 1895 femelles de ces animaux. Les travaux d'Eimer, de Renecke et de Fries (1879), tout eu continuant cette observation, montrèrent que la fécondation n'a lieu en réalité qu'au premier printemps, proba- blement dès le mois de février. Enfin, en 1881, H. -A. Robin et le professeur Cari Vogt (1) firent aussi des recherches à ce sujet. Le premier supposa que de nouveaux accouplements peuvent avoir lieu pendant l'hiver, sous l'intluence des radoucissements de température qui font sortir accidentellement les Chauves-Souris de la torpeur dans laquelle elles sont plongées pendant le sommeil hibernal. Le second, qui a condensé en une courte note de huit pages le résultat de trois années de recherches sur l'embryologie des Chauves-Souris, confirma l'opinion d'Eimer et de Benecke relati- vement à l'époque de la fécondation de l'œuf chez les Chiroptères de nos pays. De plus, il signala chez les femelles, pendant l'hiber- nation, la présence d'un bouchon vaginal. Ce bouchon existe aussi bien chez les femelles vierges que chez les femelles présentant des spermatozoïdes, dans les organes géni- taux, à la suite de l'accouplement d'automne. Il serait formé exclusivement de mucus concrète et durci, résultant, de la sécrétion des glandes vaginales; le mâle n'y aurait aucune part. Tel était l'état de la question lorsque nous avons repris cette étude au commencement de décembre 1894. Les naturalistes que nous venons de citer ayant plus particulièrement porté leur atten- tion sur les femelles, il nous a semblé utile d'examiner comparati- vement ce qui se passe dans les organes génitaux des mâles pendant le sommeil hibernal. C'est ici que se présentent des faits très inté- ressants et qui n'avaient pas encore été observés. Nos recherches ont été faites du 7 décembre 1894 au 15 janvier 1895. Le grand Rhinolophe (lihinolophus ferrum-equinum) est l'espèce où les particularités en question sont le plus marquées et que nous prendrons ici comme type. Les jeunes de l'année, bien qu'ayant atteint, au mois de décembre, la taille de leurs parents, ne sont pas adultes, comme le prouvent la teinte rosée de leurs dents et l'examen de leurs os longs, dont les épiphyses ne sont pas encore complètement ossifiées. Les individus, mâles ou femelles, âgés d'environ dix-huit mois, ont seuls les organes génitaux bien déve- loppés et sont en état de s'accoupler avant le sommeil hibernal. Si l'on examine un mâle de Rhinolophe ayant atteint tout son (1) C. Vogt, Recherches sur V embryogénie des Chauoes-Souris. Association franc, pour l'avancement des sciences. Alger, 1881. p. 655. SÉANCE DU 22 JANVIER 1898 11 développement, pendant qu'il est plongé dans le sommeil hibernal (décembre à janvier), on constate que le testicule, l'épididyme, le canal déférent et les vésicules séminales sont remplis de sperma- tozoïdes bien vivants et très actifs. .Mais ce n'est pas tout. La production du liquide spermatique se fait, pendant l'hibernation, avec une telle abondance que les vési- cules séminales sont insuffisantes à l'emmagasiner. Ce liquide reflue vers la vessie et l'on trouve celle-ci distendue par une masse fluide d'un blanc laiteux, presqu'entièrement formée de spermato- zoïdes parfaitement vivants et très mobiles. Le déversement du sperme dans la vessie est sans doute facilité par l'état de vacuité de celle-ci et la position de l'animal, suspendu la tète en bas pendant le sommeil hibernal. Il est permis cepen- dant de se demander pourquoi le trop-plein de ce liquide n'est pas déversé au dehors par le canal de l'urèthre. On trouve l'explication de ce fait au moins chez les Rhinolophes. On sait que, chez ces Chiroptères, la portion membraneuse de l'urèthre traverse une grosse glande, située immédiatement au dessous de la prostate et décrite par H. -A. Robin (1 ) sous le nom de glande uréthrale. Cette glande forme une sorte de bulbe cordiforme, énormément renflé pendant la période génitale. Or, sur les mâles dont la vessie est remplie de sperme, on trouve le canal de l'urèthre obturé par un véritable bouchon uréthral ayant l'aspect d'un segment de sonde et occupant toute la longueur de cette glande. Ce bouchon est solide, dur, moulé sur les parois de l'urèthre, mais n'offrant aucune adhérence avec ces parois. Il semble formé exclusivement du mucus sécrété par la glande uréthrale et qui s'est concrète et durci dans le canal. Nous n'avons encore constaté la présence de ce bouchon que sur le Rhinolophe, mais la présence des spermatozoïdes dans la vessie a été observée sur les six espèces suivantes : lihinolophus ferrum- equinum, Rh. hipposideros, Vespertilio murinus, V. Daubentoni, V. mystacinus, Synotus barbastellus. Il est donc permis de considérer ce fait comme général chez les Chiroptères de notre pays. Les femelles adultes des mêmes espèces présentent constamment des spermatozoïdes vivants dans le vagin et l'utérus. Nous n'en avons jamais trouvé chez les jeunes femelles de l'année. Les mâles d'âge correspondant n'ont pas nou plus de sperme dans les organes géni- taux ou la vessie. (1) H. -A. Robin, Recherches unalomiques sur les Mammifères de l'ordre des Chiroptères. Ann. se. nat., zool., 1881, art. 2, p. 117, pi. V, fig. 34. 28 SÉANCE DU 22 JANVIER 1895 Le bouchon vaginal que nous avons trouvé sur une femelle de Rhinolophus ferrum-equinurn avait à peu près la taille et la forme d'un pépin de mandarine. Il était formé d'un noyau opaque et d'une enveloppe transparente, le tout d'une grande dureté, ce qui en rendait l'examen histologique fort difficile. Mais sur un autre bou- chon moins dur, nous avons constaté que le noyau était formé d'un amas de spermatozoïdes. De ces faits, nous croyons pouvoir conclure, dès à présent, qu'il n'y a pas d'accouplement dans les intervalles d'activité qui peuvent se produire au cours du sommeil hibernal. La présence d'un bou- chon vaginal chez les femelles, d'un bouchon uréthral chez les mâles, s'oppose à cette hypothèse de Robin. D'un autre côté, il est certain que la période génitale dure, chez les Chauves-Souris de nos pays, de l'automne au printemps suivant, interrompue seulement, au point de vue des rapports sexuels, par le sommeil hibernal. Pendant ce sommeil, les fonctions génitales du mâle, bien que restant à l'état latent, se continuent avec une étonnante activité. Il est impossible de ne pas en conclure que la véritable époque du rut est pour ces animaux, comme pour la plu- part de nos Mammifères d'Europe, le premier printemps. Si l'on admet que l'accouplement automnal a suffi pour féconder les vieilles femelles, qui ont toutes leur provision de sperme dans le vagin et l'utérus, il ne faut pas oublier que les jeunes femelles de l'année sont encore vierges au moment où commence le sommeil hibernal. Les trois mois d'hiver ne doivent pas être un temps d'arrêt pour le développement de leurs organes génitaux, et il est probable qu'au mois de février elles sont en état de s'accoupler à leur tour. La provision de liquide séminal emmagasinée par le mâle pen- dant l'hibernation trouve ainsi son emploi, et il est probable que le premier besoin qu'il éprouve au réveil de ce long sommeil est celui de remplir ses fonctions génitales. C'est ce que nous chercherons à vérifier dans la suite de ces recherches, que nous avons l'intention de poursuivre pendant toutes les saisons de l'année, et sur les différentes espèces qui fout partie de notre faune. Recd 16 Jim 1896 SEANCE DU '2.2 JANVIER 1898 2!) NOTE SUR UN CAS DE MELÀNISME CHEZ LA GRENOUILLE VERTE (Rana esculenta Linné), par Léon VAILLANT, Président de la Société. La Grenouille verte, dont il est ici question (Collection du Muséum, 94-592), a été acquise de M. Kopperhorn en juillet 1894; il venait de la capturer à Fontainebleau. C'est un curieux exemple de mélano-albinisme pour cette espèce. Toutes les parties supérieures sout d'une teinte sombre presque noires, les parties inférieures d'un blanc pur. Lorsque je dis les parties supérieures, il serait plus exacte de dire : les parties expo- sées à la lumière. On remarque, en elî'et, que la patte antérieure est incolore, sauf au coude et à la partie externe de la main; à la patte postérieure, ce sont : la partie supérieure de la cuisse dans sa moitié externe, la jambe ainsi que le tarse et le pied, dans leurs parties également externes, qui sont noires. Or, si on examine une Grenouille au repos, les pattes rassemblées contre et sous le corps, on verra que ces points sont ceux frappés par les rayons solaires. Il n'est pas jusqu'aux côtés inférieurs de la tête en dessous du can- thus rostralis, de l'extrémité du museau au tympan, qui ne soient décolorées; or, ces points du tégument, dans la position sus-indi quée, se trouvent appliqués contre les pattes antérieures. Aussi, lorsqu'on examinait cet individu au repos, apparaissait-il comme une petite masse aplatie, complètement foncée en dessus, entière- ment blanche en dessous. Au début la teinte sombre était d'un brun violet uniforme, sans accidents bien visibles, mais au bout de très peu de temps de capti- vité elle a pâli quelque peu. laissant deviner la livrée caractéristique de la Grenouille verte, laquelle livrée s'est accentuée de plus en plus, avec ses trois lignes longitudinales et deux rangées intermé- diaires de taches ocelliformes. Ces variétés mélaniques du Rana esculenta ne sont pas tout à fait inconnues. À. Dugès, dans son travail bien connu sur les Urodèles de France (1852, p. 255), parle d'un individu du Rana esculenta « entièrement noir ». D'autre part, sous les lettres V et W, M. Schrei ber, dans son Herpetologia europœa (1875), si riche en documents curieux sur les Reptiles et les Batraciens, décrit quelque chose d'approchant. Le laboratoire du Muséum possède également une aquarelle due à l'habile pinceau de M. Bocourt, indiquée comme Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 4 30 SÉANCE DU 22 JANVIER 1895 variété noire de cette même espèce. Dans aucun cas toutefois, la différence ne paraît avoir été aussi tranchée entre les portions colorées et incolores, ni aussi nettement en rapport avec une condi- tion physique, celle de l'insolation. QUELQUES OBSERVATIONS SUR LES BALÉNOPTÈRES DES EAUX ISLANDAISES par Gaston BUCHET, Chargé de missions par le Ministère de l'Instruction publique. Les Balénoptères ne semblent pas frapper l'eau avec les nageoires pectorales; elles ne paraissent s'en servir que pour se maintenir en équilibre. En nageant, elles les tiennent étendues perpendiculaire- ment au grand axe du corps. Dans une pareille position, la princi- pale fonction de ces nageoires paraît très analogue à celle de la plaque cordiforme des lochs à hélice. De même que cette dernière s'oppose à la rotation de l'instrument, sous l'action de l'hélice, de même les membres antérieurs empêchent la Balénoptère d'osciller de droite à gauche et de gauche à droite, sous l'influence des mouve ments de la queue. Lorsque la Balénoptère souffle (expiration), l'éveut forme une très forte saillie; saillie que l'on ne retrouve plus après la mort ou qui, en tous cas, est très affaiblie. Où la Balénoptère a plongé, on observe une grande tache calme, analogue à celle produite par un corps gras répandu à la surface de l'eau. Cette tache persiste souvent fort longtemps. Pour prendre leur nourriture ces animaux se mettent sur le dos; ils la prennent aussi étant entièrement sous l'eau. Ce n'est qu'après avoir tourné un certain temps autour du banc de Crustacés (Balœnop- tera Sibbaldii) et l'avoir ainsi rassemblé qu'ils commencent à manger. Les Baleines lourdes, ainsi nommées parce qu'elles coulent aussitôt après la mort (Balœnoptera et Megaptera), semblent dormir sous l'eau, et pendant la nuit ; car souvent elles émergent brusquement tout autour du navire sans qu'on les ait vues au large (1). En Islande, les Finvals [Balœnoptera musculus) sont les plus nom- breux. Ils paraissent séjourner toute l'année dans les eaux islan- (1) Je n'ai pas eu l'occasion d'observer ce fait, niais je tiens cette observation de très bonne source et je la crois exacte, j'ai souvent entendu les pêcheurs bretons soutenir une opinion analogue à propos des Daupbins SÉANCE DU 11 JANVIER 189o 31 daises ; on en voit beaucoup à Noël. Les Blaahvals [Balœnoptera Sibbaldii) quittent l'O. de l'Islande vers la mi-juillet pour y repa- raître dans le courant de septembre. Entre ces deux époques ils semblent s'être rendus sur la côte E. et n'être revenus vers l'O. que pour retourner en Amérique. La Balœnoptera borealis et la Balœnoptera rostrata sont peu com- munes en Islande; et, dans les pêcheries de Baleines, elles semblent d'autant plus rares qu'on ne les chasse que faute de mieux. NOTES SUR LES PARASITES, par Ch. WARDELL STILES, Ph. D. 35. — Correction de la note 21. Dans la note 21 (The veterinary magazine, I, 1894 ; Bull. Soc. Zool. de France, XIX, p. 89, 1894), il faut changer les accolades 7 et 8 de la table analytique et les lire comme suit : Pas d'épines; corps long de 10 à 18 millim.; glandes vitellogènes droites, dans les champs latéraux du tiers moyen du corps, ne dépassant pas l'extrémité antérieure de l'acétabulum . . . D. felineum. Des épines ; corps long de 5 à 10 millim.; glandes vitel- logènes entourant l'utérus, se réunissant dans le champ moyen, en avant de l'acétabulum D. complexum. Tiers antérieur du corps généralement un peu rétréci à partir de son tiers postérieur; ovaire beaucoup plus petit que les testicules ; corps long de 2 millim. 5 à 3 millim. o; glandes vitellogènes s'étendant du voisinage de l'œsophage jusqu'au milieu du corps ou même au delà, jusqu'au testicule antérieur. . . . D. albidum. Tiers antérieur du corps non rétréci ; ovaire aussi grand ou presque aussi grand que les testicules; corps long de 6 millim. ou plus 8a Glandes vitellogènes s'étendant jusqu'à la moitié anté- rieure du corps; le Ver n'a pas plus de 12 millim. de long; vit chez les Mammifères 9 Glandes vitellogènes limitées à la moitié postérieure du corps; Ver très allongé, 12 à 29 millim.; vit chez les Oiseaux 10 8a 32 Séance du 12 Février 1895 PRÉSIDENCE DE M. LE PROF. L. VAILLANT. PRÉSIDENT. M. Schlumberger s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. M. le Directeur du Muséum d'histoire naturelle adresse 50 cartes d'entrée pour visiter l'importante collection ornithologïque donnée généreusement au Muséum par notre collègue M. A. Boucard. Cette collection sera exposée dans les galeries de zoologie, du 29 janvier au 28 février. Parmi les ouvrages reçus par la Société, M. le Secrétaire général signale tout particulièrement le fascicule publié récemment par la Commission allemande de l'exploration de la mer du Nord et par la Station biologique d'Héligoland. .M. J. de Guerne offre à la Société, de la part de M. Edouard Van Beneden, professeur à l'Université de Liège, un lot important de publications de feu son père, le professeur P. J. Van Beneden, membre honoraire de la Société, auquel M. Ed. Van Beneden a joint un bon nombre de ses travaux personnels. M. le Président présente les remerciements de la Société au généreux donateur, ainsi qu'à M. de Guerne, grâce auquel la Société a la bonne fortune d'entrer en possession de cette impor- tante série de publications scientifiques. M. le D r Charles-Frédéric Girard (de Washington), membre correspondant de la Société, est décédé le 29 janvier dernier, à l'âge de 72 ans, à Levallois-Perret. La Société était représentée à ses obsèques par MM. R. Blanchard, A. Dollfus et J. de Guerne. Ce dernier a prononcé sur la tombe l'allocution suivante, au nom de la Société : o Messieurs, la Société Zoologique de France, que j'ai l'honneur de représenter ici avec son secrétaire général M. Raphaël Blanchard et M. Adrien Dollfus, lient à ce qu'un suprême hommage soil adressé eu son nom au Docteur Charles Girard. » Membre correspondant de la Société, l'un des derniers élus, le défunt l'est resté 18 mois à peine, période trop courte au gré de tous, mais amplement suffisante pour convaincre ses familiers que la distinction, si honorable d'ailleurs, dont il était l'objet, le toucha profondément. Ce fut sans doute alors pour Girard une satisfaction SÉANCE DU \2. FÉVRIER L895 33 très vive et d'un caractère fort élevé, que de voir les jeunes zoolo- gistes français prendre l'initiative de sa candidature et lui rappeler tout à coup, à lui, si modeste, sa longue et laborieuse carrière » C'est celte carrière si remplie, si profitable à la Science et pour- tant ignoréede la plupart d'entre vous, dont je vais rappeler les traits principaux. » Né en France, à Mulhouse, le 9 mars 1822, d'un Suisse et d'une Alsacienne, Charles-Frédéric Girard, ramené tout jeune à Corcelles, près de Neuchàtel, dans le pays natal de son père, eut la bonne fortune d'être attaché dès l'âge de 15 ans au service de Louis Agassiz. Remarqué par son maître, dirigé, encouragé par lui, il en devint bientôt le secrétaire, puis le collaborateur. Et c'est ainsi qu'après avoir pris part aux célèbres recherches sur les glaciers, sur les Poissons fossiles, etc., Charles Girard quittait la Suisse avec Louis Agassiz, en 1846, et l'accompagnait aux Etats-Unis l'année suivante. » D'abord élève et assistant d'Agassiz à Cambridge (Massachu- setts), il allait, en 1850, se fixer à Washington, où il prenait part aux travaux de l'Institution Smithsonienne. devenant bientôt le principal collaborateur de S. F. Baird. De cette époque datent quelques unes des publications les plus importantes de Cb. Girard, notamment une première série d'études sur les Poissons de la famille des Cottoïdes et ses recherches devenues classiques sur l'embryogénie des Pla- naires. )) Tout en poursuivant ses travaux zoologiques, Girard terminait ses études médicales et obtenait en 1856, à Georgetown Collège, le titre de Docteur. Les années qui suivirent paraissent avoir été les plus heureuses et les plus actives de sa vie. Ses nombreuses publi- cations sur les Poissons et les Reptiles se succèdent alors sans inter- ruption jusqu'en 1860. Cette date, mémorable dans l'histoire des Etats-Unis par les événements précurseurs de la guerre de sécession, semble marquer le terme de l'existence calme, sinon laborieuse, de Girard. Entraîné dans l'irrésistible mouvement qui agite les meil- leurs esprits de la grande République américaine, on le voit s'inté- resser aux opérations militaires et, plein d'enthousiasme pour la cause du Sud, accepter avec le capitaine Lemat la charge difficile de ravitailler en médicaments et en armes les troupes confédérées. Les navires chargés des envois de Girard, qui s'était à cette époque fixé à Paris, ne parvenaient pas tous à forcer le blocus ; des pertes maté- rielles en résultaient, suivies bientôt d'autres déboires dus au manque de paiement après la défaite. Un voyage aux Etats-Unis, accompli en pleine guerre civile, en 18(53, l'avait cependant laissé 34 SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1895 encore plein de confiance dans la cause qu'il servait; une plaquette publiée par lui à son retour en France en témoigne hautement. Mais il fallut bientôt renoncer à tout espoir et se résigner à la ruine. » Girard se mit courageusement à exercer la médecine à Paris, où il se maria, poursuivant du reste, tant l'ardeur scientifique restait vivante en lui, malgré les difficultés de l'existence, diverses recher- ches sur l'emploi du fer en thérapeutique. En 1870, pendant le siège, nous retrouvons à la tète d'une ambulance, rue Violet, dans le quar- tier populeux de Grenelle, le médecin que son âge et sa qualité d'étranger auraient pu dispenser de tout service public. Tel était Girard, cœur chaud, délicat et désintéressé, prêt au dévouement absolu et sans phrases, sous une apparence plutôt froide et réservée. Trop rares sont les amis qui l'ont connu sous ce jour favorable. » Nous sûmes l'apprécier à la Société Zoologique. quand il reparut parmi ses confrères, reprenant au déclin de la vie les études qui avaient charmé sa jeunesse. La question de la nomenclature des êtres organisés, mise à l'ordre du jour du premier Congrès interna- tional de zoologie réuni à Paris en 1889, l'avait fait sortir de sa retraite. Elle l'intéressait vivement. Personne d'ailleurs, dans cette assemblée de naturalistes, n'avait autant que lui fait œuvre de nomenclature, plus correcte à la fois et plus considérable. Des cen- taines de noms de genres et d'espèces ont été introduits en zoologie par Gh. Girard, dont la plupart resteront. Il suffira, pour s'en convaincre, de parcourir le volume in-8°, de l'tl pages, publié en 1891, à Washington, par les soins de l'Institution Smithsonienne et consacré entièrement à la bibliographie des œuvres du défunt. Cent quatre-vingt-dix-huit notices, ouvrages ou volumes y sont relevés, parmi lesquels plusieurs très importants, comme l'Herpétologie de l'Expédition de Wilkes, par exemple, et auxquels il convient d'en ajouter d'autres, récemment parus, témoignant de l'infatigable labeur de Ch. Girard et des services rendus par lui à la Science. N'est ce pas le plus beau titre au souvenir de ses collègues, qui fera vivre sa mémoire parmi nous et qui justifie amplement l'adieu suprême adressé au savant disparu par la Société Zoologique de France ? » Dans sa séance du 31 janvier, la Société centrale d'aquiculture de France a élu : président, M. le Baron J. de Guerne; vice- présidents, MM. E. Perrier, membre de l'Institut, et R. Blanchard; secrétaire général, M. G. Roche; secrétaire, M. R. ParÂtre. M. Edouard Taton - Baulmont, ancien membre de la Société, demande à être réintégré sur la liste des membres. SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1895 35 MM. Vaillant et Blanchard présentent M. Raymond Régnier, greffier en chef du tribunal de commerce, à Aix (Bouches-du- Rhône). MM. Kûnstler et Blanchard présentent M. A. Peytoureau, docteur en médecine et docteur ès-sciences, 28, cours du Chapeau- Rouge, à Bordeaux (Gironde). M. Edouard Blanc présente à la Société une concrétion stoma- cale du groupe des bézoards, qu'il a recueillie dans l'estomac d'un Chameau à une bosse (Camelus dromedarius Linné), mort dans l'oasis d'EI Khout Cette localité, qui est l'une des petites oasis du Souf, se trouve dans le sud de la province de Constantine. Cette concrétion, formée de couches concentriques, a la forme d'un ellipsoïde aplati dans le sens de son axe. Son plus grand diamètre est de m 08 environ, le plus petit de m 06. La matière qui la compose est une sorte de feutre qui paraît être d'ori- gine végétale. La densité en est remarquablement faible : cette pelote flotte sur l'eau très facilement. Les couches les plus exté- rieures sont d'un blanc grisâtre et formées entièrement par des libres de cellulose; les couches les plus internes sont agglutinées par une sécrétion jaune. Au centre se trouve un corps dur, de cou- leur brun jaunâtre, dont la présence paraît avoir provoqué la formation du reste de la pelote. Celle-ci s'est évidemment accrue par couches concentriques successives, et son accroissement paraît avoir été lent. M. Edouard Blanc dépose ce bézoard sur le bureau de la Société, afin qu'il soit remis à ceux de nos collègues qui s'intéressent spécia- lement aux questions de pathologie vétérinaire et qui pourront déterminer exactement la nature de la substance constitutive. Il ajoute qu'il a trouvé trois fois des formations semblables, en Asie centrale, dans l'estomac de Chameaux à deux bosses (Camelus bactrianus Linné) et une fois dans le même pays, dans l'estomac d'un Dromadaire. Sur la proposition de M. R. Blanchard, le bézoard en question est remis à M. Railliet, pour le Musée de l'Ecole vétérinaire d'Alfort. M. le Secrétaire général rend compte de la trente-troisième séance publique de la Société nationale d'Acclimatation, qui a eu lieu le 1 er février dernier sous la présidence de M. Léon Vaillant, profes- seur au Muséum, actuellement président de la Société Zoologique de France. M. Edouard Blanc a fait une conférence, accompagnée de projec 36 SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1893 tions, sur V Utilisation des Oiseaux de proie en Asie centrale. Au cours de la séance, et après la lecture du rapport de M. Jules de Guerne, secrétaire général, un certain nombre de récompenses ont été décernées. L'une des plus importantes, un prix de 500 francs, fondé par la Société d'Acclimatation pour récompenser les travaux de zoologie pure, pouvant servir de guide dans les applications, est attribué à notre collègue, M. Rémy ^Saint-Loup. M. de Claybrooke reçoit une grande médaille d'argent (bors classe) à l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, en qualité d'organisateur et de commis saire général des expositions d'aviculture. La même distinction est accordée au professeur Nicolas Zograf, de Moscou, secrétaire géné- ral du Congrès international de zoologie en 1892, pour ses travaux d'ichtbyologie et de pisciculture. Enfin, un autre de nos collègues, M. A. L. Clément, reçoit une médaille de première classe pour son excellent ouvrage de vulgarisation : l'Apiculture moderne. M. le président adresse de nouveau ses compliments aux lauréate qu'il a déjà félicités à la Société d'Acclimatation. En sa qualité de membre bonoraire de la Société helvétique des sciences naturelles, M. Jules de Guerne annonce la fondation d'une Société zoologiqur suisse. Cette Société, dont la création avait été résolue en principe à Lausanne, dès 1893, s'est définitivement constituée en section de la Société helvétique des sciences natu- relles, au congrès de Schafîouse, en 1894. Voici le programme qu'elle compte suivie : 1° Il est fondé une Société zoologique suisse dont le premier mandat est l'étude de la faune helvétique. 2° Pour faire partie de la Société, il faut être membre de la Société helvétique des sciences naturelles : l'admission de nouveaux mem- bres est prononcée à la majorité absolue des votants présents à l'assemblée annuelle. 3° Les membres s'engagent à développer autant que possible. soit par eux mêmes, soit autour d'eux, la connaissance de la faune suisse : un des premiers desiderata est une bibliographie zoolo- gique suisse complète. 4" I/asseinblée générale de la Société zoologique est convoquée en même temps que la session annuelle de la Société helvétique des sciences naturelles, et pour sa partie zoologique se confond avec la section de zoologie. 5° A chaque assemblée, un l'apport sera présenté sur les travaux concernant la l'aune suisse accompli pendant l'année écoulée ; il sera publié dans les comptes-rendus de la Société. SÉANCK 01 \2 FÉVRIER I S!)5 .T7 6° Au poinl de vue de la nomenclature zoologique, la Société adhère aux décisions des Congrès internationaux de 1S89 et 1892. Le bureau de la Société est ainsi constitué: présidents d'hon nci.il' : MM. les prof L. Rutimeyer cl C. Yogi ; président: M. le prof. Th. Studer ; vice-président: M. le I) 1 V. Fatio; secrétaire: M. le w M. Bedot. DE L'EXISTENCE DU GENRE BERTHELINIA GROSSE A L'ÉPOQUE ACTUELLE, par Ph. DAUTZENBERG, Ancien Président de la Société. Les naturalistes qui ont étudié la l'aune fossile de l'Eocène pari- sien connaissent tous le curieux genre Berthelinia décrit en 1875 (1) comme un Gastéropode, alors qu'on n'en connaissait que la valve droite. La découverte de la valve gauche permit à MM. Crosse et Fischer de transporter ensuite ce genre dans la classe des Pélécy- podes (2). Le genre Berthelinia avait été indiqué par MAL Crosse et Fischer comme devant, être classé dans le voisinage des Prasinidae ou des A r/n//>7/a''etM.Cossmann.daiis son ouvrage sur les coquilles fossiles de l'Eocène des environs de Paris, les place dans la famille des Prasinidae; mais nous nous demandons s'il ne s'agit pas là de coquilles embryonnaires jouant le même rôle chez les Pélécypodes que les Sinusigera chez les Gastéropodes. Quoi qu'il en soit, la découverte qui vient d'être faite par M. Schlumberger d'une forme vivante très voisine du Berthelinia elegans du bassin de Paris, ne laisse pas que d'être fort intéressante et nous sommes heureux de la lui dédier. Berthelinia Schlumbergeri, nova species. Valve droite (seule connue), très petite : diamètre umbono-ven tral 5/10 millim., diamètre antéro-postérieur 6/10 millim., mince mais opaque, inéquilatérale, de (orme ovale, légèrement trapézoïde. Côté antérieur arrondi, plus court que le côté postérieur, qui est plus haut, dilaté et subtronqué. Sommet très grand, saillant, enroulé et incurvé antérieurement. Surface pourvue de stries d'accroisse- (1) Journal d« Conchyliologie, XXIII, p. 7i». (2) Ibidem, XXV, p. 303. 38 SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1895 ment très fines. Intérieur des valves mat ; bords simples, tranchants. Impression musculaire indistincte. Plateau cardinal étroit, sans trace de fossettes. Coloration blanche uniforme. Habitat. — Nossibé, dans du sable dragué en rade. Il est probable que nous nous trouvons ici en présence d'un exemplaire encore peu développé, car il ne possède pas de fossettes sur le bord cardinal. Les exemplaires de petite taille du Berthelinia elegans sont dans le même cas; tandis que ceux d'une taille plus forte présentent une série de fossettes obliques. La valve du B. Schlumbergeri que nous avons sous les yeux diffère de la valve droite du B. elegans par son sommet beaucoup plus grand en proportion, plus enroulé et moins détaché. Il s'inflé- chit davantage et repose sur la partie dorsale de la valve. Le bord ventral est plus arqué, de sorte que le contour de la coquille a un aspect plus arrondi, moins trapézoïdal. M. Schlumberger nous dit qu'il avait déjà trouvé dans le même sable de Nossibé une autre valve droite de ce Berthelinia et qu'il l'avait communiquée à uotre regretté confrère le D r Paul Fischer, mais soit que ce premier exemplaire ait été égaré, soit que M.Fischer n'ait pu s'en occuper, le fait n'a pas été signalé à cette époque. A B Berthelinia Schlumbergeri. — A, valve droite, vue à l'extérieur ; B, valve droite vue à l'inté- rieur. 39 Séance du 28 Février 1895 DEUXIÈME RÉUNION GÉNÉRALE ANNUELLE PRÉSIDENCE DE MM. J. VIAN, PRÉSIDENT HONORAIRE, ET L. VAILLANT. PRÉSIDENT. En ouvrant la séance. M. le professeur Vaillant invite M. J. Vian, président honoraire, à venir prendre place à ses côtés, puis souhaite la bienvenue aux membres de province et les remercie d'être venus prendre part à la deuxième Réunion générale annuelle. Sont présents : M lle F. Bignon, MM. Alluaud, R. Blanchard, E. L. Bouvier, Brabant, Brolemann, Gh. Brongniart, L. Bureau, Certes, Chaper, Clément, Collardeau du Heaume, Dautzenberg, A. Dollfus, G. Dollfus, L. Faurot, H. H. Field, H. Filhol, H. Fischer, H. Gadeau de Kerville, Gaudry, Gazagnaire, Ph. Grouvelle, Gruvel, baron J. de Guerne, baron d'Hamonville, Hérouard, A. Janet, L. Joubin, van Kempen, de Kerhervé, R. Kœhler, J. Kiinckel d'Herculais, J. Kùnstler, A. Labbé, Laitier, Lavergne de Labarrière, V. Lemoine, Lennier, Lignières, P. Marchai, Martel, Moreau, E. Olivier, Parâtre, L. Petit, M. Pic, H. Pierson, Rabé, Racovitza, J. Richard, G. Roche, baron de Saint-Joseph, Ch. Schluinberger, Fr. Secques, Traizet, Trouessart, L. Vaillant, J. Vian, Vignal. Assistent également à la séance, M me Lignières, MM. E. Belloc et Ladmirault. MM. Bedot, Fatio, Fleutiaux, Moniez, Raspail et Taton-Baulmont se sont excusés par lettre. M. S. Sinclair, secrétaire de FAustralian Muséum, à Sydney, notifie à la Société que M. le D r E. P. Ramsay, curateur du Muséum depuis vingt années, a pris sa retraite et a été remplacé par M. R. Etheridge junior. MM. H. Gadeau de Kerville et Paulino d'Oliveira offrent leur photographie pour l'album de la Société. M. M. Dollé adresse également une photographie de M. Edouard Lefèvre, membre de la Société, ancien président de la Société entomologique de France, décédé en 1894. 40 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 MM. Peytoureau, Régnier et Taton Baulmont, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. Sur la proposition de MM. R. Blanchard, E. L. Bouvier, Ch. Brongniart, L. Faurot, H. H. Field, H. Filliol, J. de Guerne, L. Jou- bin, R. Kœhler, J. Kùnstler, J. Richard, Ch. Schlumberger, Fr. Secques et L. Vaillant, la Société confère par acclamation le titre de membre honoraire à M. Edouard Van Beneden, professeur à l'Université de Liège. MM. Blanchard, Girodon et Lafuma présentent M. Gustave Maillet, industriel, 32, rue du Luxembourg, à Paris. MM. Blanchard, Gazagnaire et de Guerne présentent M. Henri Donckier de Donceel, membre de la Société entomologique de France, 20, place Denfert Rochereau, à Paris. MM. de Guerne et Kœhler présentent M. le D r Louis Roule, pro- fesseur à la Faculté des sciences, à Toulouse (Haute-Garonne) ; et M. le D r L. Jammes, chef des travaux pratiques de zoologie à la Faculté des sciences, à Toulouse (Haute-Garonne). Dans sa séance générale du 17 décembre 1894, la Société scienti- fique du Ghili a élu 5 membres honoraires et 37 membres corres- pondants. Parmi les premiers figure le nom de M. A. Milne- Edwards; parmi les seconds figurent les noms de MM. B.yrboza du Bocage, R. Blanchard, W. Blasius, A. Bogdanov, J. Bolivar, Broyvn Goode, L. Camerano, Ed. Chevreux, A. Dollfus, A. Dugès, S. (Iar- man, J. de Guerne, L. Joubin, J. Bichard, de Selys-Longchamps et E. Simon, membres de la Société. Les autres Français nommés membres correspondants sont MM. A. Giard, E. Hamy et J. Perez. Sur l'initiative de M. Milne Edwards, directeur du Muséum d'histoire naturelle, il vient d'être institué des réunions auxquelles sont convoqués tous les naturalistes de cet établissement, profes- seurs, assistants, préparateurs, élèves des laboratoires, boursiers, ainsi que les correspondants et les voyageurs qui concourent à l'accroissement des collections du .lardin des Plantes. La première réunion a eu lieu le 29 janvier, la seconde le 26 février ; les sui vantes sont fixées aux 26 mars, 30 avril, 28 mai, 2"> juin, 26 novembre et 24 décembre 1895. Eu ouvrant la première séance, M. Milne- Edwards a défini en ces termes le but de ces réunions : « Les voyageurs y feront connaître l'itinéraire qu'ils ont parcouru, les conditions dans lesquelles ils ont recueilli leurs collections. Les naturalistes parleront ensuite de ces mêmes collections ; ils en SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 41 indiqueront les espèces et ils donneront, sur les objets récemment acquis, les détails zoologiques, botaniques ou géologiques néces- saires. » Une large place sera également réservée aux questions d'ordre physiologique, chimique ou physique, et leur discussion, utile à tous, fera souvent naître de nouveaux aperçus ». Les résultats des travaux des naturalistes et les indications som- maires fournies par les voyageurs sont immédiatement consignés dans un Bulletin du Muséum, qui est imprimé et distribué très rapidement. Le premier numéro de ce Bulletin a déjà paru à la fin de février et le second est sous presse. Le secrétaire général des séances et de la rédaction est M. Oustalet; les secrétaires particu- liers sont M. Bouvier pour l'anatomie et la zoologie, M. Poisson pour la botanique, M. Boule pour la paléontologie, la géologie et la minéralogie, M. Phisalix pour la physiologie et M. Verneuil pour la physique et la chimie. Un comité de naturalistes et de sportsmen anglais a fait des remontrances à la Compagnie anglaise du Sud africain, en vue de protéger diverses espèces de grands animaux qui sont en danger d'extinction totale, par suite de leur abatage. Parmi ces animaux, on doit mentionner spécialement la Girafe, le Zèbre, l'Elan, le Gnou, le Koudou, l'Autruche et diverses petites Antilopes. On ne peut qu'approuver cette initiative et souhaiter ardemment qu'elle porte des fruits, quand on considère que nombre d'espèces animales se sont éteintes dans les temps modernes, par suite de l'action de l'Homme. M. J. de Guerne offre de la part de MM. H. Fockeu et B. Moniez, ainsi que de la part de la famille de feu le D r Gh. Girard, une série de publications destinées à la bibliothèque. Il dépose aussi sur le le bureau, à la disposition des membres de la Société, des cartes d'entrée aux séances de la Société d'acclimatation, de la Société de géographie, à l'exposition des dessins de M. A. Tissandier, ainsi que des billets d'entrée au .lard in d'acclimatation. Dans une de ses dernières séances, le Conseil a décidé de faire réimprimer en une brochure distincte et de distribuer aussi large- ment que possible les lièyles de la nomenclature des êtres organisés adoptées parles Congrès internationaux de zoologie. Conformément à cette décision, la réimpression a été faite. M. le Secrétaire général présente des exemplaires de cette bro- chure et invite les membres de la Société à en prendre, tant pour 42 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 eux que pour les établissements scientifiques avec lesquels ils peuvent être en relation. 11 fait remarquer en outre que, le premier fascicule du Bulletin de 1895 n'ayant pas encore paru, cette bro- chure inaugure le papier de pur chiffon, dit papier SZF, en raison de son monogramme, sur lequel les publications de la Société seront imprimées désormais. M. E. A. Martel présente à la Société et lui offre pour sa biblio- thèque son récent ouvrage les Abîmes (1), qui vient d'être couronné par l'Académie des sciences (prix Gay), et où il a donné le récit et les résultats scientifiques de toutes ses explorations souterraines en France, Belgique, Autriche et Grèce, de 1888 à 1893. Le dernier chapitre résume brièvement, avec bibliographie à l'appui, les questions relatives à la faune souterraine, aux animaux cavernicoles ; c'est ce point de vue qui intéressera particulièrement les zoologistes. Us trouveront, en effet, dans ce livre les indications nécessaires à l'investigation biologique d'une foule de cavernes, où on continuerait certainement avec succès les chasses souterraines qui ont jadis fait connaître tant de curieux animaux dans les grottes des Pyrénées, celles de l'Ariège notamment. Pour ne citer qu'un exemple, M. le professeur Moniez (de Lille), a trouvé trois nouvelles espèces de Thysanoures, dans l'immense grotte de Dargilan (Lozère), la plus belle des Cévennes et sans doute de toute la France. La rivière souterraine de Padirac (Lot), longue de trois kilomètres et fermée à ses deux extrémités, doit renfermer aussi bien des êtres inconnus. A cette occasion, M. Martel fait savoir qu'il vient de fondera Paris une Société fie spéléologie, qui débute avec 135 membres et qui est, selon l'art. 1 er des statuts « instituée pour assurer l'exploration, faciliter l'étude générale et concourir à l'aménagement ou à la mise en valeur des cavités souterraines de toutes sortes, connues ou inconnues, soit naturelles, soit artificielles; pour encourager et subventionner les investigations qui s'y rapportent d'une manière quelconque ; en un mol, pour vulgariser et développer, dans un intérêt à la fois pratique et théorique, utilitaire et scientifique, les recherches de toute nature dans l'intérieur de la terre o. M. Martel, aidé dans cette entreprise par plusieurs de nos col lègues, parmi lesquels nous citerons le prince Roland Bonaparte, MM. M il ne-Edwards, Filbol, R. Blanchard, de Guerne, Ghaper, Ch. (1) Paris, Delagrave, 1894, iu-4° de 580 p. avec 20 planches hors texte, 100 gra- vures et 200 plans et coupes dans le texte, 20 fr. SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 43 Brongniart, etc., fait appel au concours de nombreux et nouveaux adhérents : le but de celle fondation n'est pas tant de créer une association cl une publication nouvelles, que de centraliser des documents ci renseignements jusqu'ici épars de tous côtés, au grand préjudice des chercheurs, de faciliter la besogne aux spéléo- logues et de fournir surtout des subventions et des avis aux ama- teurs d'investigations souterraines, dont la bonne volonté est trop souvent annihilée par l'absence de ressources pécuniaires et par le défaut d'expérience. Le siège de la nouvelle Société est à Paris, 7, rue des Grands- Augustins ; le taux de la cotisation annuelle est de 5 francs pour les membres correspondants et de 15 francs pour les titulaires; elle peut être rachetée moyennant un versement une fois effectué de 200 francs pour les membres à vie et de 400 francs pour les me mines donateurs. M. A. L. Clément offre un exemplaire de son ouvrage intitulé : VA pieu Hure moderne. M. E. L. Bouvier, chargé par le Conseil de présenter un rapport sur le projet de réforme bibliographique dont M. le D r H. H. Field est l'auteur, donne communication de ce Rapport. Voir aux Mémoires. Ce Rapport a été approuvé, dans sa séance du 27 février, par le Conseil qui a adopté les listes provisoires suivantes pour la consti- tution des différents comités que comporte l'organisation projetée : Comité parisien de propagande. — MM. R. Blanchard, prince R. Bonaparte, Y. Delage, H. Filhol, A. Gaudry, J. de Guerne, A. Milne-Edwards, A. Bailliet et L. Vaillant. Correspondants. — A Bordeaux, M. Peytoureau ; à Boulogne sur- Mer, M. Canu; à Caen, M. Fauvel; à Laval, M. GEhlert; à Lille, MM. Hallez et Meniez ; à Lyon, MM. Depéret et Kœhler ; à Marseille, M. Jourdan ; à Montpellier, M. Soulié; à Moulins, M. E. Olivier; à Nancy, M. Prenant; à Nantes, M. Bureau; à Paris, MM. Bedel et H. Fischer; à Reims, M. Topsent ; à Rennes, M. Joubin ; à Rouen, M. Gadeau deKerville; aux Sables d'Olonne, M. Odin; à Toulouse, MM. Neumann et Roule. Rédacteurs délégués. — 1 er groupe, M. Bouvier ; 2 e groupe, M. Marcel Baudouin; 3 e groupe, M. G. Hervé; 4 e groupe, M. Li- gnières ; 5 e groupe, M. G. Roche ; 6 e groupe, M. Caustier ; 7 e groupe, M. Deniker ; 8 e groupe, MM. Léveillé et J. Richard ; 9 e groupe, MM. Boule et Haug. 44 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 M. d'Hamonville dépose un mémoire sur la Faune ornithologique de la Lorraine. Renvoyé aux Mémoires. Il offre aussi à la Société, et met à la disposition des membres présents, un certain nombre d'exemplaires d'une brochure inti- tulée : La chasse aux petits Oiseaux (1). Ce travail a été présenté au Conseil général de Meurthe-et-Moselle, le 25 août 1892, au uom de la Commission d'agriculture. A la suite de ce rapport, le Conseil général a émis à l'unanimité le vœu suivant : « 1° Que le § 1 er de l'art. 9 de la loi du 3 mai 1844 sur la police de la chasse soit supprimé par une loi dans le plus bref délai possible ; » 2° Que le Gouvernement veuille bien, dès à présent, recom- mander à tous les Préfets de ne plus prendre d'arrêté pour autoriser la capture en masse des petits Oiseaux, suivant les modes indiqués aux considérants ; » 3° Qu'il veuille bien aussi appeler l'attention des fonctionnaires spéciaux, Conservateurs, Maires, Procureurs et autres pour obtenir une stricte observation de la loi, en ce qui concerne le dénichage et la chasse de ces petits êtres en temps de neige et, en même temps, stimuler le zèle de tous les agents, gendarmes, gardes et autres, pour empêcher ces déplorables destructions d'Oiseaux utiles. » M. R. Paràtre signale aussi les massacres qui sont faits chaque année, en hiver, dans le département de l'Indre. L'emploi des saunées, ou collets simples appendus à des cordes ayant parfois plusieurs centaines de mètres de longueur, est autorisé dans ce département, pour la chasse à l'Alouette, du 1 er octobre au 3U avril, même en temps de neige. Avec ces engins éminemment destruc- teurs, on ne prend qu'une petite quantité d'Alouettes, mais on capture d'innombrables petits Oiseaux d'une utilité incontestable. Cette monstrueuse coutume remonte à une époque très éloignée; l'administration préfectorale avait rendu, ces années dernières, un arrêté l'interdisant ; mais cette mesure a dû être rapportée, en pré- sence des graves conflits qui surgissaient entre la gendarmerie et la population et pour mettre fin à l'attitude séditieuse prise par celle-ci. Depuis lors, les saunées sont plus employées que jamais : c'est par centaines qu'on les tend dans chaque village, ce qui repré- sente des millions de collets tendus aux petits Oiseaux. Aussi, la destruction de ceux-ci atteint elle des proportions incroyables. Il (1) Revue des Sciences naturelles appliquées, Q° 2, 20 janvier 1895. SEANCE DU 28 FÉVRIER 1895 48 est temps qu'on mette lin à ces pratiques barbares el imprévoyantes, e1 M. Parâtre demande à la Société d'émettre de nouveau un vœu en faveur de la protection des petits Oiseaux. Os conclusions soul appuyées par MM. d'Hamonville, Petit et R.ABÉ. La Société adopte à l'unanimité la proposition de M. Parâtre et s'en remel au Conseil du soin de saisir les pouvoirs publics du vœu qu'elle vient d'émettre. M. X. Raspail adresse un mémoire intitulé : Durée de V incubation de l'œuf du Coucou et de l'éducation du jeune dans le nid. Voir aux Mémoires. M. L. B. de Kerhervé communique un travail intitulé : De l'apparition provoquée des mâles chez les Daphnies (Daphnia psittacea). Voir aux Mémoires. M. L. Joubin communique un travail intitulé : Note sur les appa- reils photoghies cutanés de deux Céphalopodes : Histiopsis atlantica Hoyle et Apralia Oweni (Verany) Hoyle. Renvoyé aux Mémoires. A la fin de la séance, M. le Secrétaire général invite les membres de la Société à se rendre, aussi nombreux que possible, au troisième Congrès international de zoologie, qui doit se réunir à Leyde, du 16 au 21 septembre 1895. Le lundi 4 mars, à sept heures et demie du soir, les membres de la Société se sont réunis en un banquet, au restaurant Marguery, sous la présidence de M. le professeur Léon Vaillant, président de la Société, et sous la présidence d'honneur de M. le professeur Albert Gaudry, membre de l'Institut. Etaient présents : MM. Alluaud, Apfelbeck, Ed. Blanc, R. Blan- chard, E. L. Bouvier, Ch. Brongniart, Certes, Chaper, de Clay- brooke, A. L. Clément, Dautzenberg, A. Dollfus, Emery, Faurot, H. H. Field, H. Filhol, Cadeau de Kerville, A. Gaudry, J. Gaza- gnaire, J. de Guerne, d'Hamonville, Hérouard, A. Janet, Ch. Janet, L. Joubin, Ch. van Kempen, J. Kûnckel d'Herculais, H. Labonne, Lavergne de Labarrière, Lennier, R. Martin, P. Marchai, E. Mo reau. F. Olivier. Oustalet, Parâtre, L. Petit, Pierson, Rabé, J. Ri chard, Roche, de Rosbo, R. Saint-Loup, Schlumberger, Secques, E. Simon, Taton-Baulmont, L. Vaillant et Vignal. S'étaient excusés : MM. Argod-Vallon, Bedot, Dongé, Fatio, Fleu- tiaux, Ph. Grouvelle, de Kerhervé, Kùnstler, Lallier, Maggi, Moniez. Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — .". 46 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 Un menu artistique avait été imprimé, à l'aide de clichés mis gracieusement à la disposition delà Société par MM. Pion, Nourrit et O, éditeurs, et empruntés à l'Arche de Noé, par P. Guigou et A. Vimar. M. le professeur Léon Vaillant, président de la Société, a ouvert la série des toasts, en prononçant le discours suivant : « Messieurs, c'est avec un vif plaisir que, Président de la Société, je prends la parole pour remercier en votre nom mon savant maître et aimé collègue, M. Gaudry, d'avoir bien voulu assister à notre réunion et en accepter la présidence d'honneur. » La Société Zoologique de France doit grandement se réjouir de posséder dans son son sein et d'avoir à sa tète, en ce moment, l'un des représentants les plus autorisés de la Paléontologie, science que notre pays peut, à plus d'un titre, regarder comme sienne, puisque c'est là qu'elle a réellement pris naissance. Nous savons tous avec quel dévouement M. Gaudry s'est consacré à l'augmenta- tion de notre collection nationale, ne craignant pas de s'expatrier pour fouiller au loin, à Chypre, à Pikermi, ces terrains d'où ont été retirées des richesses trop peu connues encore, mais que bien lot sans doute il aura la grande joie de pouvoir mettre en lumière, lorsqu'il sera enfin permis d'exposer aux regards du public, dans un local qui en soit digne, les merveilleux trésors que renferme notre Muséum et dont une bonne part est due aux recherches personnelles, auxquelles je viens de faire allusion et aussi aux collaborateurs dont ce maître a su exciter et entretenir le zèle. Remercions donc encore une fois M. le professeur Gaudry d'avoir bien voulu, par sa présence, ajouter un nouvel attrait à l'amicale réunion qui clôture si agréablement notre Réunion générale ;inuuelle. » Pour cette séance, que je ne puis pas ici ne pas rappeler, je n'ai, Messieurs, qu'à insister de nouveau sur la satisfaction que nous devons éprouver en constatant sa réussite. Le succès dépasse toute attente et l'on ne peut vraiment que féliciter ceux qui ont pris l'initiative de celte heureuse innovation. C'est à notre Secré- taire général, que je ne désignerai pas d'une manière plus précise, pour ménager sa modestie, qu'en revient certainement le mérite, el ce n'est pas la première fois, ni la dernière, que la Société lui doit et lui devra un juste tribut de reconnaissance. » Au reste, nous constatons tous, avec une joie légitime, l'ac- croissement numérique de nos membres, l'importance des travaux que renferment notre Bulletin el nos Mémoires, qui, sur le rayon SÉANCE DU 28 FÉVRIER 189S 47 de nos bibliothèques, se présentent aujourd'hui sous l'aspect impo- sant d'une grande publication. Ces résultats, les encouragements que de hautes personnalités scientifiques ne cessent de nous prodi- guer, sont bien laits pour nous inspirer de légitimes espérances dans l'avenir. » Je veux toutefois insister, en terminant, sur un point déjà signalé à notre attention dans la séance générale, mais qui, ici spécialement, doit vous être présenté sous une autre de ses faces : je veux parler du Congrès international de zoologie, qui doit se tenir à Leyde au mois de septembre prochain. Notre Secrétaire général a 1res justement insisté sur l'importance qu'il y aurait, tant au point de vue de notre Société zoologique qu'à un point de vue, nous pou vous dire national, à ce que chacun d'entre nous fit effort pour s'y rendre personnellement. Je n'ai pas à revenir sur ce sujet. Mais avec les satisfactions scientifiques, les Congrès imposent à leurs membres des obligations que je qualifierai de plus matérielles; les banquets, aucun de vous ne l'ignore, y jouent toujours un rôle sérieux. Sous ce rapport, notre réunion de ce soir, autour d'une table si bien servie, a une importance qui ne vous échappera: c'est un entraînement aussi nécessaire que l'entraînement intellectuel, auquel a pu nous préparer la séance si variée, si riche en commu- nications que, grâce à vous, mes chers confrères, nous avons eue jeudi dernier, et je les recommande l'une et l'autre au même titre à vos méditations. » Buvons donc, Messieurs, à la santé de notre très honoré Prési- dent d'honneur, M. le professeur A. Gaudry, à la prospérité de la Société Zoologique de France, au succès du Congrès international de Zoologie à Leyde, auquel je vous convie tous de vous rendre. » M. le professeur Albert Gaudry se lève alors et s'exprime en ces termes : « Je remercie notre éminent Président des paroles qu'il vient de prononcer; venant d'un savant dont j'honore beaucoup le talent et le caractère, elles ont pour moi un double prix. » Peut être, mes chers confrères, devrais-je vous dire qu'ayant parmi vous tant de zoologistes distingués, vous auriez pu ne pas choisir pour vous présider un paléontologiste. J'aime mieux, en toute simplicité, vous déclarer que je suis très honoré de présider votre banquet et heureux de me trouver avec des amis. » D'ailleurs mon rôle de paléontologiste me donne ici un avan- tage. N'ayant pas. comme vous, contribué à illustrer la zoologie, je peux en dire du bien plus librement. J'aime assurément ma 48 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 189o science paléontologique ; il me plaît de promener mon esprit à travers les horizons immenses des âges, de tirer de la pierre les créatures qui y sont enfouies, de les interroger et de tâcher d'ap- prendre par elles quelque chose de la grande question des origines du monde animé. Cependant, lorsque je mets en parallèle les avantages de la zoologie et de la paléontologie, je trouve que vous en avez plusieurs que nous n'avons pas. » D'abord vous pouvez étudier des êtres complets; vous avez non seulement leurs os, mais toutes leurs parties molles; vous apportez dans la science des affirmations. Nous, le plus souvent nous n'avons que des coquilles et des os. Et quels os !.. . si noircis par le temps, si brisés qu'ils sont à peine déterminables. Notre vie se passe dans le doute. Jouissez bien, Messieurs, de pouvoir réunir des affirmations ; le doute prolongé donne de la fatigue à l'esprit. » Puis, vous avez des plaisirs d'artistes : vous admirez des pein- tures sur les ailes de vos Insectes, sur les plumes de vos Oiseaux, jusque sur les coquilles des Mollusques. Vous entendez les bruits charmants de la nature : l'Insecte qui bourdonne, l'Oiseau qui chante, le Mammifère qui appelle ses petits. Nous ne connaissons ni les couleurs, ni les chants ; nous avons devant nous un monde décoloré et silencieux. Ce n'est pas le moment de faire un cours de paléontologie, mais si nous pénétrions dans les temps passés, nous verrions que la belle peinture et la belle musique ne datent pas de loin. » Vous avez aussi la satisfaction de contempler le phénomène de la vie, un des plus étranges qui s'offrent à un penseur; vous assistez au développement des facultés, vous voyez les manifes- tations de l'intelligence. Pour nous, nous ne rencontrons que des morts, et si, par impossible, il nous était donné de ressusciter les créatures des âges géologiques, je crois que les manifestations de- leur intelligence nous donneraient peu de jouissances. » Une des plus vives impressions que j'ai éprouvées en Amé- rique a été causée par le contraste entre les dimensions gigan tesques des Reptiles secondaires et la petitesse de leur cerveau. On dit que le Brontosaurus avait lo mètres, que Y Atlantosaurus en avait 24. Est-ce exagéré? je ne sais. Ce qui est certain, c'est que, lorsqu'on visite la collection de M. Marsh à Newhaven et qu'on se mesure à côté des géants d'autrefois, on éprouve quelque humi- liation. Mais cette humiliation cesse aussitôt qu'on regarde leur cerveau. La tête des Dinosauriens est si petite, qu'on risque de la prendre pour la queue. M. Marsh m'a montré le moulage de l'encé- SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 1!) phale du Brontosaurus et le moulage de la cavité médullaire de son sacrum ; celle-ci est trois fois plus large que l'encéphale. Si donc il y a une certaine relation entre le développement de la substance nerveuse et celui de l'intelligence, on peut croire que les Dino- sauriens avaient moins d'esprit dans la tête que dans leur partie postérieure. » Après un de mes cours du Muséum, où j'avais parlé de l'état probable de l'intelligence à l'époque secondaire, je conduisis mes auditeurs à la Ménagerie des Reptiles, que dirige notre cher Président. C'était par une belle journée de juin, le ciel était radieux, la chaleur brûlante ; nous pensions donc que nous serions dans les conditions les plus favorables pour voir l'anima- tion des Reptiles. Mais en entrant dans la Ménagerie, nous avons trouvé un inonde morne, immobile. En vain les employés de M. Vaillant tiraient les Reptiles des couvertures ou des creux de roches où ils s'étaient cachés ; ceux-ci rentraient bientôt. Je dési- rais faire entendre la voix des Crocodiles ; on imagina les bruits les plus divers pour les tirer de leur torpeur; nous ne pûmes réussir à les faire rugir, ils restaient immobiles et stupides. » Nous sortîmes, rêvant de la tristesse et du silence qui devaient envelopper la Nature durant les âges secondaires, et en rentrant au Jardin des plantes, nous rencontrâmes les Oiseaux qui chantaient comme pour célébrer le bleu du ciel, les Antilopes qui bondis- saient ou nous regardaient de leurs grands yeux si doux. Alors nous disions merci à Dieu de ne pas nous avoir fait naître à l'époque où vivaient les Dinosauriens. Nous sommes venus dans le bon temps ; la Nature actuelle nous sourit et peut être la Nature à venir sera encore meilleure. » Ainsi, mes chers Confrères, vous qui étudiez les êtres d'au- jourd'bui, vous avez des jouissances que nous, paléontologistes, nous n'avons pas. Cependant vous ne pouvez pas tout savoir ; ces êtres que vous étudiez si bien, vous ignorez d'où ils viennent. C'est à la Paléontologie qu'il vous faut avoir recours, pour découvrir les mystères des origines. Vous avez donc besoin de nous. Mais nous avons encore plus besoin de vous ; car, sans la connaissance des êtres actuels, celle des êtres fossiles est impossible. » La conséquence de cela, c'est que les Zoologistes et les Paléon- tologistes doivent être unis; les progrès des uns intéressent les progrès des autres. Aussi je lève mon verre et de tout mon cœur, au nom des Paléontologistes, je porte un toast à la prospérité de la Société Zoologique de France. » 50 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 M. le D r V. Apfelbeck, délégué du Gouvernement de Bosnie et d'Herzégovine, porte ensuite le toast suivant : « Messieurs, au mois d'août dernier, un Congrès d'archéologie et d'anthropologie était réuni à Saraievo : quelques savants fran- çais nous faisaient l'honneur d'y assister et d'applaudir aux efforts que le Gouvernement local ne cesse de faire pour développer le mouvement scientifique en Bosnie et en Herzégovine. Dans cette circonstance solennelle, les rapports amicaux qui ont toujours existé entre les savants de France et ceux d'Autriche se sont affirmés et fortifiés. » A son tour, le Gouvernement de la Bosnie et de l'Herzégovine est désireux de resserrer encore ces liens d'amitié scientifique. Sachant combien les recherches entreprises à son instigation dans les Balkans sont appréciées par les savants français, il m'envoye auprès de vous, comme représentant du Muséum de Saraievo, afin de prendre contact avec les zoologistes français et de nouer avec eux des liens durables, pour le plus grand profit de notre science. » C'est pour moi un grand bonheur d'avoir pu, en si peu de temps et dans des circonstances si favorables, entrer en relations avec les représentants les plus autorisés de la zoologie française et de pouvoir déjà, grâce à leur atîable accueil et à leur haute intelli- gence, considérer comme accomplie l'œuvre de rapprochement que mon Gouvernement a bien voulu me confier. » Je ne trouve pas de mots pour vous remercier de votre aimable cordialité. Je puis du moins vous donner l'assurance que mon Gouvernement désire vivement voir les zoologistes français s'inlé resser à notre faune si riche, si intéressante et encore si peu connue. Il serait particulièrement heureux que quelques-uns d'entre eux vinssent l'étudier sur place et il est tout disposé à leur donner toutes les facilités désirables. Dans l'espoir que cette cordiale invi- tation sera acceptée, je lève mon verre en l'honneur des zoologistes français. » M. le baron d'Hamonville prend ensuite la parole en ces termes : « Messieurs, la gracieuse allocution et les paroles de bienvenue de notre Président, tout comme le discours si élevé, si rempli de philosophie aimable de M. le professeur Gaudry, discours dont le charme saisissail à la fois le cœur et l'esprit, ne me permettraient pas en ce moment de prendre la parole, si je n'y étais forcé par un agréable devoir. C'est donc en quelques mots seulement que je viens, Messieurs, au nom de nos confrères de la province et de SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 51 IV t ran lier, vous remercier de l'accueil si cordial et si bienveillant que vous avez voulu nous faire, non seulement ici et dans nos réu- nions, mais encore en cherchant à nous procurer d'agréables distractions, pendant notre séjour dans la capitale. )> Soyez persuadés, Messieurs, que tous nous ressentons vive- ment ces attentions délicates, qui laisseront dans nos cœurs un ineffaçable souvenir. » Je dois remercier tout particulièrement les collègues auxquels rien n'a coûté, ni peines, ni démarches, pour se faire si heureuse- ment les promoteurs et les organisateurs de ces belles fêtes. Je suis heureux de me faire votre interprète, en vous proposant de lever nos verres en leur honneur : à Messieurs le professeur R. Blanchard et le baron J. de Guerne. » M. le D r R. Blanchard porte un toast aux deux présidents du banquet; il remercie particulièrement M. le professeur Gaudry d'avoir bien voulu en accepter la présidence honoraire: la Société apprécie comme il convient le grand honneur qui lui est fait et elle saura en garder le souvenir reconnaissant. M. R. Blanchard lève aussi son verre en l'honneur des collègues étrangers, représentés par MM. Apfelbeck et Field. M. Gadeau de Ker ville apporte à la Société Zoologique de France le salut de la Société des Amis des sciences naturelles de Rouen, dont il est le président. DE L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE NATURELLE DANS LES ÉCOLES PRIMAIRES, par M Ue Fanny BIGNON , Docteur es-sciences naturelles. Depuis un certain nombre d'années, nous assistons à une inté- ressante évolution de l'enseignement primaire : rompant avec des traditions surannées, les autorités compétentes ont élaboré des programmes d'un esprit tout nouveau. Plus de longues analyses, d'interminables conjugaisons de verbes, de dictées hérissées de dif- ficultés; en corrigeant les épreuves du certificat d'études primaires, les tyrans des mots et des syllabes voient bien ce que la connais- sance de la langue française y perd; nous nous proposons de mon- trer dans cette étude ce que la science, et en particulier l'histoire naturelle, y gagne. Les sciences naturelles sont, en effet, entrées dans le programme ')2. SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 de l'enseignement primaire, et, pour obtenir le certificat d'études, l'enfant de onze ans doit faire une rédaction qui peut porter sur un sujet tel que les suivants : I. La respiration. — Ce que devient l'air dans les poumons. — Une partie de cet air se combine avec la chaleur du sang. — Résultats (Brest, 1893). II. La digestion. — Absorption des aliments. — Digestion sto- macale. — Digestion intestinale (Hérault, 1893). III. Qu'est-ce qu'un Insecte? — Métamorphoses des Insectes (Haute-Garonne, 1894). IV. La fleur. — Sa composition. — Rôle du pollen. — Que devient l'ovaire? (Hérault, 1893). V. Caractères du calcaire. — Son rôle dans le sol. — Moyens employés pour donner de la chaux aux sols qui en manquent (Meuse, 1893). On le voit par ces citations, toutes les branches de l'histoire naturelle sont mises à contribution, et les questions de physiologie sont poussées assez loin. Nous nous abstiendrons de critiquer la manière dont elles sont posées. Peut-être ce qu'elles peuvent avoir de bizarre tient-il à des erreurs de typographie ; elles sont tirées du livre de MM. Barreau, inspecteur à Paris, et Bouchet, principal de collège, intitulé Choix de sujets donnés au certificat d'études primaires. Voyons maintenant par quels procédés on arrive à donner aux enfants les connaissances si étendues et si profondes qu'on exige d'eux. L'année qui précède l'examen du certificat est employée à chauffer à blanc les candidats. Ils écoutent les leçons que le maître puise ordinairement dans un Manuel ad hoc. Dans cette Bible d'un nouveau genre, dont il se repaît chaque jour, sont congrùment découpées par tranches l'anatomie, la physiologie, la zoologie, la botanique, la géologie, qu'il doit faire absorber à dose de quatre tranches par mois, doses massives s'il en fût. De son côté, l'élève est en possession d'un Manuel qui est le résumé de celui du maître, prose indigeste, bourrée de termes scientifiques, où les classifications succèdent aux classifications : après celle de Linné, celle de Jussieu et toutes ses modifications. Quand on a tant de mots tirés du latin et du grec à apprendre, a t-on le temps d'observer la dentition d'un animal, d'analyser une fleur, de comparer des pierres? Non ; les rares collections d'bistoire naturelle de nos écoles restent sous clef; le maître ne pense pas à s'en servir, ni les élèves à les regarder. Il faut apprendre le Manuel. SÉANCE Dl 28 FÉVRIER 1895 53 Le maître fait-il quelques dessins? Il se contente le plus souvent des gravures plus ou moins exactes du Manuel. D'ailleurs, comment arriverait-il à dessiner lorsque, dans une leçon, il doit décrire tout le squelette de l'homme et définir le rachitisme, la carie, l'ankylose, les luxations, les fractures et les entorses; dans une autre, débiter précipitamment les caractères des Chénopodées, lesPolygonées, les Kuphorbiacées, les Urticées, les Laurinées, les Juglaudées, les Cupulifères, les Salicinées, les Bétulinéeset les Platanées!!! S'imagine-t-on un auditoire de petits Parisiens qui, pour la plu- part, n'ont jamais vu de Chanvre qu'à l'état de draps, de Chêne qu'à l'état de tables et de bancs, en proie à cet enseignement fastidieux? Les uns somnolent ou s'égarent en rêveries où l'histoire naturelle n'a que faire, les autres confectionnent sous leurs pupitres des bonshommes en papier. Et c'est tant mieux : ainsi que les Insectes placés dans un milieu délétère résistent à l'asphyxie en fermant leurs stigmates et en s'abstenant de respirer, de même nos chers enfants échappent à l'influence pernicieuse de notre enseignement enfermant les yeux et les oreilles. Le résultat, c'est que les enfants, au sortir de l'école primaire, ne savent rien en histoire naturelle et croient parfois en savoir très long; que cette étude mal dirigée n'a nullement développé leur esprit d'observation ni leur jugement, mais les a habitués à se payer de mots, à parler à tort et à travers de choses qu'ils ne con- naissent pas; et que la plupart de ces petits savants ont pris la science en dégoût. Est-ce bien là ce que les réformateurs de l'enseignement atten- daient? Nous ne le croyons pas et nous pensons qu'ils étaient en droit d'espérer autre chose, si l'enseignement eût été donné par la seule méthode qui convienne aux sciences naturelles : l'observation et l'expérimentation. 11 faut se servir de collections, non pas de raretés, mais de choses communes, telles que têtes et pattes de Chats, de Lapins, de Chè- vres, de Poules, animaux empaillés ou vivants. Il faut cultiver un jardinet, quelques caisses où germent les graines, où s'épanouissent les fleurs; il faut avoir quelques échantillons de pierres : granit, grès, ardoise, calcaire, pierre à plâtre, etc. Le maître doit préparer sa leçon par l'observation des spécimens qu'il montrera ; les enfants les examineront à leur tour, s'exerceront à les décrire, à les comparer, à les classer. Ils ne passeront pas en revue en une seule leçon toutes les familles apétales; mais ils auront appris à connaître la Giroflée, la Violette, même les fleurs de Chêne. 54 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 Puissent-ils les avoir cueillies eux-mêmes sur les murs, dans les bois, aux branches des arbres! Ils ignoreront peut-être le nom des maladies des os et des opéra- tions chirurgicales qu'elles nécessitent, mais ils sauront comment est armée la bouche du Chat, ce qui caractérise celle du Lapin et ce qui lesdilïérencie toutes deux de la nôtre. A la fin de l'année, ils posséderont un très léger bagage d'histoire naturelle; mais ils auront acquis de bonnes habitudes d'esprit; leurs facultés intellectuelles se seront développées, et, ce qui est meilleur encore, ils aimeront la science, ils seront en appétit d'ap- prendre; leur esprit d'observation s'exercera en dehors de l'école; et, même après qu'ils en seront sortis, ils goûteront un grand charme aux promenades en pleine nature, et ce sera pour le plus grand bien de leur santé physique et morale. Nous conclurons donc en souhaitant que les programmes de sciences soient allégés, les méthodes améliorées, les collections et les tableaux répandus dans toutes les écoles, et que maîtres et élèves soient encouragés à les mettre en œuvre, à les étendre, à les classer méthodiquement. Ainsi nous pourrons espérer que l'étude de l'histoire naturelle, féconde entre toutes, produira d'heureux fruits. Si, par suite de difficultés budgétaires ou de préparation insuf- fisante du personnel, l'enseignement rationnel de cette science ne peut être donné dans les écoles primaires élémentaires, il vaut mieux ne l'aborder que dans les écoles primaires supérieures et les collèges. Telles sont les réflexions et les vœux que m'a suggérés la pratique de l'éducation des enfants. J'ai pensé qu'elles pourraient avoir quelque intérêt pour ceux qui s'intéressent à la Pédagogie ou qui s'adonnent à l'étude si attrayante de l'histoire naturelle, source intarissable de jouissances intellectuelles. — A la suite de cette communication, une discussion s'engage, à laquelle prennent part un bon nombre de membres. La Société est unanime à reconnaître l'importance de la question soulevée par M lle Bignon et s'en remet au Conseil du soin de la signaler à l'attention de M. le Ministre de l'Instruction publique. SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1S9.") 55 DÉVELOPPEMENT EXAGÉRÉ DES INCISIVES CHEZ UNE MARMOTTE, par le D r Lorenzo CAMERANO, Professeur à l'Université de Turin, M. Xavier Raspail a décrit dernièrement, dans le Bulletin de la Société Zoologique de France (1), un cas très intéressant de déve- loppement exagéré des incisives d'un Lapin de garenne (Lepus cuni- culus). Les cas semblables ne sont pas rares chez les Lapins (2) et on eu cite plusieurs chez les Rats et môme chez le Castor. Le Musée Zoologïque de Turin possède une Marmotte empaillée avec le crâne, provenant des Alpes piémontaises : elle présente un cas analogue, que je crois utile de décrire, ne sachant pas qu'il ait été déjà signalé dans le genre Arctomys. Les deux incisives supé- rieures sont extrêmement développées : celle de droite est longue de 50 mm à sa face externe; celle de gauche est longue de 42 mm sur la partie visible, qui correspond à peu près à la partie libre de la dent. L'incisive droite s'amincit graduellement et régulièrement vers la pointe et finit en une pointe aiguë qui vient toucher le palais. L'incisive gauche est au contraire plus courte; elle est usée vers la pointe et sur sa surface latérale externe. Les deux incisives supérieures sont déplacées vers le côté droit, de manière que les incisives inférieures se trouvent déplacées vers le côté gauche et que l'incisive inférieure droite vient frotter contre la surface externe de l'incisive supérieure gauche. L'incisive infé- rieure droite est aussi usée sur la surface externe. Les incisives inférieures présentent de même un développement anormal et sont très aiguës vers la pointe et mesurent une longueur de 30 mm sur leur surface externe. La longueur totale de l'animal est de m. 60. Il s'agit donc d'un individu âgé qui, comme le montrent le pelage et les ongles, devait être bien nourri et normalement développé. La bouche est tout à fait tordue, mais les incisives ne débordent pas hors de la bouche. Il est probable qu'il ne s'agit là que d'un déplacement des inci- sives supérieures ou inférieures, dû à une cause qu'on ne peut pas (1) Bull, de la Soc. Zool. de France, XIX, p. 117, 1894. (2) Pouchet et Beauregard en figurent un dans leur Traité d'ostéologie comparée, page 159, lig. 82. Paris, 1889. (3) Pans sa Faune des Vertébrés de la Suisse, Mammifères, p. 169, M. Fatio donne les mesures suivantes comme dimensions de l'individu : ra 60 à m 75. 56 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 déterminer dans notre exemplaire et qui a empêché l'usure normale des incisives, ce qui leur a permis de se développer de la manière décrite. En supposant même que la cause occasionnelle du déplacement des incisives n'eût été très ancienne au moment de la mort de l'animal, il est toujours assez curieux que ce dernier ait pu se nourrir suffisamment pendant un temps relativement long, ainsi qu'on peut le reconnaître par l'usure des surfaces latérales des incisives supérieures et inférieures. Dans ce cas, on peut croire que l'animal aurait pu vivre encore longtemps et que peut-être, avec la torsion toujours croissante de la bouche, la position respective des incisives supérieures et inférieures aurait fini par réaliser un cas analogue à celui que présentent les deux parties du bec normale- ment développé de la Lo.ria curvirostra et anormalement développé dans plusieurs espèces d'Oiseaux, tels que Colamba lima, Parus major, etc. (1). Le cas que je viens de décrire peut avoir quelque intérêt pour les questions relatives aux causes de la variabilité des espèces et à la formation des caractères spécifiques. NOTE SUR UNE TÈTE OSSEUSE ANOMALE DE LIÈVRE COMMUN, par Henri GADEAU de KERVILLE. On sait fort bien que les incisives des Rongeurs ont une crois sance continue et très rapide (2) et que, si leurs extrémités ne perdent pas, par l'usure, ce qu'elles gagnent par la croissance, ces incisives s'allongent, se contournent et prennent parfois une forme spiralée. Deux causes déterminent cette longueur des incisives : leur direction anomale, dont l'origine est diverse, et l'absence de l'in- (1) Pahona, Due casi di deviazione délia mascella inferiore degli Uccelli. Atti Soc. ital. se. nat., XXIII, 1880. L. Ca.merano. Ricerche inlnrno aile aberrazioni di forma negli anima H edal loro divenlare caralteri specifici. Alli R. Accad. se. di Tnrino, XVIII, 188:5. (2) J -E. Oudet a publié, sur cette question, un intéressant mémoire intitulé : De l'accroissement continu des incisives chez les Rongeurs et de leur repro- duction, considérés sous le rapport de leur application h l'étude de Vanatomit comparative des dents, précédés de recherches nouvelles sur l'origine et le développement des follicules dentaires. Paris, J.-B. Baillière, 1850. SÉANCE DU 28 FÉVRIER 189o 57 cisive opposée ; car, dans ces deux cas, l'accroissement de la dent n'est pas contrebalancé par l'usure de son extrémité, puisque l'animal ne peut ronger comme à l'ordinaire, ni se frotter l'un contre l'autre le bout des incisives. L'existence, chez les Rongeurs, d'incisives d'une longueur et d'une direction exceptionnelles, est un fait qui n'est pas rare et que l'on a souventes fois observé chez le Lapin domestique, et aussi, mais moins fréquemment, chez le Lapin sauvage. Des spécimens de Lapins ayant de telles incisives sont conservés dans la plupart des musées, et il a été publié un certain nombre de figures repré- sentant, soit la tête complète, soit la tête osseuse de semblables spécimens, entre autres : celle de la tête complète d'un Lapin sauvage, avec une figure de détail pour les incisives, publiées par André Le Breton (I); celle de la tête osseuse, vue du côté gauche, d'un Lapin, donnée par G. Colin (2) et reproduite par Ch. Cornevin et F.-X. Lesbre (3), et celle du côté gauche de la tète osseuse d'un Lapin sauvage, que nous a communiquée, l'an dernier, notre savant collègue, M. Xavier Baspail (4). L'anomalie en question est beaucoup moins fréquente chez le Lièvre que chez le Lapin; c'est ce qui m'a décidé à publier la figure ci dessous de la tète osseuse d'un Lièvre commun, fidèlement dessinée par notre collègue, M. A. L. Clément, qui, sur ma demande, l'a représentée vue de face, pour bien montrer la déviation que présentent tous les os du crâne et de la face. Ce Lièvre a été tué dans un bois, à Belmesnil (Seine-Inférieure), en octobre 1893, par M. Pierre Le Verdier, qui a eu l'obligeance de m'en offrir la tête, sur la demande aimable de notre collègue, M. André Le Breton. Il était aux trois quarts adulte, en bon état, et ne paraissait pas souffrir de sa difformité. Les deux incisives inférieures, longues et recourbées, ont été brisées et perdues par la maladresse de la cuisinière. (1) Anomalie des dents chez un Lapin sauvage Bull, de la Soc. des Amis des scienc. natur. de Rouen, 2* sein. 1878, p. 197 et pi. 11. — Tiré à part, Rouen, Léon Deshays, 1879 (pagination spéciale pour le texte seulement). (2) Traité de Physiologie comparée des Animaux, considérée dans ses rap- ports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale. 2 vol., 3' édit., Paris, J.-B. Baillière et fils, 1886 et 1888, t. II, fig. 196 (p. 742). (3) Traité de l'âge des Animaux domestiques d'après les dents et les produc- tions épidermiques. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1894, fig. 207 (p. 438). (4) Sur un développement exagéré des incisives dun Lapin de garenne Lepus cunicuiusj. Bull.de la Soc. Zool. de France, XIX, 1894, p. 117 et fig. p. 118. — Tiré à part, Paris, au siège de la Société, 1894. 58 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 Il est facile de constater, sur la figure ci-jointe, la déviation du crâne et de la face. La ligne médiane supérieure de cette tète osseuse, au lieu d'être rectiligne, est une courbe dirigée de gauche adroite, et, par cela même, aucun des os doubles et les moitiés d'aucun des os uniques composant cette tête ne sont situés d'une façon tout à fait symétrique, par rapport au plan médian longitudinal. De plus, il en résulte évidemment que pas un des os doubles et que les moitiés d'au- cun des os uniques n'ont, d'une manière exacte, la même grandeur que leur corres- pondant. Les molaires supérieures des deux côtés ne sont pas complètement opposées aux molaires inférieures : le bord interne des molaires supérieures du côté droit touchant au bord externe des molaires inférieures, et le bord interne des niolai- Presque de g^Lr natureUe. res supérieures du côté gauche touchant au bord externe des molaires correspon- dantes. De plus, les molaires supéro-droites sont légèrement plus longues que les molaires supéro-gauches, et les molaires inféro- droites sont notablement plus longues que celles du maxillaire inférieur gauche. Quant aux incisives supérieures et inférieures, ainsi qu'aux deux petites incisives supérieures supplémentaires qui caractérisent le groupe des Duplicidentés, leur longueur et leur direction anomales résultent évidemment de ce fait que, par suite de leur déviation, provenant de la déviation des maxillaires, l'accroissement continu de ces dents n'a pas été contrebalancé par leur usure. SUR L'HIBERNATION DU LACERTA MURALIS ET DU LACERTA YIHIDIS par Raymond ROLLINAT. Le Lézard des murailles, Lacerta muralis, n'a pas de période d'hibernation proprement dite. 11 se montre pendant toute l'année, même pendant les mois d'hiver. Je l'ai capturé, aux environs d'Argenton (Indre), le 17 décembre SEANCE DU 28 FÉVRIER 1895 50 1892, le 20 janvier 1895 et le 18 février 1893, sur les rochers des vigu.es des Clous, aux endroits bien exposés el par les belles journées ensoleillées. Lorsqu'en hiver le froid cesse pendant un ou deux jours, si le soleil se montre on est certain de rencontrer de nombreux sujets sur les rochers où les rayons viennent frapper directement. A cette époque, ces Lézards sont assez vifs et chassent les nombreuses .Mouches qui, sortant elles aussi des fissures, viennent se poser sur les rochers. Mais ils ne restent que quelques heures hors de leurs retraites, et disparaissent dès que le soleil baisse ou dès qu'un nuage vient en intercepter les rayons. Cette espèce se montre même parfois lorsque le froid est rigou- reux, à condition qu'il fasse un beau soleil pendant la journée. Le mois de février 1895 fut extrêmement froid; presque chaque nuit, le thermomètre descendit à plusieurs degrés au-dessous de zéro. Dans la nuit du 20 au 21 février, le thermomètre marqua — 7"; dans la journée du 21, le soleil se montra et j'eus le plaisir de rencontrer sur les rochers un assez grand nombre de Lézards des murailles. Les mâles sortent avant les femelles, car presque tous les indi- vidus que j'ai capturés en hiver étaient des mâles. Le Lézard vert, Lacerta mridis, semble beaucoup plus frileux que sou congénère. Je ne l'ai jamais rencontré en décembre et janvier, sur ces mêmes rochers où il est pourtant très commun pendant la belle saisou. Il disparaît tin octobre ou eu novembre, aux premiers froids, et s'enfouit profondément dans un trou de terre ou dans une fente de rocher. Bien souvent, les cultivateurs m'apportent des individus de cette espèce, à moitié engourdis, qu'ils viennent d'exhumer en travaillant la terre. Le Lézard des murailles, lui, se cache dans les rochers ou à la base des vieux murs. Par un beau soleil, vers la fin de février ou le commencement de mars, le Lézard vert apparaît, sale, couvert de terre, et ce n'est que lorsque son vieil épiderme tombera, qu'il se montrera de nouveau paré de brillantes couleurs. 60 SÉAtfCE DU 28 FÉVRIER 1893 SUR LA PROLONGATION DE L'ÉTAT LARVAIRE CHEZ UN TRITON PALMATUS ALBINOS, par Raymond ROLLINAT. En novembre 1892. j'avais placé six couples de Triton palmatns dans un aquarium muni de rochers et de plantes. A la fin du même mois, les femelles pondirent quelques œufs, qui, n'étant pas fécondés, ne se développèrent pas. Dans les premiers jours d'avril 1893, la période d'accouplement commença pour ne se terminer qu'en juin. Les femelles me don- nèrent les premiers œufs fécondés le 12 avril et les derniers vers le 15 juin. Pendant cette période, j'enlevais, chaque semaine, les plantes chargées d'œufs, et je les plaçais dans un des bassins de mon jardin. L'éclosiou des larves avait lieu du quinzième au dix- septième jour après la ponte. Les larves provenant des premiers œufs fécondés naquirent le 28 avril et se transformèrent du 26 au 29 juin; celles qui prove naient des derniers œufs arrivèrent à l'état parfait le 29 août. Chez cette espèce, la durée de l'état larvaire est d'environ deux mois à deux mois et demi pour les larves qui naissent pendant la belle saison; mais chez celles qui proviennent d'accouplements tardifs ou qui naissent dans les eaux froides, dans les fontaines par exemple, où la nourriture est peu abondante, l'état larvaire peut se prolonger jusqu'au printemps suivant. Bien des fois, l'hiver, en cherchant des larves de Salamandni maculosa, dans les fontaiues, j'ai rencontré des larves de Triton palmatus. Toutes les larves de mon élevage étaient donc transformées le 29 août, sauf une, albinos, que j'avais remarquée souvent en visitant le bassin. Cette larve blanche, très vigoureuse, d'aussi forte taille que ses compagnes à coloration normale, fut placée dans un aqua- rium muui de rochers et dans lequel il n'y avait que cinq ou six centimètres de hauteur d'eau. Elle est encore a l'état larvaire, en retard de dix-huit mois sur la dernière de ses sœurs. Ses longues branchies et le développement de sa nageoire dorso-caudale, mon- trent qu'elle restera encore longtemps à l'état de larve. Elle a en ce moment 58 millimètres de longueur. Lorsque je plaçais en aquarium des larves d'L'rodèles déjà très développées, elles se transformaient plus rapidement que celles que je laissais dans mes bassins. Il n'en fut pas de même pour cette larve albinos, et je ne puis attribuer cette prolongation extraordinaire SÉANCE DU ^8 FÉVRIER 1895 61 de l'état larvaire qu'à un arrêt de développement des poumons, l'albinisme n'étant pour rien dans ce retard. Je conserve ce Triton, et, lorsqu'il arrivera à l'âge adulte, j'espère le faire reproduire avec un sujet de son espèce, quand môme il serait encore à l'état larvaire; on sait que l'Axolotl, qui n'est autre que la larve de l'Amblystome, reproduit sous cet état (1). 11 est problable que les organes génitaux de ma larve albinos se dévelop- peront normalement et qu'elle pourra s'accoupler. ANTHICIDES RÉCOLTÉS DANS LES TABACS, par Maurice PIC. M. A. Grouvelle, l'aimable pourvoyeur de nombreux spécialistes par suite de ses fructueuses et particulières récoltes extraites des détritus de tabac, ayant bien voulu songer à moi pour le place- ment des Anthicides recueillis par ses soins, j'ai le plaisir de présenter à mon tour (2) sur le petit groupe de Coléoptères que j'étudie spécialement le présent mémoire, heureux de devoir les fruits de ce travail à un de nos plus serviables et complaisants collègues. Avant tout, pour aider à séparer plus facilement les espèces du genre Tomoderus (dont deux sont décrites ici) provenant des iles voisines de Sumatra et Java, à faune presque pareille, je donnerai un tableau général synoptique comprenant les quelques espèces décrites de ces pays qui me sont connues. Il est à remarquer que les espèces connues de cette région jusqu'à présent sont toutes de petites tailles et se distinguent ainsi bien nettement de la plupart des espèces américaines. Elytres à côtés parallèles (s. g. Pseudotomoderas Pic) (3) Prothorax large, sillonné (canaliculé) longitudinalement 4 — Elytres plus ou moins ovalaires [Tomoderus s. str.). Prothorax plus ou moins long, sillonné ou non longitudinalement 1 (1) Des faits de même genre ont été signalés sur des espèces d'Europe, par Schreiberssur Triton tceniatus et par Ebner sur Triton cristatus, mais n'ont pas été étudiés d'une façon systématique. (2) M. Ch. Kerremans a publié dernièrement sur les Buprestides du Mexique provenant de la même origine un intéressant mémoire (Annales de la Soc. entomol. de France, p. 413, 1894). (3) Sous-genre créé in Revue scientif. du Bourbonnais, n° de décembre 1892. Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 6 6:2 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 1 Prothorax non muni d'un sillon longitudinal médian net sur le lobe antérieur 3 — Prothorax muni d'un sillon longitudinal médian, au moins sur son lobe antérieur 2 2 Elytres larges, bien ovalaires. Prothorax orné d'un sillon lin sur son lobe antérieur seulement. Long. 2 mill. Java sulcifer Pic (1 ; — Elytres allongés, à peine ovalaires. Prothorax orné d'un sillon bien marqué Long. 2 y* mill. Sumatra (tabacs), elongatusn. sp. 3 Coloration uniforme. Prothorax à lobe postérieur non sillonné. Long. 3 mill. Sumatra fuscicomis Mars — Elytres ornés d'une bande médiane obscure. Prothorax à lobe postérieur légèrement sillonné au milieu. Long. 1 % mill. Sumatra 'tabacs), maculatus n. sp. 4 Sillon prothoracique profond, plus long. Tête pas plus large que le prothorax. Long. 2 mill. Java javanus Pic. — Sillon prothoracique peu profond, antérieur seulement. Tête un peu plus large que le prothorax. Long. 2 mill. Sumatra (tabacs). . Sumatrœ Pic (2) ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES ET DESCRIPTIONS DES NOUVEAUTÉS (3) Tomoderus maculatus, n. sp Sumatra. Tomoderus elongatus, n. sp Sumatra. Tomoderus brevicornis Ch Mexique (Terres chaudes) Pseudotomoderus Sumatrœ Pic Sumatra. Formicomus armatus Boh., var. . . . Sumatra. Formicomus serdangus Mars Sumatra. Formicomus corvinus? Laf Sumatra. Formicomus semirufus Pic (Mém. Soc. Zool. de France, p. 204, 1894) . Sumatra. Leptaleus centurio? Laf., var Sumatra. Anthicus isthmicus Champ et sp. prés. Mexique (Terres chaudes) Anthicus dromedarius Laf Mexique (Terres chaudes) Anthicus concinnus Laf Brésil (Baya) Anthicus vicinus Laf. {fulvomicaus Quel) Mexique (Terres chaudes) Anthicus floralis L. (4) Brésil (Baya) (1) Décrit avec javanus Pic, in MUcellanœa enlomologica.n" 126, 181)3. (2) Décrit in Annales de la Soc. ent. lielg., p. 33, 1894. (3) Par simplification je grouperai ensemble les descriptions après rénumération complète des espèces récoltées avec leurs provenances. (4) Commune espèce se retrouvant dans le monde entier. SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 63 .1 nthicus Grouvellei, n. sp Sumatra. A nthicus cequinoctialis Laf Brésil (Baya) Anthicus apicicornis Laf Brésil (Baya) .4 nthicus variolosus Laf. ou sp. prés. Sumatra. A nthicus sodalis, n. sp Sumatra, .1 nthicus rubidus, n. sp Sumatra. Tomoderus maculât us, n. sp. — Petit, brillant, légèrement ovalaire, entièrement testacé, moins une bande peu distincte médiane rem- brunie. Tète courte, large, tronquée, avec les yeux noirs, la ponc- tuation nulle. Antennes courtes à articles légèrement globuleux. Prothorax peu long, bilobé, orné d'un sillon antérieur à peine marqué sur le lobe antérieur, d'un autre très net sur le postérieur avec le lobe antérieur bien dilaté arrondi, le postérieur assez long ; ponctuation presque nulle. Elytres légèrement ovalaires, peu con- vexes, à dépression posthumérale peu marquée, ponctuation forte, écartée et coloration un peu plus claire en avant de la bande médiane obscurcie, cette bande plus foncée sur les côtés. Pattes testacées, courtes. Long. l mm 6o. Sumatra (coll. Pic). Cette espèce, par son dessin, doit rappeler T. vinctus Er., de Van Diemen, mais d'après la description cette dernière espèce appartien- drait au sous-genre Pseudotomoderus Pic. La bande médiane foncée, bien qu'indistincte, jointe à la taille très petite, suffit à l'heure actuelle pour déterminer sans confusion T. maculatus. Tomoderus elongatus, n. sp. — Assez allongé avec les élytres à peine ovalaires, en ovale allongé, entièrement testacé brillant. Tête courte, tronquée et bien arrondie aux angles, à ponctuation nulle; yeux noirs: Antennes grêles atteignant la base du protho- rax. Prothorax plus long que large, nettement sillonné au milieu à ponctuation nulle; lobe antérieur largement et brièvement arrondi anguleusement, lobe postérieur un peu élargi sur la base, étranglement profond. Elytres un peu ovalaires, allongés, un peu plus larges que le prothorax, à ponctuation forte, écartés, légère- ment déprimés. Pattes miuces, jaunâtres, assez courtes. Long. 2 mm 25. Sumatra (coll. Pic). Cette espèce, par la forme allongée de ses élytres à peine ova- laires et son prothorax bien plus long que large, entièrement et profondément sillonné, offre un aspect à part. Anthicus Grouvellei, n. sp. — Très petit, brillant, presque glabre, entièrement testacé avec les yeux noirs. Tète grosse, carrée, tron- quée en arrière, arrondie aux angles, à ponctuation peu nette, 64 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1898 écartée. Antennes jaunâtres, relativement courtes fortes, à articles assez globuleux. Prothorax en trapèze, bien arrondi anguleusement et assez dilaté en avant, aussi large que la tête dans cette partie, droit sur la base, à ponctuation assez forte, écartée. Elytres un peu plus large que le prothorax, à côtés presque parallèles avec les épaules et l'extrémité arrondies, les bossettes peu saillantes, la ponctuation très forte, écartée. Pattes jaunâtres, courtes. Long. l mm 65. Sumatra (coll. Pic). Cette espèce est bien particulière par sa petite taille, celle-ci la rapproche de holoxanthus Frm. du Chili, mais cette dernière espèce est plus pubescente, elle rentre par la forme de son pro- thorax dans le groupe du floralis L. Anthicus sodalis n. sp. Petit, peu brillant, légèrement déprimé, d'un noir vaguement rembruni avec les pattes et deux taches jaunâtres sur chaque élytie; ponctuation générale très forte, un peu moins sur la tête, plus écartée sur les élytres ; pubescence jaunâtre courte. Tête courte, large, tronquée en arrière. Antennes assez grêles atteignant les élytres, noires, avec les premiers articles jaunâtres, peu épaissies à l'extrémité. Prothorax court, bien dilaté arrondi en avant, très courtement droit sur la base. Elytres bien plus larges que le prothorax, arrondis aux épaules et à l'extrémité, à peine élargis après le milieu avec une ligne enfoncée suturale bien marquée ; ils sont ornés d'une bande transversale élargie en dehors, très près des épaules, et d'une petite tache arrondie près de l'extrémité, jaunâtres, sur chaque élytre. Pattes grêles, courtes, jaunâtres. Long. 2 mm 5. Sumatra (coll. Pic). Cette espèce rappelle un peu de forme Anthicus crinitus Lai.; elle paraît se placer dans le voisinage de A. nigricollis King. Anthicus rubidus, n. sp. — Petit, déprimé, peu brillant, d'un testacé rougeâtre avec le tiers postérieur des élytres noir, entourant une lunule postérieure testacée; ponctuation élytrale seulement très forte; pubescence jaunâtre courte. Tète modérément courte, convexe, tronquée, arrondie, avec une petite impression posté- rieure médiane et la ponctuation peu forte, écartée; portion antérieure rembrunie. Antennes jaunâtres, courtes, peu épaisses, à articles globuleux. Prothorax court, bien dilaté, arrondi en avant, légèrement étranglé en avant de la base qui est assez longue- ment droite, à ponctuation écartée, peu forte. Elytres à côtés presque parallèles, bien plus larges que le prothorax avec les épaules et l'extrémité arrondies, à ponctuation très forte, écartée; ils sont entièrement d'un testacé rougeâtre sur les deux premiers SÉANCE ni 28 FÉVRIER l89o 65 tiers, le troisième est noir, moins une lunule postérieure jaunâtre sur chaque élytre. Pattes jaunâtres, minces et courtes. Long. 2 mm 25. Sumatra (coll. Pic). Cette espèce rappelle la précédente quant à la forme avec un prothorax légèrement étranglé avant la base. LES LAMPYRIDES ALGERIENS par Ernest OLIVIER. Il est un errement dans lequel tombent bien souvent les auteurs de Monographies ou de Faunes: c'est de répéter sans contrôle des indications de provenances données par d'anciens naturalistes, alors même que, depuis de longues années, ces provenances n'auraient été vérifiées par aucune capture authentique. Certainement le nom du voyageur qui, le premier, a fait con- naître les animaux d'une région, doit rester attaché à ses décou- vertes. Cependant, si cette région, au début à peine connue, a été ensuite soigneusement visitée et parcourue dans tous les sens, il faut bien conclure que les animaux qui y avaient été indiqués par les premiers explorateurs, ou bien n'y existent plus, ou y ont été mentionnés par erreur. Dans ma révision des Lampyrides circaméditerranéens (1), je n'ai pas échappé à ce travers, et sur la foi de traditions inconsciemment répétées, j'ai donné l'Algérie pour habitat aux Lampyris Heichei et noctiluca, bien que je n'eusse connaissance d'aucune capture au- thentique de ces espèces dans notre colonie. Cependant, ces deux Insectes sont de grande taille et ne peuvent passer inaperçus surtout en raison de la luminosité des femelles et de l'habitude qu'ont les mâles d'accourir le soir à la lumière. Ils n'auraient donc pas pu échapper aux recherches faites dans ces dernières années par le grand nombre d'entomologistes, ardents et habiles chasseurs, qui ont séjourné plus ou moins longtemps en Algérie. Comme ils n'y ont jamais été rencontrés, il y a donc bien des chances pour qu'ils n'y existent pas et pour que la première mention qui en a été faite l'ait été indûment : ils doivent, en con- séquence, être rayés de la Faune algérienne au moins jusqu'à ce qu'une capture officielle permette de les y rétablir. (1) E. Olivier, Essai d'une révision des espèces européennes et circaméditer- ranéennes de la famille des Lampyrides. L'Abeille, p. 54, pi. II, 1884. 66 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 Voici comment sont répartis les sept genres qui composent la famille des Lampyrides. Les Lamprohiza sont propres à l'Europe méridionale : une espèce, splendhhila, remonte jusqu'en Allemagne mais aucune ne se retrouve sur le littoral africain. Le Pliosphœnus hemipterus et ses variétés habitent l'Europe centrale et septentrionale. Le Phosphœnopterus est très rare. Les quelques exemplaires connus proviennent du Portugal. Les Lampyroïdea ne se trouvent qu'en Syrie, en Asie mineure, dans les îles de l'Archipel et aux rives du Bosphore. Le genre Luciola nous fournit l'occasion de constater un fait intéressant de géographie zoologique : L. lusitanica habite l'Europe méridionale jusqu'en Corse et en Sardaigne et de nombreux repré- sentants de ce genre illuminent les nuits de l'Afrique centrale et méridionale, mais aucune espèce ne se rencontre dans la vaste zone intermédiaire des États barbaresques et du Sahara. Il ne reste donc que les genres Pelania et Lampyris qui comptent des représentants en Algérie. Le premier ne comprend qu'une espèce (mauritanica L.) très répandue dans tout le Nord de l'Afrique, de la Tunisie, au Maroc. On la trouve communément dans tout le Tell et les Hauts plateaux, mais elle devient bien plus rare en appro- chant de la région Saharienne où elle ne pénètre pas. J'ai déjà expliqué (1) que le Pelania scutellata Fairm. et le Lam- pyris obtusa Fairm. n'étaient que de légères variations individuelles de l'espèce linuéenne. Quant à l'individu du Pelania wAgustipennis que j'ai décrit et figuré (2), il possède certainement des caractères bien différentiels, mais que j'ai trouvés, depuis, moins accusés sur d'autres exemplaires, et je crois qu'il ne doit être considéré que comme la forme extrême d'une variété, ou même comme une anomalie. Relativement à la forme du dernier segment ventral, j'ai divisé en deux groupes les Lampyris de Geoffroy laissant ce nom aux espèces chez lesquelles ce segment est tronqué carrément, échancré ou simplement sinué et j'ai créé le nom de Nyctophila pour celles dont le dernier segment ventral est prolongé dans le milieu de son bord postérieur en un lobe linéaire, arrondi ou triangulaire. C'est dans cette dernière division que rentre le Nyctophila Reichei qui n'est pas rare dans la France méridionale, l'Espagne, le Portu- (t) hoc. cit., p. 6. (2) Loc. cit., p. 7, pi. I, f. 2. séance du 28 février 1895 H7 gai et la Sicile (sous sa forme Bonvouloiiï). Il a été, comme je l'ai dit en commençant, indiqué d'Algérie, mais n'en ayant jamais vu de cette provenance, je propose de le rayer de la Faune de notre colonie. Les autres Nyctophila habitent le Caucase, la Syrie et l'Asie mineure (Libani, maculicollis, syriaca, incisa, caucasica), l'Italie du Nord (molesta), l'Espagne et les Baléares [Heydeni). C'est parmi les Lampyris vrais que nous trouvons le plus grand nombre d'espèces algériennes, bien qu'il faille en rayer le noctiluca, dont l'aire de dispersion est cependant considérable: il est répandu dans toute l'Europe et l'Asie septentrionale jusqu'à l'embouchure de l'Amour, mais il ne traverse pas la Méditerranée. Ces espèces sont peu abondantes en ind ividus et localisées chacune dans un rayon restreint, en dehors duquel on ne les retrouve plus. 11 y aurait peut-être une exception en faveur du L. attenuata Fairm., qui semble assez répandu au Nord de la région désertique, puisqu'il se trouve en Algérie à Bou-Saada (Leprieur), en Tunisie à Fériana, Kairouan (V. Mayet) et dans l'île de Djerba (Lataste). Les autres sont confinées dans la région du Tell et sur le littoral même : soror Sch. (algerica Ancey) à Blidah, mucronata Ern. Oliv. à Sidi-Ferruch, mutabilis Ern. Oliv., au Mont-Edough, prèsBône, et enfin Yexilis Ern. Oliv., que j'ai décrit tout dernièrement (1), a été capturé à Gouraïa. près Cherchell, par M. l'abbé Carret. Quant au barbara, je l'ai décrit sur un seul individu (2) de grande taille qui doit provenir de l'Afrique australe et qui a dû, vraisem- blablement, être faussement étiqueté d'Algérie. Les Lampyrides reconnus à ce jour comme existant authenti- quement en Algérie se réduisent, en conséquence, aux six espèces suivantes : Pelania mauritanica L. — Tunisie, Algérie, Maroc. scutellata Fairm. var. obtusa Fairm. — Algérie, Maroc, var. angustipennis Ern. Oliv. — Bône, Maroc. Lampyris attenuata Fairm. — Tunisie, Algérie. exilis Ern. Oliv. — Gouraïa. mucronata Ern. Oliv. — Sidi-Ferruch. mutarilis Ern. Oliv. — Edough. soror Schaum. — Blidah. algerica Ancey. (1) Bull. Soc. Entom. de Fr., 1894, p. CCLIII. (2) Ess. d'une rév. des esp. eur. et cire, de la fam. des Lampyrides, p. 30. 68 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 189o ORGANES FRONTAUX, GLANDE UNICELLULAIRE GEANTE ET ORIGINE DU VITELLUS NUTRITIF CHEZ LES CLADOCÈRES, par Edgard HÉROUARD. t Les seules glandes de quelque importance qui aient été signalées chez les Cladocères, sont la glande du test et les glandes salivaires. Il m'a été donné de découvrir que ce ne sont pas là les seules glandes qui s'y rencontrent. Si on étudie au point de vue histologique les organes frontaux, qui ont été considérés par certains auteurs comme des organes sensoriels, on remarque que leur constitution est identique à celle des glandes salivaires. Ce sont de grosses cellules présentant un noyau contenant une masse chromatique en forme de croissant sur les coupes et portant un pointementau milieu de sa concavité; une vacuole canaliculaire est creusée dans le protoplasma environnant et va se mettre en communication avec l'extérieur par un ou plu- sieurs orifices. La concavité du croissant est toujours tournée vers la vacuole canaliculaire, et la partie qui sépare cette concavité de la vacuole présente une structure spéciale, qui paraît indiquer que c'est en ce point que réside la plus grande activité sécrétoire de la cellule. Cette similitude de structure entre les cellules frontales et les glandes salivaires nous indique d'une façon bien évidente que ce sont des organes ayant la même valeur physiologique. Les organes frontaux ne sont donc pas des organes des sens, mais simplement des appareils glandulaires. Ces organes, dont on ignorait la valeur physiologique, sont morphologiquement connus depuis longtemps; leur situation super- ficielle sous l'hypoderme céphalique a permis aux auteurs qui se sont occupés des Cladocères de les reconnaître facilement, mais il en est d'autres qui présentent une importance bien plus considérable, tant par leur constitution que par le rôle qu'ils jouent dans le cycle évolutif de ces animaux et qui ont entièrement échappé aux observateurs jusqu'ici. Prenons comme exemple pour étudier ces nouveaux organes, que nous appellerons glandes mères de réserve, VEurycercus, chez lequel ils présentent un dévelop- pement remarquable. Nous trouvons là dans le thorax, symétri- triquement de chaque côté de la gouttière ventrale, deux cellules glandulaires gigantesques occupant la moitié de la largeur totale du corps. Une autre paire de cellules analogues remplit presque SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 69 toute la cavité du quatrième appendice thoracique et paraît, avoir la même valeur physiologique. Occupons-nous des premières qui sont les plus volumineuses. Au poiut de vue histologique uue telle cellule glandulaire présente une vacuole centrale énorme qui rejette à la périphérie le noyau ainsi que le protoplasma en une couche corticale régulière et qui parait se mettre en rapport avec l'extérieur par un orifice situé au bord de la gouttière ventrale à la base de la première patte thora- cique et au-dessous de l'orifice de la glande du test. On sait que les ovules prennent naissance d'un disque germinatif situé sur les flancs des premiers anneaux de l'abdomen et accolé à la face profonde de l'hypoderme. Mûller.Weismann, Claus et autres ont observé que parmi ces cellules du disque germinatif certaines sont destinées à former les ovules tandis que d'autres entrent en dégé- nérescence pour fournir le dentolecithe de l'œuf. La méthode que j'ai employée m'a permis de voir qu'il n'en est pas toujours ainsi. Les cellules de réserve chez les animaux bien nourris remplissent la cavité schizo-cœlienne, à tel point qu'elles distendent les parois latérales du corps et cela particulièrement au niveau du disque germinatif. De telle sorte qu'en ce point la masse des cellules de réserve forme une gibbosité qui est coiffée par une calotte formée par les cellules germinatives. Les bords de cette calotte prolifèrent, abandonnent la paroi hypodermique, et s'avancent l'un vers l'autre en emprisonnant une certaine quantité de cellules de réserve qui tombent en dégénérescence, se désagrègent et forment ainsi le deutolicithe tel que nous le retrouvons dans l'œuf. Revenons maintenant à la cellule mère de réserve, la vacuole centrale qu'on y observe prend chez les animaux bien nourris une extension considérable qui distend la paroi et la force à pénétrer dans les interstices des organes voisins; mais le cycle évolutif de cette cellule ne s'arrête pas là, les cellules de réserve ordinaires prennent naissance sur sa paroi, de véritables stolons formés par ces cellules en partent dans différentes directions et finissent par envahir la cavité schizocœlienne et ce sont ces stolons ayant pris un développement suffisant que nous avons vus tout à l'heure se coiffer du disque germinatif et servir à former le deutolicithe de l'œuf. Nous voyons donc que l'idée qu'on s'était faite jusqu'ici de l'em- ploi des matières de réserve est iuexacte. La matière de réserve ne se dissout pas dans le milieu intérieur pour être assimilé ensuite par les cellules du disque germinatif dont certaines tombant en dégénérescence fourniraient le deutolicithe; elles ont au contraire 70 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 une action directe, la matière de réserve est emmagasinée dans l'ovaire et fournit d'emblée le deutolicithe. Cette façon de procéder jette un jour nouveau sur la repro- duction de ces animaux ; elle nous permet de comprendre la rapidité avec laquelle de Kerhervé arrive à faire naître les générations par- thénogénétiques. Chez les animaux bien nourris, les stolons des cellules de réserve croissent sans cesse et le disque germinatif y prélève, au fur et à mesure de ses besoins, la quantité de deutoli- cithe nécessaire aux ovules. La perte de temps qu'entraînerait la foute de la matière de réserve, son assimilation par les cellules germinatives, puis la dégénérescence de celles-ci, est ainsi évitée, et la production intensive des œufs parthénogénétiques en est le résultat immédiat. Ouvrages reçus depuis le 8 janvier 1895 R. Blanchard, Hirudinées de l'Italie continentale et insulaire. Bollet. dei Mus. di Zoolog. ed Anat. compar. d. R. Univers, di Torino, IX, n° 192, in-8°, 84 p., 30 déc. 1894. A. L. Clément, L'Apiculture moderne, 1 vol. in-8", 124 p. nomb. fig. 2' édit., Paris, sans dale (1895). 1. A. Dollfus, Voyage de M. Ch. Alluaud dam le territoire d'Assinie, 1886. Crustacés isopodes terrestres. Ann. de la Soc. entom. de France, LX1, p. 385-390 et pi. VII, 1892. 2. Id., Catalogue raisonné des Isopodes terrestres de l'Espagne (espèces signa- lées jusqu'à ce jour et description d'espèces nouvelles). Ann. de la Soc. esp. de Hist. nat., XXI, p. 161-190, 1892. 3. 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Id., Galles observées dans le Nord de la France [supplément et additions aux premières listes). Ibidem, III, n°l, 1890; in-8°, 7 p. 6. lu., Observations sur la galle du Sinapis arvensis déterminée par le Cen- thorhynchus contractus Marsch. Ibidem, II, n° 7, 1890; in-8», 11 p. et 3 fig. SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1893 71 7. ïn., Note sur la galle de niormomyia fagi llart. Ibidem, II, n» 10, 1800; iD-8», II p. 8. Id., Notes sur les Acarocécidies; Phytoptocécidie du Marronnier produite par le Phytoptus hippocastani nnv. sp. Ibidem, III, n° 2, 1800-91 ; in-8", 8 p. et 3 fig. 9. Id., Notes sur les Acarocécidies. II, Phytoptocécidies de Z'Alnus glutinosa, description de deux Phytoptus nouveaux. Ibidem, III, n° 3, 1890-01 ; in-8°, 8 p. et 5 fig. 10. Id., Les H y ménopte'rocécidies du Saule. Ibidem, IV, n° 1, 1801 ; in-8°, 8 p. 11. Id., Faune locale. La Laverna decorella Stephens dans le Nord de la France. Ibidem, III, n" 4, 1801. 12. Id., Notes sur les Acarocécidies. III. 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Kunckel d'Herculais, Les Acridiens vulgo Sauterelles et leurs invasions en Algérie. Rapports administratifs et travaux scientifiques, 1884-1894. 2. Id., Invasion des Acridiens vulgo Sauterelles en Algérie. Documents statis- tiques ; Recettes et dépenses; Cartes spéciales et caries d'ensemble ; Planches coloriées et photogravures. Plans des appareils cypriotes; Documents annexes. 1 vol. in-4<\ 8 cartes, 44 pi., p. 1-312. Alger, 1893. E. A. Martel, Les Abîmes. 1 vol. gr. in-4°, 578 p. avec nombr. grav. et cartes. Paris, 1894. 1. R. Moniez, Note sur une Bydrachnide marine, Nautarachna asperrimum, nov. g en., nov. spec. Rev. biolog. du Nord de la France, I, n° 2, 1888 ; in-8°, 7 p. 2. Id., Sur un Strongle de la paroi stomacale des Lièvres et des Lapins de garenne. Parasitisme accidentel sur l'Homme du Tyroglyphus farinae. Note sur TEylais erythrina Lucas. Ibidem, I, 1889 ; in-8°, 8 p. 3. Id., Faune des eaux souterraines du département du Nord et en particulier de la ville de Lille. 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Acad. des Se. de Belgique, (3), VII, n<>4, 1884. 19. Id., Histoire naturelle des Cétacés des mers d'Europe. Mém. de l'Acad. des Se. de Belgique, XXXVIII, XL, XLI, XL1I ; 1 vol. in-8°, (361 p. Bruxelles, 1889. 20. Id., Deux Lernèopodiens nouveaux recueillis l'un aux Açores, l'autre sur les cales du Sénégal. Bull, de l'Acad. des Se. de Belgique, (3), XXII, n° 7, 1891, p. 23-35 et 2 pi. 21. Id., Une nouvelle famille dans la tribu des Schizopodes . Ibidem, (3), XXII, n° 12, 1891, p. 444-459 avec fig. et 1 pi. 22. Un Argule nouveau des côtes d'Afrique. Ibidem, (3), XXII, n° 11, 1891, p. 369 378 et 1 pi. 23. Id., Quelques nouveaux Caligidés de la côte d'Afriqrie et de l'archipel des Açores. Ibidem, (3), XXIV, n" 9-10, 1892, p. 241-262 et 4 pi. 24. Id., Le mâle de certains Caligidés et un nouveau genre de cette famille. Ibidem, (3), XXIII, n° 3, 1892, p. 220-235 et 2 pi. 25. Id., Mémoire sur l'Argonaute. Mém. de l'Acad. des Se. de Belgique, XI, in-4°,24 p. et 6 pi. 26. Id., Note sur deux Cétacés fossiles provenant du bassin d'Anvers. Bull, de l'Acad. des Se. de Belgique, XIII, n° 4; in-8°, 6 p. 27. Id., Recherches sur les Bryozoaires de la mer du Nord (suite) et projet d'une classification des animaux de ce groupe. Ibidem, XVI, n° 12, in-8°, 15p. et 2 pi. 28. Id., Sur deux larves d'Echinodermes de la côte d'Oslende. Ibidem, XVII, n°6; in-8°, 8 p. et 1 pi. 29. Id., Note sur un nouveau genre de Crustacé parasite de la famille des Pellacéphales. Ibidem, XIX, n° 11 ; in 8°, 6 p. et 1 pi. 30. Id., Note sur un nouveau genre de Crustacé parasite Eudactylina. Ibidem, XX, n° 2 ; iu-8°, 5 p. et 1 pi. SÉANCE DU 2.H février 189o 75 31. Id., Notice sur un nouveau genre de la tribu des Caligiens Kroyeria Van Bened. Ibidem, XX, n° 1 ; in 8°, 8 p. et 1 pi. 32. Id., Note sur un nouveau genre de Crustacé parasite Pagodina. Ibidem, XX, n» 4; in-8% 6 p. et 1 pi. 32. In., Note sur un nouveau genre de Siphonostome (genre C on g érico le) habi- tant les branchies du Congre. Ibidem, XXI, n* 9 ; in-8°, 8 p. et 1 pi. 33. In., Sur les Vers parasites du Poisson lune, Orthagoriscus mola et le Cecrops Latreilli qui vit sur les branchies. Ibidem, XXII, n° 10 ; in-8°, 8 p. et 1 pi. 34. Iû., Note sur un Trématode nouveau du Maigre d'Europe (Sciaena aquila) Ibidem, XXIII, o° 10 ; in 8 n , 7 p. et 1 pi. 35. Id., Note sur /'Odobothrium du Merlan et sur l'Axine de l'Orphie. Ibidem XXIII, n° s 11 12; in-8», 12 p. et 1 pi. 36. Id., Notice sur un Lernanthrope nouveau du Serranus Goliath. Ibidem, XXIV n° 1; in-8% 16 p. et 1 pi. 37. Id., Notice sur un nouveau Dinémoure provenant du Scimnus glacialis Ibidem, XXIV, n» 2; in-8<>, 12 p. et 1 pi. 38. Id., Recherches sur la faune littorale de Belgique; Turbellariés . Mém de l'Acad. des Se. de Belgique, XXXII ; in-4% 56 p. et 7 pi. 39. lo., Recherches sur la faune littorale de Belgique; Polypes. Ibidem, XXXVI in-4°, 206 p. et 18 pi. 40. Id., Histoire naturelle du genre Capitella de Blainv. ou du Lumbricornais d'Oersted, comprenant la structure anatomique, le développement et les carac lèves extérieurs. Bull, de l'Acad. des Se. de Belgique, (2), III, u os 9-10; in-8° 28 p. et 2 pi. 41. Id., Notice sur un Annelide cép halo branche sans soies, désigné sous le nom de Crepina. Ibidem, (2), V, n° 12; in-8°,18 p. et 1 pi. 42. Id., Notice sur la Tortue franche (Chelonia midas) dans la mer du Nord, ses commensaux et ses parasites. Ibidem, (2), VI, n° 1 ; in-8°, 19 p. et 2 pi. 43. Id., Notice sur un nouveau genre de Crustacé lernéen. Ibidem, (2), IX, n° 2; in-8", 12 p. et 1 pi. 44. B. C. Dumortier et P. J. Van Bfneden, Histoire naturelle des Polypes composés d'eau douce ou des Bryozoaires fluviatiles. Mém. de l'Acad. des Se. de Belgique, XVI, 5 fév. 1842-9 mai 1848; in-4», 130 p. et 6 pi. Ouvrages offerts par Madame Veuve Ch. Girard : 1 . Ch. Girard, Contributions to the nalural history ofthe Fresh Water Fishes of North America; I, a monograph of Ihe Cottoids. Smithsonian Contributions to knowledge, III, n» 3, Washington, 1851 ; in-4°, 80 p. et 5 pi. 2. Id., Researches upon Nemerleans and Planarians ; I, Embryonic develop- ment of Planocera elliptica. Proc. Boston Soc. Na t. H ist., 1854, p. 307-325 et 3 pi. 3. Id., Life in its physical aspects. Proc. ol the Nation. Instit.; 1 broch. 30 p. Washington, 1855. 4. Id., Notice upon the viviparous Fishes inhabiting the Pacific coast of North America with an enumeration ofthe species observed. Proc. of the Acad. of Nat. Se. of Philadelphia, 1855, in-8», 4 p. 5. Id., Notes upon various new gênera and neve species of Fishes in the Muséum of Smithsonian Institution and collected in connection with the Un. St. and Mexican Boundary-Survey : Major William Emory, commissinner. Proc. of the Acad. of nat. Se. of Philadelphia, july 1858, in-8°, 5 p. 6. Id., Ichthyological notices. Ibidem, 14 déc. 1858; in-8°, 30 p. 76 SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1895 7. Id., La vie au point de vue physique ou physiogénie philosophique, 1 br. in-12, 70 p. Paris, 1860. 8. S. F. Baihd et Ch. Girard, Catalogue of north American Reptiles in the Muséum of the Smithsonian Institution; n° 1, Serpents. 1 vol. in-8°, 170 p. Washington, 1853. 9. S. H. Scudder, Nomenclator Zoologicus. Bull, of the U. S. Nat. Mus., n° 19, Washington, 1882-84. Ouvrages offerts par M. Th. Sauzier : 1. D r H. Gadow, Sur les restes de quelques Tortues terrestres gigantesques et d'un Lézard éteint, récemment découverts à Vile Maurice. Ann. des se. nat., Zool., XVIII, p. 247-266, 1894. 2. Id., On the remains of some gigantic Land-tortoises and of extinct Lizard recently discovered in Mauritius. Trans. of the Zool. Soc.of London, XIII, n° 8, p. 314-324 et 2 pi., 1894. 3. E. Newton and D r Gadow, On additional Bones of the Dodo and olher Extinct Birds of Mauritius obtained by M. Th. Sauzier. Ibidem, XIII, n° 7, p. 282-302 et 5 pi., 1893. 4. Id., Sur des os du Dodo et sur des os d'autres Oiseaux éteints de l'île Mau- rice, récemment obtenus par M. Th. Sauzier. Ann. des se. nat., Zool., XVIII, p. 215-246, 1894. Th. Sauzier, Les Tortues de terre gigantesques des Mascareignes et de cer- taines autres îles de la mer des Indes. La Nature, n° 1016, 19 nov. 1892 ; 32 p. avec fig., Paris, 1892. Kecd 16 Jun 1896 77 Séance du 12 Mars 1895 PRÉSIDENCE DE M. E.-L. BOUVIER, VICE-PRÉSIDENT. M. le Professeur L. Vaillant, président, appelé en province par un deuil de famille, s'excuse de ne pouvoir venir présider la séance. MM. Schlumberger et Vignal s'excusent également de ne pouvoir assister à la séance. MM. V. Apfelbeck, de Saraievo, et Jaquet, de Genève, assistent à la séance. M. le Professeur Ed. Van Beneden, élu membre honoraire à la précédente séance, adresse la lettre suivante à M. le Secrétaire général : « J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 1 er mars, par laquelle vous me faites connaître l'insigne honneur que la Société Zoologique de France a daigné me faire. » Je vous prie d'être auprès de la Société, et spécialement auprès de ceux de ses membres qui ont bien voulu proposer ma nomination, l'interprète de mes sentiments de vive reconnaissance. » J'ai été très touché de ce que, en me notifiant le vote si flatteur dont j'ai été l'objet, vous ayez rappelé le souvenir de mon vénéré père. Je me plais à penser qu'en m'appelant à l'honneur de lui succéder, vous avez voulu rendre un hommage posthume à sa chère mémoire. C'est donc à un double titre que je suis profondément reconnaissant à la Société. » M. le Professeur K. Môbius, membre honoraire, adresse à M. le Secrétaire général la lettre suivante : « M. le Professeur F. E. Schulze m'a communiqué la liste des collègues, élèves et amis qui se sont réunis pour me faire l'honneur d'offrir mon portrait au Musée d'histoire naturelle de Berlin : sur cette liste figure la Société Zoologique de France. Cette très amicale participation d'une Société savante dont j'ai suivi avec intérêt les travaux depuis sa fondation, d'une Société qui m'a conféré le titre de Membre honoraire, m'a causé la joie la plus intime. » Je vous prie d'exprimer mes plus sincères remerciements à votre estimée Société et de donner à tous ses membres l'assurance que je me réjouirai de répondre à leurs désirs, autant qu'il sera en mon pouvoir. » M. L. Joubix dit que, d'accord avec M. Appelôf, créateur du genre, Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 7 78 SÉANCE DU 12 MARS 1895 il convient de corriger le nom de Clitenopteryx en Ctenopteryx (x-celç, xTevôç, peigne; 7rrépu; 5 nageoire) (1). MM. Donckier de Donceel, L. Jammes, G. Maillet et L. Roule, présentés à la précédente séance, sont élus Membres de la Société. MM. Traizet et Alluaud présentent M. Gaston Portevin, 12, rue de l'Horloge, à Évreux (Eure). MM. Blanchard et Gazagnaire présentent M. Victor Apfelbeck, conservateur au Musée de Bosnie et d'Herzégovine, à Saraievo (Bosnie) ; M. P. Pigeot, professeur à l'École pratique d'agriculture, à Rethel (Ardennes); et M. le D r Charles Leloup, à Mennetou-sur-Cher (Loir-et-Cher). M. Jules de Gaulle, 41, rue de Vaugirard, à Paris, demande à être réintégré sur la liste des membres. M. le D r Henri Gervais, assistant au Muséum d'histoire naturelle, 13, rue de Navarre, à Paris, demande à être réintégré sur la liste des membres. M. J. Kùnckel d'Herculais communique le résultat de ses plus récentes études sur les Acridiens d'Algérie. Il présente et offre à la Société le recueil de ses différents rapports et mémoires relatifs à cette question, recueil renfermant un grand nombre de cartes et de planches. M. Herbert Haviland Field résume en quelques mots les progrès que fait le mouvement pour l'établissement d'un Bureau bibliogra- phique international pour la Zoologie. Il montre des fiches publiées par les soins du Ministère de l'Agriculture des États-Unis, et indique la possibilité d'un échange de fiches, en ce qui concerne les animaux domestiques et l'entomologie appliquée. Il expose ensuite les efforts très louables que fait M. le Professeur Mitrofanov, de Varsovie, pour la propagande en Russie. M. Mitrofanov estime pourtant que le but de notre œuvre serait mieux servi si, au lieu des simples correspondants déjà proposés, on avait un Bureau national complet dans chaque pays, qui se chargerait du dépouil- lement sur place de toute la bibliographie du pays même. Après avoir entendu les raisons invoquées par M. Mitrofanov, la discussion s'engage sur le point de savoir si la modification préco- nisée par M. Mitrofanov serait réalisable en France. On a fait remarquer que ce dernier système augmenterait singulièrement la (t) Voir Bulletin, XIX, p. 64, 1894. SÉANCE DU \2. MARS 1893 7!) besogne et nuirait à son homogénéité, sans cependant que la réu- nion de la bibliographie en soit guère facilitée. En conséquence, les membres présents se prononcent à l'unani- mité en faveur du système d'un Bureau central international, tel qu'il a été exposé à la Réunion générale annuelle par sou rappor- teur, M. Bouvier. M. Field constate que la proposition d'un projet comportant la création de Bureaux nationaux par un savant russe constitue un gage pour la possibilité de sa réalisation pour la Russie seule. Eu ceci nous nous rallierons pleinement aux idées de M. Mitrofanov. CHANGEMENTS DE FORME CHEZ LES COLEOPTERES DES RÉGIONS ALPINES, par Victor APFELBEGK, Conservateur au Musée de Bosnie et d'Herzégovine. On sait que beaucoup de Coléoptères appartenant à la plaine se rencontrent aussi dans la région alpine et s'y sont transformés en de petites races locales. Au cours de mes études sur les espèces du genre Otiorrhynchus, j'ai constaté en outre des changements de forme très particuliers, siégeant sur certaines parties du corps : ils sont causés par la montée des espèces en question de la plaine vers la haute montagne; ils me semblent nouveaux et d'un intérêt zoologique général. J'ai remarqué d'abord que la plupart des espèces indigènes en Bosnie et Herzégovine s'élèvent dans la haute montagne, et constaté que la longueur des articles des antennes et des tarses diminue progressivement avec la montée. Cette modification ne semble pas consister en un rapetissement régulier de l'animal, mais plutôt en une compression de certaines parties du corps, car les divers articles des antennes et des tarses, tout en se raccourcissant, deviennent aussi beaucoup plus larges. Tel est le cas pour 0. consentaneus, par exemple. Cet Insecte est un véritable habitant du rivage, il est chez lui sur la côte de la mer Adriatique. On le trouve néanmoins en Herzégovine à toutes les altitudes, depuis la mer jusqu'au sommet des plus hautes mon- tagnes, par 2 300 m . Chez les individus des bas niveaux, les articles externes des antennes (les 5 e , 6 e et 7 e ) sont allongés, notablement plus longs que larges. Dans la région subalpine, ils sont déjà beau- 80 SÉANCE DU 12 MARS 1895 coup plus arrondis, plus courts, mais encore nettement plus longs que larges. Chez les individus de la région alpine, ces articles des antennes sont déjà sphériques, par conséquent totalement modifiés dans leur forme. Chez les mâles, les tarses, et spécialement leur deuxième article, se raccourcissent et s'élargissent de la même manière, mais pourtant sans devenir globuleux. De semblables modifications par compression semblent s'étendre aussi sur d'autres parties du corps, principalement sur la tête : le rostre est plus court et plus large chez les individus des grandes altitudes. Ainsi se sont constituées des formes alpines qui s'écartent très notablement de la forme souche et qui, par les formes intermé- diaires, nous offrent de nouveaux points de vue pour juger des caractères spécifiques et pour concevoir maintes espèces. Je pour- suivrai mes recherches sur les modifications déterminées chez les Coléoptères par l'influence de la région alpine et j'espère pouvoir faire connaître ultérieurement de nouveaux faits. NOTICE SUR LES FOURMIS FOSSILES DE L'AMRRE DE LA BALTIQUE ET DESCRIPTION DE DEUX ESPÈCES NOUVELLES, par Ernest ANDRÉ. Depuis l'ouvrage classique que le D r G. Mayr a publié en 1868 sous le titre de : Die Ameisen des baltischen Bemsteins, aucun mémoire n'est venu, à ma connaissance, compléter l'œuvre magis- trale du savant viennois sur les Fourmis fossiles de l'ambre de la Baltique. On ne peut, en effet, considérer comme tels la note de Malfatti (1) et l'important travail du professeur C. Emery sur les Fourmis de l'ambre de Sicile (2), puisque la faune myrmécologique de cette dernière station est absolument distincte de celle de Prusse et appartient, d'après l'opinion des géologues, à une période plus récente de l'époque tertiaire, c'est-à-dire au miocène, tandis que le gisement de la mer Baltique, plus ancien, est attribué à l'oligocène. De 1880 à 1886, j'ai reçu en communication de M. Pougnet, de Landrofï, un grand nombre de Fourmis de l'ambre de la Baltique et, depuis cette époque, M. Amédée Pouillon, naturaliste, m'a éga- (1) Due piccoli lmenotteri fossili deli ambra siciliana, 1881. (2) Le Formiche delV ambra siciliana nel Museo mineralogico dell' Université di Bologna, 1891. SÉANCE DU 12 MARS 1895 81 lement fait plusieurs envois d'ambre formicifère de même prove- nance. J'ai eu soin, avant de retourner ces fossiles à leurs proprié- taires, de conserver la note exacte de mes déterminations, de sorte qu'il m'est possible aujourd'hui de dresser la liste de toutes les Fourmis qui m'ont passé ainsi sous les yeux et dont le total s'élève à près de 700 individus. Je crois utile de publier cette liste qui s'accorde sensiblement, pour la proportion des exemplaires, avec celle donnée par le D r Mayr, laquelle comprenait 1460 individus. La comparaison de ces deux dénombrements fera ressortir, d'une façon évidente, l'abondance ou la rareté relatives des diverses espèces à l'époque tertiaire. Ce qui frappe tout d'abord, c'est la pauvreté numérique des Ponérides et des Myrmicides, comparée à la profusion des Campo- notides et surtout des Dolichodérides. Ainsi, tandis que le nombre total des Ponérides compris dans les deux inventaires ne s'élève qu'à 25, et que celui des Myrmicides atteint seulement 59 exem- plaires, nous en comptons 764 chez les Camponotides et 1310 chez les Dolichodérides, dont une seule espèce, le Bothriomyrmex Goep- perti Mayr, est représentée par 889 individus. La rareté des Ponérides et des Myrmicides de l'ambre semble indiquer que leurs fourmilières étaient beaucoup moins populeuses que celles des Camponotides et des Dolichodérides. A cette raison on peut ajouter, pour les Ponérides, ce fait que beaucoup de ces Insectes, menant propablement, comme ceux de nos jours, une vie assez souterraine, avaient peu d'occasions de s'engluer dans la résine des arbres qu'ils fréquentaient rarement. Parmi les espèces que j'ai examinées, j'ai rencontré un petit nombre de formes inédites, mais j'ai le regret de les avoir retournées sans en conserver la description, de sorte qu'il m'est aujourd'hui impossible de les faire connaître, sauf en ce qui concerne deux d'entre elles, dont l'une m'a été gracieusement offerte par M. Pougnet et dont l'autre a été acquise par moi de M. Pouillon. La description de ces espèces figurera plus loin. DESCRIPTION DES ESPÈCES NOUVELLES Plagiolepis succini, nov. sp. Operaria : Magna, nigro-brunnea, pilis erectis brcvibiis. Antennœ crassae, fimiculo elavato. Thorax supra inter mesonotum et tnetanotum constrictus. Pales longi, graciles. Long. 4 mill. Scape relativement court, ne dépassant pas le bord postérieur de la tête; funicule robuste, très fortement et graduellement épaissi de Tableau récapitulatif des Fourmis de l'Ambre de la Baltique examinées par le Dr Mayr et par l'auteur. DÉSIGNATION DES ESPECES I. — Camponotidae Camponotas Mengei Mayr. . . . . . — igneus Mayr — coTislrictus Mayr . . . . Œcophjlla Brischkei Mayr Gesomyrmex Hurnesi Mayr Rhopalomyrmex pygmaeus Mayr . Formica Flori Mayr — sp.? Lasius Schiefferdeckeri Mayr . . . . — pumilus Mayr — punctulatus Mayr — edentatus Mayr Prenolepis Henschei Mayr. . . . . . — pygmaea Mayr — sp. ? o* Plagiolepis succini André, nov. sp. . — Klinsmanni Mayr . . . . — singularis Mayr — Kunowi Mayr — squamifera Mayr .... — solitaria Mayr Camponotide gen. et sp. ? Ç II. — DoLICHODERIDAE Bothriomyrmex Goepperti Mayr . . . — Geinitzi Mayr. . — constrictus Mayr . . — sp? Dolichoderus cornutus Mayr ... — sciilpturatus Mayr. . . tertiarius Mayr .... — balticus Mayr — longipennis Mayr . . . III. — PONERIDAE Ponera atavia Mayr — succinea Mayr Bradoponera Meieri Mayr ...... Ectatomma europaeum Mayr Prionomyrmex tongiceps Mayr . . . IV. — Myrmicidae Sima ocellata Mayr . — simplex Mayr — angustata Mayr Aphaenogaster Sommerfeldi Mayr. — Berendti Mayr ... — sp.? c* • • Macromischa Beyrichi Mayr — rugosostriala Mayr. . — petiolata Mayr .... — midis Mayr — prisca André, nov. sp. Myrmica longispinosa Mayr — Duisburgi Mayr Leptothorax gracilis Mayr. . . . . . Monomorium pilipes Mayr Aerornyrma antiqiia Mayr. .... Lampromyrmex gracillimus Mayr. . Stigmornyrmex venuslus Mayr. . . . — robustus Mayr. . . . Enncamerus reticidatus Mayr .... Myrmicide gen. et sp. ? c* Totaux. Nombredes Nombredes individus individus TOTAUX examines examines parleDrJlayr par Tailleur 10 5 15 -, 2 7 9 5 2 7 5 » 5 19 7 26 C 1 1 2 a S 189 99 288 o » 1 1 S 174 96 270 «■* 3 1 4 a. a 4 » 4 l a 1 » 1 / - 69 18 87 Cl 23 1 24 te X » 1 1 S » 1 1 "O 8 3 11 03 1 » 1 rr. 1 2 3 2 » 2 1 » 1 » 1 1 1 580 309 S89 1 168 80 248 l — o 10 3 13 \ c ~ » 3 3 Jr& 9 3 12 / = a. 2 4 6 1 "o S* 87 38 125 1 £ a. 11 1 12 2 » 2 ; 13 » 13 \ r* "3 3 » 3 1 OS o 5 1 2 » / 1 1 » 1 \ "c a 5 » 5 i 4 » 4 3 » 3 6 2 8 1 » 1 r* 1 1 ? 2 1 3 2 •> » 9 ri » ■> S a <■> 1 3 / & » 1 1 » 1 1 2 » 2 1 CD 3 )> 3 \ ^ 3 I 4 1 "O 3 » 3 5 ,, » en 2 1 3 1 » 1 3 » 3 » 1 1 / 1460 698 2158 SÉANCE DU 12 MANS 1895 83 la base à l'extrémité, ses articles 3-4 transversaux, les autres à peu près aussi larges que longs, sauf le premier, qui est égal aux deux suivants, et le dernier qui est un peu plus long que les deux précé- dents réunis. Tète de même forme que chez Pi. custodiens Sm., qui vit actuellement dans l'Afrique australe; yeux assez grands et situés vers le milieu des bords latéraux. Thorax avec la suture pro-méso- notale bien marquée; il est assez fortement étranglé en dessus entre le mesonotum et le metanotum. Ecaille médiocrement épaisse, inclinée en avant, son bord supérieur très légèrement échancré. Pattes assez longues, grêles. Corps d'un noir brunâtre, parsemé d'une courte pilosité perpendiculaire, beaucoup plus oblique sur les antennes et les pattes. Sculpture non apparente. Par sa taille, forte pour le genre, cette espèce rappelle le Pi. custo- diens Sm., mais elle en est bien distincte par ses antennes beaucoup plus épaisses et moins allongées, ne s'éloignant pas de la confor- mation de celles de la plupart des espèces congénères. Macromischa? prisca, nov. sp. Operaria : Rubro-brunnea, pilis erectis sparsis et apice acutis. Antennœ 1 1-articulatœ, funiculi clava triarticulata. Forma sculptu- raque capitis, thoracis et petioli 1ère ut in Myrmica ruginodi. Nyl., attamen metanotum vix bidenticulatum. Fernora in medio clavata. Tibia' quatuor poster iores verisimiliter sine calcaribus. Long. 4 -1/2 mill. Antennes de 11 articles, scape n'atteignant pas le bord postérieur de la tête, premier article du funicule à peu près de la longueur des deux suivants réunis, les articles 2 5 courts, transversaux, les deux suivants à peu près aussi longs que larges, les trois derniers épaissis et plus allongés, formant une massue un peu moins longue que le reste du funicule et dont le dernier article est plus court que les deux précédents réunis. Yeux de grandeur moyenne, situés vers le milieu des côtés de la tête. Thorax de même forme que celui du groupe de la Myrmica rubra Latr., faiblement étranglé en dessus entre le mesonotum et le metanotum, ce dernier armé en arrière de deux courts deuticules. Pétiole également très analogue à celui de la M. rubra. Abdomen ovale, atténué à l'extrémité, non tronqué à la base. Cuisses fortement claviformes au milieu, rétrécies aux deux extrémités; éperons des quatre tibias postérieurs indistincts et probablement nuls. Poils du corps aigus à l'extrémité. Tête, thorax et pétiole longitudinalement et irrégulièrement ridés, comme chez la Myrmica ruginodis Nyl.; abdomen lisse et luisant. Couleur géné- rale paraissant d'un brun rougeâtre, autant qu'on en peut juger aux rares places où l'insecte n'est pas argenté par la mince couche d'air 84 SÉANCE DU 12 MARS 1895 interposée entre lui et l'ambre qui l'englobe. Pilosité éparse, pubes- cence indistincte. Malgré ses antennes de 11 articles, je rapporte dubitativement cette espèce au genre Macromischa, à cause de l'absence probable des éperons aux quatre tibias postérieurs. Ce caractère, ainsi que les cuisses fortement claviformes, l'éloignent aussi des Myrmica avec lesquelles elle a la plus grande ressemblance sous le rapport de l'aspect général et du mode de sculpture. Les poils non tronqués au sommet l'écartent des Leptothorax. Quel que soit d'ailleurs le genre auquel on doive rapporter cette fourmi, l'ensemble de ses caractères et particulièrement ses antennes de 11 articles, son metanotum presque inerme et sa sculpture «ne permettent pas de la confondre avec aucune des espèces de l'ambre décrites par le D r Mayr. SUR UN TURDUS DU MUSÉE DE CARLISLE, par A. SUGHETET. On voit au Musée de Carlisle (Angleterre) un Merle curieux, qui a été offert par M. J. H. Gurney, l'éminent ornithologiste anglais. Ce Merle, tué dans le Norfolk, avait appartenu à feu Stevenson, un naturaliste perspicace qui pensait que cet Oiseau était indubita- blement un hybride entre l'espèce Turdus torquatus et l'espèce T. merula. Le Rév. Macpherson a eu la complaisance de nous envoyer en communication la pièce précieuse. Nous nous permettons de faire connaître notre opinion sur cet Oiseau, que nous avons déjà signalé dans nos études sur les Oiseaux hybrides rencontrés à l'état sau- vage (1), mais que nous n'avions point encore examiné. Il est à remarquer qu'au point de vue morphologique, les deux espèces que l'on suppose lui avoir donné naissance, c'est-à-dire les Turdus torquatus et merula, ne peuvent être différenciés que par la disposition terminale des quatre ou cinq premières pennes de l'aile. Chez T. torquatus, la première penne est plus longue que chez T. merula, puis la quatrième est plus courte, en sorte que ces deux pennes, qui sont à peu près de mêmes dimensions, se laissent dépasser par la deuxième et la troisième qui sont égales. Au con- (1) Mém. de la Soc. Zool. de France, 1892, p. 173. (Un tirage à part de ces études a été fait chez Le Bigot frères, à Lille (Nord). SÉANCE DU 12 MARS 1895 85 traire, chez T. merula, les deuxième, troisième et quatrième sont presque de la même longueur, dépassant davantage la penne la plus extérieure. L'examen d'un bon nombre d'échantillons nous a prouvé que cette remarque est juste. Tout d'abord, en examinant quelques spécimens des deux types, nous avions cru remarquer que chez T. merula les rectrices sont plus allongées que chez 7'. torquatus; mais une étude, faite depuis sur un plus grand nombre d'exemplaires, ne nous a point permis d'établir positivement cette règle. Nous avions cru encore nous apercevoir que, chez le Merle à plastron, les couvertures de la queue sont plus longues que chez l'autre espèce et font ainsi paraître les rectrices plus courtes ; mais chez divers T. merula, nous avons trouvé les couvertures aussi tombantes. En ce qui concerne les dimensions du bec nous les croyons plus faibles chez T. torquatus. Telles sont les différences, peu sérieuses, on le voit, sauf celles des pennes rémiges, que nous avons trouvées dans la forme extérieure des deux espèces; nous disons extérieures, car nous ne nous sommes point livré à un examen ostéologique et anatomique. Pour la couleur, les différences sont peut-être plus sensibles à l'œil, puisque T. merula ç? adulteest complètement noir, tandis que T. torquatus du même sexe et du même âge montre un plastron blanc brunâtre sur son devant, des taches martelées claires espacées çà et là sur les parties inférieures et sous le dessus du corps, enfin une teinte générale bien moins foncée que celle du premier. Disons encore la couleur jaune du bec est beaucoup plus blanchâtre, bien moins vive chez torquatus. (Tous nos exemplaires étant conservés, nous ne pouvons distinguer la couleur des paupières ; probable- ment 7'. merula les a-t-il plus jaunâtres). Néanmoins, nous avons été frappé des traits nombreux de res- semblance dans la coloration que les deux espèces présentent à un certain âge. Ainsi, lorsque le noir de T. merula envahit les parties inférieures, souvent la partie correspondant au plastron de T. torquatus reste avec les marques de jeunesse, c'est-à-dire dans sa teinte claire; si bien que T. merula se trouve lui-même avoir, à un moment de son existence, un plastron comme son congénère ! Ce phénomène est excessivement curieux; nous l'avons constaté positivement sur deux et même trois exemplaires de notre collec- tion ou des collections qui nous avaient été prêtées; car, afin de nous livrera un examen profitable de l'hybride qui nous avait été 86 SÉANCE DU 12 MARS 1895 confié si gracieusement, nous avions réuni de nombreux spécimens de différents âges, tués dans diverses contrées (1). Or, nous estimons que le caractère qui a fait supposer que le Turdus du Musée de Carlisle est un hybride, consiste précisément dans le trait curieux que nous signalons. Cet Oiseau, en grande partie noirâtre comme le Merle, laisse voir, en effet, un plastron gris brunâtre exactement comme celui du torquatus. Mais, pour nous, cette particularité est due à l'âge de l'individu, qui n'est point tout à fait adulte. S'il était un vrai T. torquatus mélangé de T. merula, sans doute la forme terminale des pennes de l'aile aurait conservé quelque rappel de cette espèce. Cela n'est point : les pennes rémiges sont entièrement de la forme de celles du T. merula. Quant au bec, nous ne saurions rien en dire. Reconnaissons toutefois que si T. torquatus et T. merula venaient à se croiser, ils donneraient sans doute un produit ayant beaucoup d'analogie, par son plumage, avec celui dont nous nous occupons et, par conséquent, très difficile à différencier. Nous pensons cepen- dant que la forme terminale des pennes de l'aile se montrerait affectée par le mélange, caractère qui ne se présente point dans le cas présent ; ce qui nous oblige à référer l'Oiseau à l'espèce T. merula, dont il présente, du reste, tous les caractères. Ouvrages reçus le 12 Mars 189o. P. df, Loriol, Notes pour servir à l'histoire des Echinodermes. Revue suisse de zoologie et Ann. du Mus. d'hist. nat. de Genève, II, n° 4, 1894, p. 467-497 et pi XXII à XXIX. J. Palacky' Die Verbreitung der Fische, Monografie. Prag, in-8° de 2'i0 p., 1891. 1. E. G. Racovitza, Sur la Micronereis variegata Clapart-de. C. R. Acad. des s<;., 12 juin 1893. 2. Id., Sur les amibocytes, l'orogenèse et la ponte chez la Micronereis variegata Claparède. Ibidem, 15 janvier 1894. 3. In., Sur l'accouplement de quelques Céphalopodes, Sepia Rondeleti Leacli, Rossia macrosoma d. Ch., Octopus vulgaris tant. Ibidem, 27 mars 1894. 4. Io., Sur le lobe cép Italique des Enphrosincs. Ibidem, 24 déc. 1894. 5. 1d., Accouplement et fécondation chez /'Octopus vulgaris Lam. Archives de Zool. expérim. et génér., (3), II, p. 21 -54 et 5 fig., 189i. G. Id., Mœurs et fécondation de la Rossia macrosoma. Ibidem, (3), II, p. 491-539 et pi. XIX à XXI, 1894. 7. Id., Sur le rôle des amibocytes chez les Anii'ïlides polychèles. G. R. Acad. des se, 25 février 18'.i.'>. 1. M. Stossicii, / Distoni dei Retlili. Bollet. d. Soc. adriat. di se. natur. in Triesle, XVI, p. 213-239. 2. Id., Nolizie elmintologiche. ibidem, XVI, p. 33-46 et pi. IV à VI. (1) Nous possédions vingt-trois spécimens; depuis, notre mobilier s'est augmenté. 87 Séance du 26 Mars 1895 PRÉSIDENCE DE M. LE PROFESSEUR L. VAILLANT, PRÉSIDENT. M. le Président invite M. le professeur R. Moniez, vice-président, à prendre place au Bureau. M. R. Blanchard s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. M. Maillet, élu membre de la Société à la précédente séance, remercie par lettre de son admission. M. A. Milne-Edwards, directeur du Muséum d'histoire naturelle, fait savoir à la Société que l'enseignement spécial pour les voya- geurs commencera le mardi 23 avril, à 10 heures du matin, dans l'amphithéâtre de la Galerie de zoologie, et continuera les jeudis, samedis et mardis suivants, à la même heure. Dans des Conférences pratiques faites dans les laboratoires ou sur le terrain, les auditeurs seront initiés à la récolte ou à la préparation des collections, aux relevés photographiques et à la détermination du point en voyage. Les jours et heures de ces conférences seront indiqués à la suite des leçons. Les leçons auront lieu dans l'ordre suivant : 23 avril M. Milne-Edwards Leçon d'ouverture. 25 — M. Hamy Anthropologie. 27 — M. Verneau Ethnographie. 30 — M. E. Oustalet Mammifères. 2 mai M. E. Oustalet Oiseaux. 4 _ m. L. Vaillant Reptiles et Poissons. 7 _ M. E. Perrier Mollusques. 9 — M. Bernard Vers et Zoophytes. 11 — M. Ch. Brongniart Insectes, Crustacés, etc. 14 — M. H. Filhol Anatomie comparée. 16 — M. M. Cornu Plantes vivantes. 18 — M. E. Bureau Botanique (Phanérogames). 21 — M. Morot Botanique (Bois, Cryptogames). 25 — M. Stanislas Meunier Géologie. 28 — M. Lacroix Minéralogie. 30 — M. Gaudry Paléontologie. 1 er juin M. Gréhant Hygiène des voyageurs. 4 — M. H. Becquerel Météorologie, 88 SÉANCE DU 26 MARS 1805 6) (M. le commandant Def- l Détermination du point en voya- / juin j forges, du service géo- j ge et Notions de géodésie et 8) ( graphique de l'armée . . ( topographie expédiées. 11 juin M. le colonel Laussedat, l Utilisation de la photographie directeur du Conserva- < dans la construction des car- toire des Arts et Métiers ( tes et plans. MM. Apfelbeck, Leloup, Pigeot et Portevin, présentés à la pré- cédente séance, sont élus membres de la Société. MM. J. de Gaulle et H. Gervais sont réintégrés sur la liste des membres. MM. Labbé et Racovitza présentent M. Jules Guiart, préparateur à l'École des Hautes-Études, 6, rue Berthollet, à Paris. M. le D r Faurot donne un résumé analytique d'un mémoire sur le développement des Actinies, qu'il doit présenter prochainement comme thèse de doctorat ès-sciences naturelles. M. de Guerne donne quelques renseignements sur le prochain Congrès international de Zoologie, d'après une lettre de M. P. P, C. Hoek, secrétaire général du Congrès. Ce Congrès se tiendra à Leyde, du 15 au 20 septembre 1895. Une première réunion aura lieu le dimanche 15 septembre : elle est destinée à permettre aux membres du Congrès de faire connaissance. Le Congrès est placé sous la haute protection de la Reine régente des Pays-Bas. Le nombre des personnes ayant donné leur adhésion s'élève déjà à 300. Une pro- chaine circulaire en trois langues en donnera la liste, ainsi que divers renseignements. CONTRIBUTIONS A LA FAUNE ENTOMOLOGIQUE DE LA RÉGION MALGACHE par Ch. ALLUAUD. Sous ce titre, je me propose de]publier une série de notes rela- tives aux Arthropodes, surtout aux Coléoptères, de la région malgache, pour laquelle j'adopte les limites de Wallace. En plus de Madagascar et des îles qui sont dans ses eaux (Nossibé et Sainte- Marie), cette division comprend : les Comores, les Mascareignes, les Séchelles et tous les ilôts (Amirautés, Aldabra, Glorieuses, etc.) disséminés entre ces archipels. Ainsi limitée, cette région zoologique présente quelques analo- SÉANCE DU 26 MARS 1895 89 gies avec les faunes Ethiopienne et Indo-malaise, mais possède en propre un nombre considérable de formes et de genres. L'analogie avec l'Afrique, en ce qui concerne les Coléoptères, est peut être plus nette sur la côte occidentale de Madagascar, taudis que le maximum des affinités Indo-malaises se montre aux Séchelles. Mais dans l'état actuel de nos connaissances, il est bien prématuré de baser sur le peu d'espèces que nous possédons des quelques localités explorées, des considérations générales que les découvertes ultérieures peuvent réduire à néant. Les descriptions seront accompagnées de dessins au trait préci- sant les caractères de l'espèce nouvelle comparée à ses congénères. I. — Sur le genre Madecassa Fairm. (Carabidac) (1) Ayant eu l'occasion d'étudier les types de Glyphodactyla madagas- cariensis Chaud. (Coll. B. Oberthùr) et de Madecassa Coquereli Fairm. (Coll. Fairmaire), il ne me reste aucun doute sur l'identité de ces deux espèces. Je crois inutile de reproduire ici les descriptions des deux auteurs et me contenterai de signaler que Chaudoir (2), constate que sa Gly- phodactyla madagascariensis « ne se rapporte que très imparfaite- ment » au genre Glyphodactyla créé pour une espèce de l'Afrique australe et qu'il ne l'y laisse que «provisoirement». Fairmaire (3), caractérise le genre Madecassa en des termes qui le séparent nettement de Glyphodactyla. Il n'y a donc aucune raison de conserver ce dernier nom pour l'espèce de Madagascar, dont la synonymie s'établit ainsi : Madecassa Fairm. Madagascariensis Chaud. [Glyphodactyla] Bul. Soc. Nat. Mosc, 1850, I, p. 376. Id., An. Soc. Ent. Belg., XII, 1869, p. 122. = Madagascariensis Mots. [Apotomus] (4) Bul. Soc. Nat. Mosc, 1864, II, p. 195. = Coquereli Fairm., An. Soc. Ent. Fr., 1868, p. 760. (1) Cette note a déjà été publiée sous le titre de « Coléoptères nouveaux ou peu connus de la région malgache» dans le Bulletin du Muséum d'Histoire natu- relle, 1895, n» 1, p. 19. (2) An. Soc. Ent. Belg., XII, 1869, p. 122. (6) An. Soc. Ent. Fr., 1868, p. 760. (4) Cette syuonymie est indiquée par Chaudoir, et l'on doit s'étonner avec lui que Motshulsky ait eu l'idée de mettre cet insecte dans le genre Apotomus. Certains auteurs continuent à signaler cette prétendue espèce d'Apotomus de Madagascar comme un fait extraordinaire de distribution géographique. 90 SÉANCE DU 20 MARS 1895 Le type de Chaudoir porte simplement la mention «Madagascar»; celui de Fairmaire a été pris par Goquerel à l'île Marosse, baie d'Antongil. M. R. Oberthùr a reçu cette espèce du pays des Antsia- nakas (Perrot). Le Muséum l'a reçue de l'Imeriua, forêt d'Andran- goloaka (Sikora). J'ai pris au cours de ma mission de 1893 (territoire de Diego- Suarez), une autre espèce dont voici la description : Madecassa mirabilis, n. sp. Capite pone oculos strangulato ; nigro nitido. Thorace antice dix postice latiore; angulis anticis subrotundatis, posticis acutis; linea média parum profunda rugisque transcersis tenuissimis instructo; loto nigro nitido. Elytris late et profande sulcatis, sulcis fortiter crenatis, interstitiis convexis; obscure cœruleis. Abdomine subtus piceo. Antennis, palpis femoribasque rnfo testaceis, tibiis tarsisque piceis. Long. 7-9 millim. Cette jolie espèce est parfaitement distincte de M. madagascariensis par sa taille plus grande, ses élytres bleu foncé, et surtout par la forme de son thorax (fig. 1), à peine plus étroit en arrière qu'en avant, tandis qu'il est cordiforme chez madagascariensis (fig. 2), c'est à-dire notablement plus large en avant qu'en arrière. La couleur rougeâtre des cuisses passe quelquefois au brun de poix chez mirabilis aussi bien que chez madagascariensis. La découpure du sommet des élytres, sans épine à l'angle suturai, est identique chez les deux espèces et rappelle le genre Coptodera. J'ai trouvé cette espèce, dont je dépose le type pour les collections du Muséum, sur la montagne d'Ambre (Madagascar-Nord), sous les pierres, dans les clairières de 1,000 à 1,200 mètres d'altitude, de mai à juillet 1893. Fig. 1. Fig. 2. SÉANCE DU 2<> MARS 1893 91 CLADOCÈRES ET COPÉPODES RECUEILLIS PAR M. KAVRAISKY PRÈS DE TIFLIS ET DANS LE LAC GOKTSHA, par Jules RICHARD. M. le D r Kavraisky, directeur de la Station séricicole de Tiflis, a bien voulu me communiquer, par l'intermédiaire de notre excellent collègue M. Chevreux, les récoltes qu'il a eu l'occasion de faire soit aux environs de Tiflis, soit dans le grand lac Goktsha. Voici le résultat de mon examen, en ce qui concerne les Cladocères et les Copépodes : A. — Tiflis, bassin de la Station séricicole (juillet-août). Cyclops viridis Jurine cf 2 AC. Cyclops strenuus Fischer $ R. Cyclops bisetosus Rehberg cf $ AC. Moina macrocopus 1 (Straus) Robin cf $ TC. B. — Jemir Khan-Shula (19 juillet). Cyclops oithonoides Sars, var. hyalina Rehberg cf $ G. Cyclops Leuckarti Sars R. C. — Lac près Tiflis (15 août). Cyclops viridis Jurine TR. Cyclops Leuckarti Sars R. Diaptomus baccillifer Kolbel cf $ R- Daphnia magna- Straus AC. Simocephalus vetulus 0. F. M. TR. Ceriodaphnia reticulata Jurine 1 ex. Macrothrix 3 , n. sp.? TR. Pleuroxus aduncus Jurine R. D. — Lac Goktsha 4 (août). Cyclops strenuus Fischer cf 9 AC. Cyclops viridis Jurine cf 9 AR. Canthocamptus sp.? 1 ex. jeune. Diaptomus baccillifer Kolbel cf $ TC. Diaptomus denticornis Wierzejski cf $ AR. Daphnia hyalina Leydig AC. Chydorus sphœricus Jurine TR. Observations. — 1. Les nombreux exemplaires de cette espèce se reconnaissent de suite à la forme de la tête dont le bord dorsal est régulièrement convexe. Du reste l'examen des caractères que présentent les pattes de la première paire dans les deux sexes, les 92 SÉANCE DU 26 MARS 1895 antennes antérieures du mâle et la structure du postabdomen, permet de confirmer la détermination de cette espèce. 2. Les exemplaires sont très macérés, on peut s'assurer néan- moins que les caecums sont relativement courts et que le prolonge- ment postérieur de la carapace est assez développé. 3. Trois ou quatre exemplaires en mauvais état et incomplets représentent seuls ce Macrothrix qui est probablement nouveau. Il se rapproche de M. rosea par la forme générale, ses antennes anté- rieures sont grêles et longues. Les exemplaires ont tous l'éphippie. Cette circonstance, qui donne à l'animal une forme différente de celle qu'il a normalement, s'oppose, étant donné l'état médiocre des animaux, à une étude suffisamment complète de cette espèce. De nouveaux exemplaires seront indispensables pour établir sa détermination d'une façon précise. 4. Le lac Goktsha a été visité, il y a déjà longtemps, par Brandt qui y a effectué des pêches pélagiques. Voici tout ce qui se rapporte aux Cladocères et aux Copépodes qu'il y a recueillis (1) : «An Cla- doceren-Arten scheint der See sehr arm. Aufïalende Formen, wie Bythotrephes und Leptodora, wurden bisher gànzlich vermisst... Cyclopiden wurden in mehreren Arten gefunden, darunter eine carmoisinrothe als die, in der gegebenen Jahreszeit wenigstens, haùfigste Thierform des Sees. Sie kommt in allen Tiefen vor ; am Ufer wimmelte es von ihr in jedem geschôpften Glase Wasser. Sie bildet die Hauptnahrung der Gammariden ». Comme le montre la liste des Crustacés recueillis par M. Kavraisky, les Cladocères sont rares, ainsi que le dit Brandt, puisque deux espèces seulement ont été rencontrées : Daphnia hyalina Leydig et Chydorus sphœricus Jurine. — Aucun des Copépodes recueillis par Brandt n'a été déterminé, que je sache. Cet auteur les rapporte tous à la famille des Cyclopidœ. Quoiqu'il en soit j'ai constaté dans une des récoltes de M. Kavraisky, que les D. baccillifer et D. denticornis étaient encore fortement colorés en rouge. Il suffira, pour compléter la liste des Cladocères et des Copépodes connus jusqu'à présent dans la région asiatique du Caucase, de citer Daphnia hyalina Leydig, Leptodora hyalina Lillj. et Bythotrephes lonyimanus Leydig, dont la présence a été constatée par Brandt (2) dans le lac Tshaldyr. A part ces dernières espèces, toutes les autres énumérées dans cette note sont nouvelles pour la région du Caucase. Nous souhaitons vivement que ce premier résultat obtenu par M. Kavraisky l'engage à continuer ses recherches. (1) Brandt, Von den armenischen Alpenseen. Zool. Anz., p. 525, 1879. (2) Ibid., 1880, p. 114. Becd 16 Jun 1896 SÉANCE DU 20 MARS 1895* !).'{ FORMULES ET PROCÉDÉS TECHNIQUES. 5. DU FORMOL OU ALDÉHYDE FORMIQUE. Le formol ou aldéhyde formique, introduit dans la technique histologique et zoologique par M. J. Blum, conservateur au Musée Senckenberg, à Francfort-sur-le-Mein, mérite de fixer l'attention de tous les naturalistes. On le trouve dans le commerce, sous forme d'une solution à 40 pour 100; il n'est pas inflammable et est nota- blement moins cher que l'alcool, sur lequel il a une incontestable supériorité. Etendu de 10 à 20 fois son poids d'eau, c'est-à-dire en solution au titre de 2 à 4 pour 100, il conserve admirablement les tissus les plus divers, les animaux entiers, sans que ceux-ci perdent rien de leurs couleurs naturelles ou subissent le moindre ratatinement. Les éléments histologiques restent intacts. Le seul inconvénient notable, et ce n'en est pas un dans tous les cas, tient à ce que les tissus se durcissent plus ou moins. De nombreux observateurs ont fait connaître le résultat de leurs essais, et tous se prononcent hau- tement en faveur de ce nouveau liquide conservateur. Mon expérience personnelle a porté intentionnellement sur les Hirudinées les plus colorées, aux teintes les plus vives ou les plus délicates : je les ai laissées en pleine lumière dans une solution à 5 pour 100, sans qu'il m'ait été possible de noter, depuis un an environ, la moindre décoloration, sauf peut-être pour certaines nuances jaune clair. J'ai vu également divers Céphalopodes, rap- portés de Villefranche par M. Joubin, qui avaient conservé le même aspect qu'à l'état vivant. Récemment, MM. Kœhler et Lumière fils ont appliqué ce même liquide à la conservation des cadavres et à l'embaumement. Les pièces traitées par le formol, laissées à l'air libre, se dessèchent sans modification sensible de leur forme, conservent leur rigidité et demeurent imputrescibles. Si on injecte à un Cobaye, dans le tube digestif, par la bouche et par l'anus, et dans la carotide, des doses variant entre 50 et lo0 cmc d'une solution de formol au I/o, renfermant par conséquent 8 pour 100 de formol, puis qu'on sus pende l'animal dans un endroit sec et qu'on l'abandonne à l'air libre pendant quelques semaines, il se conserve sans la moindre déformation. L'expérience a porté sur une durée de huit mois, et l'on peut dire que la conservation est indéfinie. R. Bl. Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 8 94 Séance du 8 Avril 1895 PRÉSIDENCE DE M. E.-L. BOUVIER, VICE-PRÉSIDENT. M. le professeur Léon Vaillant, président, s'excuse de ne pou- voir assister à la séance. M. Portevin, élu membre de la Société à la précédente séance, remercie de son admission. M. J. Guiart présenté à la précédente séance, est élu membre de la Société. La Société délègue M. le D r H. H. Field pour la représenter à la réunion de la Société allemande d'anatomie, qui doit se tenir à Bàle du 17 au 21 avril. NOTE SUR DIVERS FRAGMENTS D'UN CÉPHALOPODE : ALLOPOSUS MOLLIS VERRILL, par le D r Louis JOUBIN. Dans la Réunion générale annuelle de la Société Zoologique de France, le 2$ février 1895, M. J. de Guerne a fait une intéressante communication sur un Céphalopode rare et peu connu, Alloposus mollis Verrill, dont il a pu examiner et dessiner, sur un échantillon frais, la partie supérieure, au cours de la campagne de 1887 faite par S. A. S. le prince de Monaco, à bord de V Hirondelle. Ayant été chargé de faire la description de la collection des Céphalopodes de l'Hirondelle, j'ai eu à examiner ce même échantillon conservé, et les fragments d'un autre individu de la même espèce; j'y ai fait quelques constatations qui me paraissent mériter une mention particulière. Je ne donne pas ici les mesures du fragment le plus important. L'alcool a tellement contracté ces tissus mous et gélatineux, que les dimensions prises sur l'échantillon dans l'état actuel ne doivent correspondre en rien à ce qu'était l'animal frais. Il me paraît même probable que les manipulations nécessitées par le dessin et l'étude ont dû considérablement modifier certains rapports. Quoiqu'il en soit à cet égard, voici ce que l'on peut observer sur la couronne tentaculaire, coupée au ras des yeux, qui constitue le fragment principal : SÉANCE DU 8 AVRIL 18U5 95 Los plus grandes ventouses sont celles du deuxième bras, de la cinquième à la neuvième à partir de la bouche. Ces ventouses, profondément enfoncées dans le tissu gélatineux, ont une ouverture festonnée ; elles sont très creuses et à fond plat. Le pourtour de la bouche forme un orifice étroit, entouré lui aussi d'une membrane festonnée, de sorte qu'il ressemble à l'une des ventouses des liras. La radula n'avait point encore été figurée. Je l'ai étudiée, et on en trouvera un dessin original dans la publication in extenso des Céphalopodes de Y Hirondelle, qui paraîtra prochainement. Elle ne diffère d'ailleurs que par des détails peu importants des radulas des autres Octopodes. Je donne dans la même publication une figure des mandibules cornées, qui n'ont pas jusqu'à ce jour été repro- duites daus les rares ouvrages où il est question du genre A lloposus; ces orgaues sont petits par rapport à la grande dimension du Céphalopode. Les glandes salivaires sont très développées ; elles étaient adhé- rentes au bulbe buccal ; elles sont remarquables par la grande prépondérance du tissu actif sur le squelette conjonctif. La peau est particulièrement intéressante chez ces Céphalopodes. Elle présente une disposition spéciale du tissu conjonctif qui donne à l'animal l'aspect et la consistance gélatineuse signalés par M. de Guerne. Entre deux couches musculaires horizontales s'élèvent de nombreuses colonnes musculaires, très grêles et très hautes, ramifiées à leur base et à leur sommet, noyées dans une masse épaisse de matière transparente. Dans ce dernier tissu on observe des cellules isolées et d'innombrables filaments élastiques, contournés en spirales à tours très serrés. Quand on opère des trac- tions sur des fragments de ce tissu, on étire les filaments, dont les tours s'écartent les uns des autres. Ce tissu est tout à fait spécial à ces Céphalopodes ; il rappelle par certains points la masse de gélatine de l'ombrelle des Méduses, mais les fils spirales élastiques et les colounes musculaires établissent une différence entre les deux types. Quelques autres morceaux de membranes et de peau présentent une structure analogue. Il serait très intéressant de voir si les viscères sont aussi modifiés en vue de la « gélatinisation », mais malheureu- sement ils faisaient totalement défaut dans les fragments observés. Ces caractères histologiques ne me semblent pas avoir d'analogue chez d'autres Céphalopodes; c'est pourquoi j'ai pensé qu'ils méritaient une mention spéciale. On en trouvera des figures dans les Céphalopodes de l'Hirondelle. 96 SÉANCE DU 8 AVRIL 1895 DESCRIPTION D'UN NOUVEAU CLADOCERE, BOSM1NOPSIS DEITERSI, n. gen., n. sp. par Jules RICHARD. Parmi les Entomostracés de l'Amérique du Sud, dont M. S. A. Poppe a bien voulu me confier l'étude, il s'en trouve un qui présente un intérêt spécial à cause de ses affinités avec le genre Bosmina, si répandu partout. Il a été recueilli dans l'eau douce à La Plata (Buenos Ayres) par M. Deiters, à qui j'ai le plaisir de dédier ce Crustacé en lui donnant le nom de Bosminopsis Deitersi. Voici la description accompagnée de dessins de l'unique exem- plaire femelle ovigère qu'il m'a été donné d'examiner. Longueur totale, du som- met de la tête à l'extrémité postérieure des valves, mm 46. Largeur maxima, mm 31. Longueur de la tète (du sommet de la tète au bord antérieur des valves), mm 14. Par sa forme générale B. Deitersi rappelle l'aspect bien connu des Bosmina. Le corps est globuleux. La tête forme environ un tiers de la lon- gueur totale. Il y a une im- pression très nette au bord dorsal entre la tète et les valves (fig. 1). La tète rappelle beaucoup celle des Bosmina, elle se prolonge du côté ventral en un rostre très long, terminé par les antennes de la première paire qui sem- blent le continuer directement. A peu près au milieu de la distance qui sépare la face ventrale de l'œil de la naissance du dernier arti- cle des antennes antérieures on voit une soie (paire) au bord anté- rieur du rostre. C'est l'homologue de la soie frontale des Bosmina. Les antennes antérieures immobiles, insérées sur le rostre, paraissent formées de deux articles. Le premier est deux fois plus long que le dernier. Vu de côté (fig. 2) il paraît subcylindrique, plus atténué à son extrémité distale; vu d'en haut (fig. 3) il est Fig. 1 . — Bosminopsis Deitersi, n. g., n. sp. X 145. Les antennes postérieures ont été enlevées. SÉANCE DU 8 AVRIL lSD.'i <>7 dilaté du côté interne, surtout dans sa partie basilaire, et son bord interne présente des incisures qui rappellent les séparations des articles des antennes antérieures des Bosmina. Le dernier article est allongé, pyriforme; son extrémité est terminée en pointe. Je n'ai pu observer de soies sensorielles. La tête forme à sa partie antérieure une saillie arrondie dans Fig. ■> Bosminopsis Deitersi. — Antenne antérieure et rostre vus de côté. X 465. Fig. 3. — Bosminopsis Deitersi. — Antennes antérieures et rostre vus d'en haut. X 375. laquelle se trouve l'œil qui est assez gros et muni de lentilles crystallines arrondies assez nombreuses et bien dégagées du pig- ment. Il n'y a pas de tache oculaire. La fornix est très courte, quoique bien nette. Le labre est bien développé, à peu près rectangulaire, sur l'animal vu de côté. Les antennes postérieures sont faibles, peu développées, comme chez les autres Bosminides. Les deux branches ont trois articles. Chaque branche porte trois soies apicales. Il y a en outre une longue soie au premier et au deuxième article de la branche ventrale. Les valves de la carapace, vues de côté, sont cordiformes et enveloppent complètement le corps. Leur largeur maxima est située un peu avant le premier tiers de leur longueur, c'est-à-dire vers le milieu de la longueur totale de l'animal. Le bord dorsal, convexe, se termine en arrière en formant avec le bord postérieur, et à peu près sur la ligne médiane du corps, une saillie arrondie. Le bord ventral, très peu convexe, paraît lisse. En regardant de près (fig. 1) on y remarque huit ou neuf dents extrêmement petites et peu apparentes. Le bord ventral finit à une sorte de petit mucron sans lequel il se confondrait avec le bord postérieur. Ce petit mucron 98 SÉANCE DU 8 AVRIL 1895 représente le prolongement généralement assez développé chez les Bosmina (en particulier chez B. bohemica Hellich) mais qui peut aussi faire défaut dans ce même genre. Un peu plus loin, on trouve une petite soie. Je n'ai pu observer une réticulation de la carapace. Il ne m'a pas été possible non plus de compter le nombre de paires de pattes sur l'unique individu observé. Le tube digestif est direct, sans circonvolutions et sans caecums, comme chez les Bosmina. L'abdomen ne présente pas de prolongement dorsal marqué, pour l'occlusion de la cavité incuba- trice, mais seulement une saillie obtuse. Les soies abdominales sont très courtes. Le postabdomen diffère nota- blement de celui des Bosmina. Il n'est pas tronqué carrément, mais arrondi, et les dents sont disposées d'une façon très diffé- rente. La griffe terminale est lisse aiguë et relativement courte. On trouve ensuite entre elle et l'orifice anal, d'abord une dent très semblable à la griffe terminale mais un peu plus courte, puis quatre ou cinq très petites dents, en une rangée, et dirigées contre la griffe terminale. Enfin vient l'anus. La moitié distale de son bord est garni d'une raugée de très petites deuts, au nombre d'environ une douzaine. L'unique exemplaire observé était une femelle portant quatre œufs dans la cavité incubatrice. J'ai donné à ce genre le nom de Bosminopsis à cause des caractères communs qu'il partage avec le genre Bosmina, caractères qui apparaissent immédiatement. La structure des antennes antérieures, le nombre des articles des antennes postérieures, et la structure du postabdomen, etc., présentent des différences qui justifient ample- ment la création d'un genre nouveau. La famille des Bosminidœ, qui n'était représentée jusqu'ici que par les Bosmina, compte donc désormais deux genres bien distincts. Fig. 4. — Bosminopsis Deitersi. — Postabdomen. X 465. SÉANCE DU 8 AVRIL 1893 99 DESCRIPTION D'UiNE NOUVELLE ESPÈCE DE GORDIEN DE LA CHINE, par Lorenzo GAMERANO, Professeur à l'Université de Turin. M. le professeur Raphaël Blanchard a eu l'amabilité de m'envoyer un flacon de Gordiens de la Chine recueillis par le R. P. Mouton, missionnaire au Kiang Nan, aux environs de Ho Chan, province du Ngan Hoei, par 114° long, est (de Paris) et 31 à 32° lat. nord. Ces Gordiens lui avaient été remis par le R. P. de Joannis, membre bien connu de la Société entomologique de France. Ils appartiennent à une nouvelle espèce du genre Chordodes. Chordodes Moutoni, nova species. 1 exemplaire cf Longueur 310 mm Largeur l mm 1 exemplaire cf Longueur 150 mm Largeur l mm 1 exemplaire 9 Longueur 320 mm Largeur Imm8 1 exemplaire 9 Longueur 250 mm Largeur Imm5 L'extrémité antérieure est amincie, mais pas très effilée. Chez la femelle, l'extrémité postérieure est arrondie et séparée du corps par un rétrécissement très prononcé. Chez le mâle, l'extrémité posté- rieure est amincie et présente un sillon ventral, médian, court, délimité par des crêtes divergentes. L'orifice cloacal de la femelle est terminal ; celui du mâle est situé dans la partie supérieure du sillon ventral, à peu près à un demi-millimètre de l'extrémité de l'animal. Les femelles examinées dans l'alcool sont de couleur brun foncé, presque noires et d'apparence veloutée ; examinées hors de l'alcool, elles paraissent encore plus foncées et présentent le long du dos et le long du ventre une bande jaunâtre qui, examinée avec une loupe, paraît constituée par plusieurs pinceaux de prolonge- 100 SÉANCE DU 8 AVRIL 1895 ments piliformes, rapprochés. Les mâles dans ,1'alcool sont noir velouté; examinés hors de l'alcool, ils ne présentent pas les deux bandes jaunâtres susdites. La calotte blanche est à peine distincte. L'orifice cloacal de la femelle est entouré d'un espace plus clair. La couche cuticulaire extérieure présente plusieurs sortes d'a- réoles papillaires : 1° Aréoles (larges de 7 à 10 et 12 [/.) assez relevées, à contour légère- ment festonné, qu'on peut réunir en plusieurs groupes, c'est-à-dire : aréoles petites, peu relevées, plus claires que les autres, dépourvues de canal intérieur, pleines de substance réfringente et dépourvues de prolongements extérieurs; aréoles plus relevées et obscures, avec un petit canal intérieur plein de substance réfringente ; aréoles pourvues d'un prolongement transparent, conique, un peu recourbé et bien évident (largeur 15 [/. environ). Ces dernières aréoles sont relativement très nombreuses et disposées çà et là parmi les autres. Les aréoles papillaires que je viens de mentionner sont très rapprochées entre elles, de manière que, examinées au microscope, leur contour paraît polygonal. Dans le sillon étroit qui les sépare, on observe çà et là quelques petits prolongements réfringents. 2° Aréoles brun foncé, plus hautes que les précédentes, qui se réunissent autour des grosses aréoles papillaires suivantes. 3° Aréoles papillaires ayant presque 17 \j. de largeur, réunies par couples et entourées par les aréoles papillaires précédentes, de manière que leur ensemble forme une sorte de proéminence très marquée. Elles portent de nombreux prolongements plus ou moins longs. Chez la femelle, ces prolongements deviennent très longs dans la région médiane longitudinale du dos et du ventre, de manière que ceux qui appartiennent à un groupe s'entrelacent avec ceux des groupes voisins (bandes jaunâtres susdites). La coloration, la forme de l'extrémité postérieure du mâle et l'ensemble de la structure de la cuticule, distinguent cette espèce des espèces proches qui appartiennent au genre Chordodes. Un mâle et une femelle ont été donnés par M. R. Blanchard au Musée zoologique de l'Université de Turin; un autre couple a été donné au Muséum de Paris. 101 Séance du 23 Avril 1895 PRÉSIDENCE DE M. LE PROFESSEUR L. VAILLANT, PRÉSIDENT. M. K. Blanchard s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. M. le Président annonce à la Société le décès de M. le comte Léopold Hugo, membre fondateur et donateur. M. Hérouard fait connaître aussi la mort imprévue de M. Michel Costes, à l'âge de 31 ans. M. L. C. Cosmovici adresse un exemplaire de sa photographie pour l'album de la Société. M. le Président présente les félicitations de la Société à M. E. L. Bouvier, vice-président, promu Officier de l'Instruction publique, et à M. Ch. Janet, nommé Otticier d'Académie à l'occasion du Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne;à M. L. Huet, promu Oflicier de l'Instruction publique, et à M. Ed. Hérouard, nommé Officier d'Académie à l'occasion du centenaire de l'Ecole normale supérieure. En l'absence de M. J. de Ouerne, retenu par une indisposition, M. J. Richard offre à la Société, de la part de S. A. le prince de Monaco, le fascicule VIII des Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht par S. A. le Prince Albert I er de Monaco. Dans ce travail, récemment paru, notre collègue, le D 1 E. Jourdan, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, étudie les Zoauthaires provenant des campagnes du yacht fHirondelle. Son mémoire, accompagné de planches coloriées, renferme la descrip- tion de deux espèces nouvelles : Caryophylla margaritata et Stephano- trochus crassus. D'autres y sont figurées pour la première fois. Ce fascicule est digne à tous égards de ceux qui l'ont précédé et la Société Zoologique ne peut que remercier une fois de plus S. A. le Prince de Monaco d'avoir bien voulu l'offrir à la bibliothèque. M. le Président prie M. Richard d'exprimer à S. A. le Prince de Monaco les remerciements de la Société. MM. R.Blanchard et L. Vaillant présentent M. le D r Peter Olsson, lector, chevalier de l'Etoile polaire, à Ôstersund (Suède) ; et M.Percy Sherborn SELOus,à (ireenville, Michigan (Etats Unis). MM. Railliet et R. Blanchard présentent M. Martel, répétiteur de zoologie à l'Ecole vétérinaire, à Alfort (Seine). 102 SÉANCK DU 23 AVRIL 1895 MM. Cosmovici et Blanchard présentent M. Michel Tomida, licen- cié ès-sciences naturelles, assistant au laboratoire zoo physiologique de l'Université, Sàràrie, à Jassy (Roumanie). MM. Bouvier et Richard présentent M. Amaudrut, professeur d'histoire naturelle au lycée, à Vesoul (Haute-Saône). MM. Paràtre et Rollinat présentent M. Paul Delouche de Pémoret, propriétaire, au château des Crubliers, commune d'Arthon (Indre). MM. Bouvier, Blanchard et de Guerne présentent M. Eugène Caustier, professeur d'histoire naturelle au lycée de Versailles, 50, boulevard de Port-Royal, à Paris. M. Paratre annonce que, conformément au vœu émis sur sa proposition par la Société, dans sa Réunion générale du 28 février dernier, M. le Ministre de l'Intérieur vient d'interdire la destruction des petits Oiseaux dans l'Indre et les départements voisins. SUR QUELQUES CRUSTACÉS PHYLLOPODES DE LA BASSE-CALIFORNIE, par Jules RICHARD. M. le Professeur A. Milne Edwards a bien voulu me confier l'étude des Phyllopodes recueillis en Basse-Californie et déposés dans les collections du Muséum d'histoire naturelle par M. Diguet, qui m'a donné, d'autre part, des renseignements utiles pour ce travail. Jusqu'à présent, le seul Phyllopode signalé, à ma connaissance, dans la presqu'ile de Californie, est Apus lucasanus Packard, du cap San Lucas. M. Diguet y a recueilli les espèces suivantes qui repré- sentent les trois grandes familles de Phyllopodes : Artemia gracilis Verrill. Apus œqualis Packard. Estheria compleximanus Packard. Estheria Digue ti, n. sp. Cette dernière espèce est seule nouvelle pour la science. Les autres présentent de l'intérêt au point de vue de la distribution géographique en montrant l'extension de certaines formes. Les deux premières espèces ont été trouvées dans des îles de la côte orientale de la presqu'île; les deux dernières ont été prises ensemble dans la presqu'ile même. SÉANCE DU 23 AVRIL 1895 103 Artemia gracilis Verrill. Artemia gracilis Verrill (69), p. 248, 1869. Artemia gracilis Packard (83), p. 330 ; pi. VIII, fig. 1-5, pi. XXIII, fig. 3, 5 et fig. 17-18 du texte. Les très nombreux exemplaires recueillis par M. Diguet, dans les salines de l'île San José (golfe de Californie), ne sont pas encore arrivés au terme de leur maturité sexuelle. Ils ne dépassent pas en général 5 mm de longueur. Je n'ai vu aucune femelle ovigère. Les mâles sont beaucoup plus rares que les femelles. La longueur des cercopodes est assez variable; chez certains exemplaires ils sont deux fois plus longs que larges, chez d'autres la longueur dépasse beaucoup moins la largeur. Artemia gracilis est aussi variable que l'espèce européenne (.4. salina) à laquelle elle ressemble beaucoup. Packard l'a étudiée avec soin et je renvoie à son Mémoire sans insister davantage sur les exemplaires encore jeunes de l'île San José qui présentaient une couleur rouge vif, d'après les observations de M. Diguet. Artemia gracilis, signalé en différents points des Etats-Unis et notamment dans le grand lac salé de l'Utah et à New- Haven, n'était pas encore connu dans la Basse-Californie. Apus œqualis Packard. Apus œqualis Packard (83), p. 320, pi. XV, fig. 1,1a, lb. Sept exemplaires femelles de cette espèce ont été recueillis, après la pluie, dans une flaque d'eau de l'île d'Espiritu Santo (golfe de Californie). Ces individus répondent assez bien à la description et aux dessins de Packard. Une étude minutieuse montre quelques variations dans les rapports des différentes parties. Le tableau suivant permet de s'en rendre compte. C'est ainsi par exemple que les épines centrales de la face supé- rieure du telson, qui, chez cinq des spécimens, ont la disposition qu'on trouve chez Apus œqualis typique, se présentent chez les deux autres avec la disposition donnée pour Apus Newberryi Packard. Mais les autres caractères réunis montrent qu'il s'agit bien de .4. œqualis. h'Apus œqualis auquel se rapporte la dernière colonne du tableau est encore jeune, le nombre des segments du corps est plus petit que d'ordinaire, bien que la carapace ait acquis son développement complet. Packard a déjà signalé un cas analogue pour la même 104 SÉANCE DU 23 AVRIL 1895 espèce (83, p. 321). Remarquons que nos exemplaires, quoique femelles, correspondent mieux aux indications données par Packard pour les mâles qu'à celles données pour l'autre sexe. Peut-être faut-il mettre cela sur le compte des variations auxquelles ces animaux paraissent assez sujets. Longueur totale du corps (sans les mm 28 mm 28 mm 30 mm 26 mm 26 mm 27 mm 22 Longueur de l'extrémité de la tête à l'extrémité de la carène médiane. 16 16 17 14 15 15 15 Longueur de la carène dorsale . . 11 11 11 10 11 10 10 Longueur de l'extrémité antérieure de la carène à l'extrémité anté- 5 5 6 5 5 5 5 Longueur des cercopodes. ... 17 22 ? 18 16 16 •? Nombre des segments visibles à partir de l'extrémité postérieure 23 12 atte 22 11 nt le U 20 10 dson 22 9 ? 22 12 o 21 9 14 9 ? Nombre des segments sans appen- Extrémité du plus long flagellum des pattes de la 1" paire .... Nombre de dents de chaque côté du 18-19 18-20 1 20-22 brisé 19-21 18-19 20-24 18 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Apus œqualis n'était guère connu jusqu'ici qu'aux États-Unis (Kansas, Texas) et au Mexique (Matamoros). Une seule espèce était jusqu'ici connue dans la Basse-Californie (Apus lucasanus Packard, du cap San Lucas (1). Estheria compleximanus Packard. Estheria compleximanus Packard (83), p. 305, pi. V.fig. 1-7, pi. XXIV, fig. 8, 10, pi. XXV, fig. 6. Coquille deux fois plus longue que large, oblongue, peu épaisse. (1) M. Salle a recueilli Apus œqualis à Mexico, les exemplaires font partie des collections du Muséum de Paris (86, p. 447, note 1). SÉANCE DU 23 AVRIL 1895 105 Umbo très petit situé au premier sixième de la longueur du bord dorsal qui est long et droit. Partie postérieure de la coquille pas plus large que l'antérieure, bord ventral peu convexe. On compte 12 à 13 stries d'accroissement. Tète terminée en un rostre large dont l'extrémité arrondie se prolonge en une pointe aiguë assez longue, généralement retroussée en avant. Packard ne parle pas de cette pointe dans sa description, il se peut qu'elle fasse quelquefois défaut, peut-être par accident. J'ai vu un seul exemplaire femelle qui en était dépourvu. Le bord de la carapace est garnie de cils courts et serrés, et dont la longueur et la gracilité augmentent vers la partie antérieure. Cbez la plupart des iudividus, les stries d'accroissement sont garnies plus ou moins irrégulièrement de cils semblables plus courts et plus écartés, qui manquent surtout aux endroits les plus saillants (usure ou cbute par frottement). Les stries sont très serrées dans la partie préumbonale, elles sont très espacées dans la partie moyenne de la coquille; mais le long du bord libre les deux ou trois dernières stries sont beaucoup plus rapprochées. Les antennes antérieures présentent environ 15 saillies portant des organes sensoriels courts quoique bien distincts. La rame dorsale (plus longue) des antennes postérieures a 14 articles, l'autre en a 13. La première paire de pattes est semblable à celle que Packard a figurée (83, p. 306, fig. 8). Le postabdomen présente à son bord dorsal de nombreuses dents subégales (35-40). La griffe terminale mobile porte presque jusqu'à son extrémité une série longitudinale d'épines barbelées le long de son bord dorsal. Les exemplaires rapportés par M. Diguet proviennent de l'arroyo de la Purissima (Basse-Californie). 11 y avait 37 femelles presque toutes ovigères et mâles. Les dimensions étaient en moyenne les suivantes : Longueur de la coquille. . 6 mm 5 Largeur 3«"»2 Epaisseur totale environ. . 2 mm Ces dimensions sont notablement inférieures à celles qu'indique Packard (long. U mm , larg. () mm , épaisseur 2 mm 5) pour les spécimens du Kansas, qui étaient peut-être plus âgés. Estheria complejcimanus parait n'être connu jusqu'à présent que dans cette dernière contrée. Estheria Digueti, n. sp. ? Estheria Newcombi Baird (66), p. 122, pi. XII, fig. 2. Coquille ovale (fig. 1), épaisse, couleur d'ambre. La largeur égale 106 SÉANCE DU 23 AVRIL 1895 Fig. 1 E. Digueti, valve gauche X 8,3. environ les deux tiers de la longueur. L'umbo est très convexe, saillant et oblique sur le bord dorsal au niveau du premier quart de la longueur de la coquille qui est plus large en avant qu'en arrière. Le bord dorsal postumbonal droit, s'arrêtant au niveau du dernier quart de la longueur de la coquille. La coquille a 15 ou 16 stries d'accroissement, régulièrement espacées, saillantes, plus serrées dans la partie préumbonale. Pas de cils ni d'épines sur le bord libre de la carapace ni sur les stries. Vu à un fort grossissement, l'intervalle entre deux stries est formé d'un réseau continu à mailles extrêmement petites, ovales, arron- dies ou punctiformes dont les dimensions ne dépassent le plus souvent pas l'épaisseur des lignes de la trame qui les circonscrit. En outre, il y a une sorte de réticula- tion élevée et superficielle, plus ou moins régulièrement polygonale. Chacune des mailles de cette réticu- lation renferme un nombre plus ou moins grand des petites mailles du réseau profond, qui apparaît encore sur la surface des lignes d'accroissement très distinctes, de sorte que toute la surface de la coquille est couverte sans interruption du réseau à fines mailles. A un faible grossissement les stries paraissent lisses et les intervalles garnis de petites ponc- tuations disposées par groupes arrondis. Le bord libre de la carapace présente comme un contour finement et obtusément fes- tonné et ressemble ainsi au bord de la coquille de E. Morsei (83, pi. XXIV, fig. 7). Le rostre est très obtus et tronqué presque carrément. Les antennes antérieures ont environ 15 ou 16 saillies portant de petites soies sensorielles très courtes. Les antennes postérieures ont 12 articles à la rame dorsale, qui est un peu plus longue que la ventrale. Celle-ci a 11 articles. Ces articles ont une forme ovoïde, et ont en général 6 longues soies au bord dorsal et 6 épines au bord ventral. Les 7 derniers segments libres de l'abdomen (les 6 derniers chez le mâle) portent du coté dorsal un prolongement impair médian, robuste, en forme de crochet légèrement recourbé. Les soies postabdominales sont courtes. Le postabdomen (Fig. 2) porte à son bord dorsal lia 12 dents assez fortes, irrégulièrement inégales et comprises entre deux dents extrêmes très robustes dont SÉANCE DU 23 AVRIL 1895 107 la distale est plus forte, comme d'habitude. La griffe terminale mobile présente dans sa partie proximale un certain [nombre de longues soies bi-articulées ci- liées, la partie distale (le dernier tiers environ) porte au bord dorsal, des épines courtes assez fortes, dont le plus robuste est la plus proximale. Deux femelles non ovigères et Fi &- *■■-■*• m ^ et l o", postabdomen, un maie ont été recueillis par M. Diguet, à qui je dédie cette espèce, dans une mare de l'arroyo de la Purissima (Basse Californie), en même temps que Est keria c&mpleximanus. Longueur de la coquille 4 mm 8. Largeur .... 3 mm 5. Epaisseur .... 2 mm . Estheria Digueti se distingue nettement des espèces bien connues jusqu'à présent dans l'Amérique du Nord. E. californien Packard a l'umbo peu saillant, le bord dorsal convexe, la coquille est plus étroite en avant qu'en arrière, etc. E. mexicana Claus a des soies au bord des valves et sur les lignes d'accroissement, son rostre est pointu, etc. E. Morsei Packard, E. Belfragei Packard, E. Jonesi Baird ont l'umbo presque central. Par l'aspect seul de la, coquille, E. Digueti ressemble assez à E. melitensis Baird (de Malte), à E. bràsiliensis Baird et à E. Dallasi Baird du Brésil (?) mais le nombre des stries ou d'autres particula- rités permettent de les distinguer. Il peut se faire queE. Digueti soit identique à E. Newcombi Baird. Mais mon avis est que cette identité ne pouvant être établie d'une façon certaine et rigoureuse, il est préférable de séparer, au moins provisoirement, les deux espèces, jusqu'à ce que des recherches ultérieures permettent de résoudre la question soit clans un sens soit dans l'autre. La description de Baird, que je reproduis ci-des- sous, est très courte et ne se rapporte qu'à la coquille de l'animal qui est nettement plus large en avant qu'en arrière (Baird dit : posteriorextremity nearlyas broard as anterior extremity). L'umbo est beaucoup plus saillant et oblique que Baird le représente, les stries d'accroissement sont au contraire moins saillantes. La coquille de E. Digueti est plus globuleuse et sa forme diffère aussi de celle de E. Newcombi telle que la ligure Baird. Cet auteur a représenté aussi la sculpture qui orne la coquille de son espèce 108 SÉANCE DU 2'S AVRIL 1895 sous la forme du réseau fin que j'ai décrit pour E. Digueti, mais, dans son dessin, ce réseau (qui recouvre toute la surface sans inter- ruption chez E. Digueti), ne recouvre pas les lignes d'accroissement qui restent lisses chez E. Newcombi. Baird ne figure pas le réseau superficiel à larges mailles et n'en parle pas non plus. Les exem- plaires examinés de E. Digueti ne dépassent pas o mm de longueur, tandis que les spécimens de Baird (E. Newcombi) mesuraient 12 mm . 11 est regrettable que la comparaison du squelette appendiculaire ne puisse être faite, divers organes, en particulier le postabdomen, fournissant des caractères spécifiques précieux. Voici in-extenso la description de Baird (66, p. 122) : « Carapace oval in shape. Beaks prominent, placed nearanterior extremity. The dorsal marginslopes directly down to the posterior extremity. which is nearly as broad as anterior extremity. Bibs of carapace, about sixteen in number, narrower at the beaks, and becoming broader as the descend towards the ventral margin. The iutervals of the ribs are dotted with punctation, which are small and very numerous,and run into each other so as to produce a sort of runniug patteru.Length nearly 1/2 inch; breadth about 1/4 inch: Hab. California (W. Newcombe, esq. Mus. Brit.) ». Index Bibliographique 66. Baird (W.), Description of tiro neir apecies of Phyllopodqus Crustaceans. Proc. Zool. Soc. Loudon, 1866, p. 122, pi. XII, fig. 2. 83. Packard (A. S.). A monograph of the Phyllopod crustacea of norlh America, with remaries on the order Phyliocarida. Twelfth animal Beport of the United States geological and geographieal Survey of the territories : a report of progress of the exploration in Wyoming and Idaho for the year 1878, parti. Washington, 1883. 86. Simon (E.), Etude sur les Crustacés du sous-ordre des Pkylto- podes, Ann. Soc. entom. de France, décembre 1886. 69. Verrill (A.E.), Description of some new American phyllopod Crustacea. Amer. Journ. se, (2), XLVI11, septembre 1861). Gustave ( otteau Correspondant de L'Institut Président de la Société Zoologique de France en 1869 Décédé le 10 Août 1894 Rrcd 16 J-un 1896 SÉANCE DU 23 AVRIL 1895 109 HO RM ATLANTIC JE. I. — SUR UN FRAGMENT D'ALLOPOSVS MOLLIS VERRILL, RENCONTRÉ PAR LE YACHT L'HIRONDELLE ENTRE L'ESPAGNE ET LES AÇORES, par Jules de GUERNE. Parmi les épaves et les corps flottants de nature organique, animaux ou plantes qui ont toujours été si soigneusement recueillis à bord de Y Hirondelle, figurent, entre autres pièces remarquables, deux fragments volumineux de Céphalopodes. Brièvement signalés par S. A. le prince de Monaco (1), ils ont donné lieu, de la part de Georges Pouchet, aux observations suivantes : « 16 juin 1887. — Pris le long du bord un fragment de grand Poulpe rouge flottant à la surface. On avait vu clans les environs deux Orques. Il est plus probable, cependant, que nous avons sous les yeux les reliefs du repas d'un Cachalot. Les tissus sont d'une friabilité ou plutôt d'une difïluence extrême, se déchirant dès qu'on tente de les sortir de l'eau. Leur ténacité est à coup sûr beaucoup moins grande que celle des tissus d'une Méduse. Plus tard, nous trouverons également à la surface un autre morceau à peu près aussi gros, provenant, selon toute vraisemblance, d'un individu de la même espèce » (2). — « Un de nos compagnons, est-il dit en note, fait remarquer que cette friabilité explique l'insuccès du comman- dant de VAlecton pour embarquer le grand Céphalopode qu'il avait rencontré dans les parages des Canaries. » Ce compagnon, que l'eu Pouchet n'a point daigné nommer, est précisément l'auteur du présent mémoire, celui qui a pris soin sur le navire, non seulement de conserver les objets recueillis dans dif- férents liquides, tous préparés et renouvelés par lui, mais encore d'exécuter, d'après les pièces fraîches, plusieurs aquarelles qui per- mettent aujourd'hui d'établir, avec formes et couleurs, une planche digne de la grande publication entreprise par le Prince (3). (1) « Deux fois, j'ai recueilli, tlottant à la surface, des débris de Poulpe de grande taille ; l'un d'eux comprenant la couronne et le bec, pesait une dizaine de kilogram- mes. » Prince Albert de Monaco, Sur la troisième campagne scientifique de /'Hirondelle. Comptes-rend. Acad. Se, 24 octobre 1887, p. 994. (2) Georges Pouchet, De Lorient à Terre-Neuve. Notes de voyage. Revue scientifique, 15 octobre 1887, p. 494. (3) Une remarque importante doit être faite à ce propos. La planche cokriée représentant Alloposus mollis, et qui m'est due tout eniière, est la seule dont j'accepte la responsabilité, dans le travail de M. Joubin, en qualité de collaborateur, parfaitement désintéressé du reste, choisi par S. A. le Prince de Monaco, pour la partie technique de sa publication. Rull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 9 110 SÉANCE DU 23 AVRIL 4895^ Les Céphalopodes y seront traités par le Professeur Joubin, avec sa compétence habituelle. C'est justement pour compléter par des observations prises sur le vif, les études faites par mon collègue sur l'histologie du Mollusque dont il s'agit, que je transcris ici quelques notes extraites pour la plupart de mon carnet de voyage. Le 16 juin 1887, vers 5 heures du soir, Y Hirondelle se trouvait par 42° 45' 40" de latitude nord et 22° 16' 45" de longitude ouest, à peu près à égale distance du cap Finisterre d'Espagne et du groupe central des Açores, lorsqu'on aperçut le long du bord une masse de couleur rouge que le Prince Albert fut assez heureux pour saisir au passage dans un grand haveneau d'étamine. Amené sur le pont, le corps en question, qui ne pesait pas moins de 10 kilogrammes, fut versé avec le plus grand soin dans une cuve préalablement remplie d'eau et non sans qu'on eut assez longue- ment discuté le point de savoir s'il convenait ou non de la laisser dans l'étoffe qui lui servait de soutien, tant paraissait grande sa fluidité. Je reste convaincu qu'une substance aussi molle, toujours prête à épouser la forme des récipients où elle est placée, traverse- rait les mailles d'un filet ordinaire en se morcelant sous la poussée de son propre poids (1); quoi qu'il en soit, un objet charmant à la fois par sa coloration puissante et par la délicatesse de son tissu, s'étala dans l'eau, balançant au roulis, comme une fleur étrange et colossale, la couronne tentaculaire d'un Céphalopode (fig. 1). Sur un fond d'un gris bleuté transparent se distinguent d'abord les ventouses, bordées d'un liseré jaune et s'enfourant comme dans des boutonnières de consistance trop faible pour les soutenir. Autour de celles-ci, apparaît un pointillé rouge pourpre orange ou Inique dû aux chromatophores de plus en serrés à mesure qu'on s'éloigne du centre et qui donnent aux bras une couleur rouge presque uniforme et très foocée. Ces bras, au nombre de huit, sont de dimensions fort inégales ; une membrane les réunit à la base et remonte assez haut le long de chacun d'eux vers leurs extrémités terminées en pointes mousses. La pièce que nous avons sous les yeux est d'une fraîcheur absolue; aucune espèce de contraction ne peut toutefois y être provoquée, mais je remarque l'aspect tordu, très particulier des bras les plus longs comme pouvant résulter de la mort violente de l'animal, coupé sans doute par un grand Cétodonte ou quelque gros (t) Cela me fait croire que les casiers ramèneraient bien difficilement à la surface des Céphalopodes semblables, à supposer qu'ils pénètrent jamais dans un piège quelconque. SÉANCE DU 23 AVRIL ISi».'» 111 Fig. 1. — Alloposus mollis, couronne tentaculaire vue par dessus, d'après une esquisse faite sur nature à bord de Y Hirondelle, par M. Jules de Guerne. Cette figure est très fortement réduite. 112 SEANCE DU 16 AVRIL 1895 Poisson. La section a eu lieu exactement entre les yeux, non conservés, et le bulbe pharyngien qu'un examen plus attentif fait découvrir au fond de l'espèce de cornet constitué parla membrane tentaculaire. Les notes de couleur étant prises, l'objet fut aussitôt placé dans l'alcool, pour être durci, telle était la crainte de voir tomber en diffluence cette gelée sans consistance et que le moindre attou- chement déchirait. C'est pourquoi, d'ailleurs, je réclame aujourd'hui l'indulgence de ceux qui regretteront de ne pas trouver ici les dimensions de la pièce fraîche. On n'osait y toucher et le roulis aidant, l'essai de mesure plusieurs fois tenté dans l'eau, fut abandonné. J'estime que dans l'alcool, le volume de ce fragment de Céphalopode a diminué des deux tiers. Son poids, indiqué comme étant de 10 kilogrammes au sortir de l'eau, n'est plus aujourd'hui que de 780 grammes, après un séjour de sept années environ dans l'esprit de vin. Voici quelles sont actuellement les dimensions des parties prin- cipales de cette fleur fanée, triste conserve de musée, racornie et méconnaissable pour ceux qui ont eu la bonne fortune de l'admirer fraîche (1). DIMENSIONS EN MILLIMÈTRES Longueur du premier bras comptée depuis la lèvre. . » du deuxième » » ... » du troisième » » ... » du quatrième » » ... Hauteur de la membrane interbrachiale (ligne dorsale) . » » » (ligne ventrale) . . Hauteur de la membrane entre le premier et le deuxième bras » » » deuxième et le troisième bras » » » troisième et le quatrième bras Circonférence du premier bras au point où s'arrête la membrane Nombre de ventouses, depuis le bec jusqu'à l'extrémité du 1 er bras » » » » » du 2 e bras » » » » » du 3 e bras » » » » » du 4 e bras Diamètre des ventouses les plus grandes e:o 430 260 200 180 110 170 14U 140 70 130-132 93 64-70 00-63 12 Comme le dit M. Joubin (2), les ventouses les plus grandes sont celles du deuxième bras, de la cinquième à la neuvième, à partir (1) Toutes les mesures publiées ici ont été prises par moi-même ; on les retrou- vera dans le mémoire in extenso de M. Joubin, dont les chiffres ont été rectifiés d'après les miens. J'indique aussi le nombre des ventouses, ce que M. Joubin avait omis de faire. (2) Bull, de la Soc. Zool. de France, XX, p. 95, lSUi>. Hecd 16 Jnn 1896 SÉANCE DU 23 AVRIL 1895 113 île la liouche. Ces ventouses De produisent aucune saillie che l'animal frais; aussitôt après la mort, elles soot ovalaires, creuses, à fond presque plat ; j'en ai trouvé la cavité remplie d'abondantes mucosités; le bord en est légèrement festonné ou plissé. Toutefois, l'alcool semble avoir exagéré cet aspect, de même que son action a produit, à l'extrémité distale des bras, de petites nodosités globu- leuses résultant du durcissement de la partie musculaire des ven- touses, nombreuses et serrées en ces endroits. La lèvre forme un orifice circulaire étroit, entouré lui aussi d'une membrane d'apparence festonnée (l'aspect plissé a été exagéré sur la lîg. 1), de sorte qu'il ressemble à l'une des grandes ventouses. La membrane de l'ombrelle ne saurait être étalée sans rupture sur un plan horizontal et l'ensemble présente la forme d'un cornet assez profond (1), cornet véritable à ouverture oblique, de telle façon que la bouche serait loin d'occuper le centre de l'ombrelle déchirée et aplatie. La distance qui la sépare du bord libre de la membrane est d'un tiers environ plus courte du côté ventral que du côté dorsal. Le bec (fig. 2) est fort petit relativement aux dimensions du Mollusque; j'en donne un excellent dessin exécuté d'après nature. Je reproduis également (fig. 3), après avoir pris soin de la compléter, la figure d'une série de dents de la radula, d'après uncroquis emprunté à l'une des planches du D 1 ' Joubin. On se reportera du reste au travail de cet auteur pour tous les détails anatomiques et histologiques qu'a pu fournir l'étude de la pièce ci-dessus et d'autres morceaux d'un intérêt moindre au point de vue zoologique. A part la coloration jaune, déterminée par le bichromate de potasse, c'est la liqueur de Millier qui semble avoir conservé aux fragments du Céphalopode en question l'aspect qui se rapproche le plus de l'état naturel (2). Fig. 2. — Bec vu de profil, de grandeur naturelle: dessin d'après nature. (1) Une Campanule, dont l'animal vivant avait du reste presque la couleur en certaines de ses parties, s'il est permis de continuer la comparaison de ce débris avec une fleur. (2) L'emploi du formol donnera sans doute des résultats excellents pour la con- servation d'animaux semblables. Il faudra toutefois prendre soin de les diviser en fragments pour que le liquide puisse pénétrer dans toutes leurs parties. 114 SÉANCE DU ±'-\ AVRIL 1895 Il n'existe aucun doute sur la détermination de l'espèce à laquelle appartient la couronne tentaculaire décrite ci-dessus. Mes dessins et mes notes m'avaient permis d'y arriver immédiatement, à l'aide du travail classique de Verrill. Tous ses caractères concordent avec ceux d'Alloposus mollis, décrit pour la première fois par ce naturaliste (1). La pièce provient d'une femelle adulte, analogue ou même supé- rieure par son poids et par ses dimensions aux deux spécimens décrits par le zoologiste américain. Ceux-ci ont été pris au large du Fig. 3. — Une série de dents de la radula, figure complétée d'après M. L. Joubin ; fort grossissement. Martha's Vineyard Sound par les profondeurs de 368 et de 50G brasses (673 et 924 mètres). Je suis d'ailleurs porté à croire que les spécimens en question ne viennent pas du fond, mais qu'ils ont été rencontrés en pleine eau par le filet, à la montée. Alloposus mollis ne semble pas être rare sur la côte des Etats- Unis, où Verrill en cite de nombreuses captures, mais c'est la première fois qu'il est signalé aussi loin dans l'Ouest et cela donne à penser qu'on le trouvera quelque jour au voisinage de l'Europe. Faibles et petits en comparaison des géants du groupe, les Archi- teulhis, si bien étudiés après Verrill, par mes amis F. A. Chaves et A. A. Girard, ces grands Octopodes sont encore cependant des morceaux de cboix pour les Cétodontes, qui les poursuivent sans relàcbe et viennent parfois très à propos les mutiler sur la roule des zoologistes voyageurs. (1) La diagnose originale du genre Alloposus a été publiée par Verrill dans un travail intitulé : Notice of the reinurkuble marine fauna occupying the ouler banks of the soulhern coast ofNew England et qui a paru en novembre 1880. dans Amer. Journ. of Se. ar.d Arts, vol. XX, p. 393. Tous les mémoires posté- rieurs de Verrill reproduisent celte première description ; les figures données par l'auteur dans le Bull, of Mus. Comp. Zool. Cambridge, 1881, Transact. of Con- neclicut Acad. of Arts and Se., vol. V, 1882, et Rep. of V. S. Fish Commis., 1879 (1882), sont également tous les mêmes, ainsi que j'ai pu m'en assurer. ii:; Séance du 14 Mai 1895 PRÉSIDENCE DE M. DAUTZENBERG, ANCIEN PRÉSIDENT M. le professeur Vaillant, président, et M. H. Pierson, archi- viste-bibliothécaire, s'excusent de ne pouvoir assister à la séance. M. le professeur P.- S. de Magalhàes, de Rio de Janeiro, et M. le D 1 Peytoureau, de Bordeaux, assistent à la séance. M. L.-B. de Kerhervé, retenu hors de Paris la majeure partie de l'aunée pour raisons de santé, prie la Société d'accepter sa démission de Secrétaire. Cette démission est acceptée. M. le Secrétaire général se fait l'interprète du sentiment unanime de la Société en exprimant à M. de Kerhervé le vif regret que lui cause cette détermination. Il exprime l'espoir que, sa santé s'amé- liorant promptement, M. de Kerhervé reviendra parmi ses confrères. La Société lui est très reconnaissante du dévouement dont il a toujours fait preuve à son égard et qu'elle sait lui être encore acquis pour l'avenir. M. Schlumberger offre à la Société, de la part de Mademoiselle Israël, tante de l'auteur, le livre de M. Ed. FoÀ sur ses grandes chasses dans l'Afrique centrale. Cet ouvrage présente un grand intérêt au point de vue zoologique, par les descriptions et les nom- breux dessins qu'il contient et qui se rapportent surtout aux .Mammifères. M. de Guerne fait remarquer qu'en dehors de ce qui concerne les grands animaux, le livre de M. Foà renferme des documents très intéressants sur d'autres sujets, en particulier sur la trop célèbre .Mouche tsétsé, sur les Termites, etc. MM. Amaudrut, Caustier, Delouche de Pémoret, Marotel, Olsson, Selous et Tomida, présentés à la précédente séance, sont élus membres de la Société. MM. Blanchard, de Guerne et Moniez présentent M. le D r Henri Fockeu, chef des travaux pratiques d'histoire naturelle à la Faculté de médecine, inspecteur du travail dans l'industrie, 34, rue Barthé- lémy Delespaul, à Lille (Nord). MM. Vaillant et Blanchard présentent M. Nicolas Nassonov, professeur de zoologie à l'Université de Varsovie (Russie). MM. Alluaud et de Guerne présentent M. Maurice Noualhier, à Puymaud, par Nieul (Haute-Vienne). 116 SÉANCE DU 14 MAI 1895 En présentant le premier fascicule des Mémoires pour l'année 1895, M. le Secrétaire général attire l'attention sur l'important travail de M. Ch. Janet. En raison de sa longueur, l'auteur a fait don à la Société de tous les clichés et d'une somme de 200 francs. M. le Président remercie M. Janet de sa générosité. C'est grâce à des libéralités de cette sorte, ainsi qu'à la prudente administration du Secrétaire général et du Trésorier, que la Société, dont le budget est restreint, peut néanmoins publier chaque année un gros volume de Mémoires, dont l'exécution matérielle va sans cesse en s'amélio- rant, et réaliser d'autre part des réformes considérables, telles que celle de la substitution du papier de pur chiffon au papier de bois précédemment employé, qui a marqué le début de cette année. Les membres parisiens du Comité permanent du Congrès inter- national de zoologie se sont réunis le 13 mai, sous la présidence de M. A. Milne-Edwards. Il a été décidé que le Trésorier de la Société Zoologique de France serait chargé de recueillir les souscriptions au Congrès de Leyde, dont le prix est de 25 francs. Une circulaire sera adressée ultérieurement aux zoologistes français. Mais on peut d'ores et déjà adresser le montant de sa coti- sation, d'une façon impersonnelle, à M. le Trésorier de la Société Zoologique de France, 7, rue des Grands-Augustins, à Paris. Dans le cours de la séance, un certain nombre d'adhésions ont été recueillies. Le Congrès s'annonce comme devant réunir un grand nombre de Français. M. le professeur P. S. de Magalhàes présente à la Société diverses larves de Dermatobia, connues au Brésil sous le nom de Berne et extraites de la peau de l'Homme et de différents animaux. Il pré- sente notamment un Berne de grande taille, provenant d'un Bœuf de l'Etat de Sào Paulo. L'exemplaire en question appartient à ce type larvaire que M. R. Blanchard, dans ses recherches sur les Diptères parasites (1), décrit sous le nom spécial de Berne ou Torcel, faute de pouvoir le rapporter sûrement à un Diptère adulte. On suppose que ces larves sont celles de la Dermatobia cyaniventris, mais l'éducation n'en a pas encore été faite. M. de Magalhàes l'a tentée à plusieurs reprises, sans pouvoir la mener à bien. Dernièrement, il a pu arriver jusqu'à obtenir la pupe. Il présente une de ces nymphes, apparemment morte peu de temps avant l'éclosion de l'adulte : elle a été élevée avec d'autres sem- blables provenant d'un Chien. En la disséquant avec soin, il espère (1) Annales et Bulletin de la Société entomologique de France, 1892-1894. SÉANCK DU 14 MAI 1895 117 pouvoir en retirer un Insecte assez avancé dans sa métamorphose pour que la détermination spécifique en soit possible. L'élevage échoue habituellement parce que les larves n'étaient pas encore assez développés pour se transformer en nymphes. Il présente également des larves, des nymphes et des Insectes parfaits, appartenant à la Compsomyia macellaria. Les larves ont été extraites des fosses nasales de l'Homme, à Rio de Janeiro; l'éduca- tion en a été facile, puisque les adultes en sont le résultat. M. de Magalhàes insiste ensuite sur la grande dispersion de ces Diptères : la Compsomyia macellaria s'observe depuis la République Argentine et le Chili jusque dans le sud des Etats-Unis de l'Amérique du nord ; le Rerne s'observe au Rrésil, aux Guyanes et en Colombie. Il ne faut pas oublier d'autre part que, même au Brésil, on ren- contre non seulemeni des larves répondant aux caractères de la forme dite Berne par M. R. Blanchard, mais aussi des larves de la forme dite Ver macaque, c'est-à-dire des larves de la Dermatobia noxialis Goudot. Pour ce qui regarde la Compsomyia macellaria, dont l'identité avec les exemplaires présentés a, d'ailleurs, été coufirmée par l'éminent diptérologue viennois, M. Fr. Brauer, malgré la multitude de dénominations qui ont été données par différents auteurs, M. de Magalhàes croit hors de doute l'unité spécifique de l'Insecte observé dans les différents pays américains. Deux faits doivent être relevés à propos de la Compsomyia macel- laria : 1° L'éclosion des pupes est fortement influencée par la tempéra- ture ambiante : le développement peut être retardé notablement sous l'influence de l'abaissement de la température et exiger jusqu'à 18 jours, au lieu de 7 à 8 comme il arrive d'ordinaire; 2° Les couleurs brillantes à reflet métallique de l'Insecte parfait n'apparaissent que quelques heures après sa naissance : la Mouche, en sortant de la pupe, porte une robe bien plus modeste, de couleur grisâtre. Ce fait, mal interprété, explique pourquoi un auteur, qui a cultivé des Compsomyia macellaria, prétendait avoir obtenu des Mouches d'espèces diverses, les unes bleues, vraies Lucilia anthro- pophaga (Compsomyia macellaria.) et d'autres grisâtres, représentant une autre espèce. En terminant, M. de Magalhàes fait ressortir la différence fonda- mentale qui existe entre la myiase causée par les Dermatobies chez l'Homme et celle produite par les larves de la Compsomyia macel- laria. La première constitue une affection primitive, indépendante; 118 SÉANCE DU 14 MAI 1895 la seconde représente une affection plutôt secondaire, en ce sens qu'elle complique une maladie ulcéreuse ou une plaie préexistantes. En effet, la myiase causée par la Compsomyia macellaria, qu'on appelle bicheiro au Brésil, se localise en général sur une surface ou dans une cavité naturelles qui sont le siège d'ulcérations ou d'exsu- dations pathologiques. Le Berne produit chez l'Homme une affection qui, maintes fois, a été comparée à des furoncules; mais elle a une marche beaucoup plus lente que celle du furoncule: et plus tard elle s'en distingue facilement par l'existence d'un petit orifice, à travers lequel on peut, en y regardantattentivement et de près, voir la larve contenue dans la petite tumeur. Pour ce qui regarde l'action du morceau de lard, que l'on consi- dère comme déterminant la sortie du parasite, M. de Magalhàes croit pouvoir l'assimiler à ce que produit un morceau d'emplâtre inerte empêchant l'accès de l'air et causant l'asphyxie de la larve. Chez l'Homme en général, et ordinairement aussi chez d'autres animaux, les Bernes restent solitaires et dans des cavités circon- scrites ; pourtant M. de Magalhàes a vu ces parasites causer chez un Chien de longs trajets fistuleux suppurants. M. R. Blanchard fait ressortir tout l'intérêt de ces observations et rend hommage à M. le professeur P. S. de Magalhàes, auquel la parasitologie doit déjà de si belles recherches. En ce qui concerne le Berne, il pense que le Ver moyocuil des Mexicains, dont l'éduca- tion n'a pas encore été faite et dont aucune description précise n'a encore été donnée, lui est identique : un exemplaire envoyé de Mexico, par M. le D r Altamirano, est arrivé à sec et dans un fâcheux état de conservation ; l'examen insuffisant qui en a été fait montre néanmoins qu'il a la plus grande ressemblance avec le Berne. M. Blauchard saisit cette occasiou pour faire connaître encore un fait se rapportant aux Diptères parasites de l'Homme en Amé- rique. M. le D r C. Rangé, médecin en chef des coljinies, lui a envoyé de Cayenne une Mouche provenant d'une éducation faite du 31 janvier au 11 février 1895. Cette Mouche, au sujet de laquelle des renseignements complémentaires sont attendus, provient apparem- ment d'une larve recueillie dans une cavité naturelle du corps, telle que le nez ou l'oreille. Elle appartient à la famille des Anthomyidae et au genre Spilogaster Macquart ; d'après M. Fr. Brauer, qui a bien voulu la comparer avec les types de la collection du major von Heyden, appartenant au Musée de Vienne, elle semble être iden- tique au Sp. anomalus (Jaeunicke), de Cuba. SÉANCE DU 14 MAI 1805 119 DEUX MONSTRES GASTÉROPAGES ADULTES DE SALMONIDES par François SEGQUES. Les monstruosités chez les Poissons et particulièrement chez les Salmonidés ue sont pas rares. Plusieurs savants qui se sont occupés de cette pisciculture en ont mentionné de nombreux cas : Ed. Bugnion (11), S. Garman et F. Denton (12), A. Coolidge (8), J. CEI lâcher (9). Avanteux en 1855, Coste(3), A. deQuatrefages(l,4), Lerehoullet (2) et Serres (5) avaient fait à ce sujet plusieurs commu- nications à l'Académie des sciences. Un long débat s'en était suivi. Quelques années plus tard, Lerehoullet (7) fit de nombreuses expé- riences sur le Brochet, cherchant à découvrir la cause de ces mons- truosités ; toutes les observations n'ont porté que sur de jeunes individus n'ayant pas encore résorbé leur vésicule ombilicale. J'ai pu observer chez un pisciculteur de mes amis, M. Jeunet, deux monstres doubles de Salmonidés, l'un de §almo lacustris, l'autre de Trutta fario. Ces sujets sont nés chez M. Jeunet le 1 er mars 1894 et sont encore vivants. Ils rentrent dans le genre Gastéropage créé par A. de Quatrefagesen 1855 pt>ur de semblables individus. La photographie de ces animaux présentant certaines difficultés, tant à cause de leur grande agilité qu'à cause de l'impossibilité de les photographier hors de leur élément, j'ai dû me contenter de les faire dessiner ; les deux figures que j'en donne sont d'ailleurs d'une très grande exactitude. Les deux têtes et les deux queues sont libres. 1° Salmo lacustris. Individu supérieur bien conformé, réuni à l'inférieur sur une longueur de Om.035 entre les nageoires pectorales et la nageoire anale (fig. 1). Longueur du corps, de la tète à la naissance de la nageoire caudale in. 13 Longueur de la tête m. 03 Largeur du corps m. 030 Longueur d'un individu normal du même âge m. à 20 m. 25 Individu inférieur plus difforme, moins long que le précédent; sa nageoire dorsale est légèrement atrophiée, ce qui doit tenir à ce que cette partie frotte constamment sur le sol de l'aquarium. Son extrémité postérieure est recourbée et se termine presque brusquement par la nageoire caudale : 120 SÉANCE DU 14 MAI 1895 Longueur du corps, de la tête à la nais- sance de la nageoire caudale m. 085 Longueur de la tête m. 028 Largeur du corps m. 025 s •- 3 V c ce — CD 60 ce Q. © CD 60 O) •- en S o S 60 -— • SÉANCE DU l't MAI 1805 121 2° Trutta fario. Les deux sujets (fig. 2) sont d'égales proportions. Longueur du corps, de la tète à la nais- sance de la nageoire caudale m. 105 Longueur de la tête m. 025 Largeur du corps m. 0225 Longueur d'un individu normal du même âge m. 15 à m. 18 Ils sont réunis sur une longueur de m. 30 entre les nageoires pectorales et la nageoire anale. \11 SÉANCE DU 14 MAI 1895 Ed. Bugnion (11) attribue la production de semblables monstres doubles uniquement à la fécondation artificielle, se basant sur les travaux de Fol (10). S. Garman et S. -F. Denton (12), d'après Agassiz, constatent leur fréquence dans les établissements de pisciculture et leur rareté à la mer ou dans les fleuves. Les jeunes alevins monstrueux sont, en effet, dans des condi- tions d'infériorité trop notable pour arriver à un grand dévelop- pement. Sans compter leurs nombreux ennemis : Dytiques, Noto- nectes, Rats d'eau, Martins-pécheurs, il y a aussi les alevins bien constitués, qui trouvent en eux des adversaires faciles à supprimer, eu même temps qu'une nourriture excellente. OUVRAGES CONSULTES 1. — A. de Quatrefages, Formation des monstres doubles chez les Poissons. C. R. Acad. des se, XL, 1855, p. 626-629. Paris. 2. — A. Lereboullet, Sur la monstruosité double chez les Poissons. Ibidem, XL, 1855, p. 854-856; p. 916-917; p. 1028-1030; p. 1063-1065. 3. — Coste, Origine de la monstruosité double chez les Poissons osseux. Ibidem, XL, 1855, p. 868-873. 4. — A. de Quatrefages, Observations sur le mémoire de M. Coste. Ibidem, XL, 1855, p. 925 931 ; p. 993-997. 5. — Serres, Observations sur la duplicité monstrueuse, faites à l 'occasion de la communication de M. de Quatrefages. Ibidem, XL, 1855, p. 629. 6. — E. Eudes-Deslongchamps, Note sur de petits Poissons mons- trueux produits par des œufs de la Truite du lac de Genève, Salmo lemanus Cui\, fécondés artificiellement. Bull. Soc. Linn. de Nor- mandie, VII, 1861-62, p. 191-194. 7. — Lereboullet, Jiecherches sur les monstruosités du Brochet observées dans l'œuf et sur leur mode de production. Annales des sciences naturelles, zoologie (5), I, 1864, p. 112-198, 257-320. 8. — A. Coolidge, Monstrosities among Trout. American Natu- ralist, 111, p. 288-290, 1870. 9. — J. CEllacher, Ùber einen Doppelembryo von Trutta (Salmo) fario. Bericht d. naturwiss. medic. Ver. Innsbruck, III, n° 1, 1873, p. 31-33. 10. — H. Fol, Sur les phénomènes intimes de la fécondation. Sur le premier développement d"une Etoile de mer. Sur quelques féconda- tions anormales chez l'Etoile de mer. C. R. Académie, LXXXIV, 1877 . 11. — Ed. Bugnion, Description de quelques alevins de Truite mous trueux. Bull. Soc. vaudoise des se. natur., XVI (1879), p. 463-466, 1880. SÉANCK DU 14 MAI 1895 1 1'.\ 12. — S. Gakman and S. -F Denton, Almormnl embryos of Trout (nid Salmon. Boston scientific Society; Science Observer, V, n° 1, 1886; SUR UNE FILAIRE (FIL ARIA DAHOMENSIS, N. SP.) DU PYTHON DE NATAL, VOISINE DE LA FILAIRE DE MÉDINE, par G. NEUMANN. Professeur à l'École vétérinaire de Toulouse. A l'autopsie d'un Python de Natal {Python natalensis Smitb), importé depuis peu du Dahomey, j'ai rencontré, entre autres Hel- minthes, de nombreux exemplaires d'une Filaire qui n'a pas encore été signalée et qui présente un intérêt particulier eu raison de ses affinités avec Filaria medinensis (Velsch). Ces Nématodes étaient logés en partie dans le tissu conjonctif étendu à la surface externe de la paroi abdominale, en partie dans les nombreux organes lymphoïdes distribués le long de cette même paroi. Un mâle, le seul que j'aie trouvé, était tout entier dans le tissu conjonctif. Une femelle jeune était couchée parallèle- ment à l'axe du corps du Serpent et libre aussi sur une longueur de m 35. Quant aux autres femelles, elles étaient logées dans les organes lymphoïdes de la paroi ventrale, y décrivaient des circonvolutions enchevêtrées de la façon la plus complexe, et formaient ainsi des pelotons dans uuegaugue représentée par le tissu lymphoïde, creusé de tunnels à paroi lisse. Ces pelotons étaient reliés entre eux par de courtes parties de Ver étendues dans le tissu conjouctif entre les corps lymphoïdes. Une dissection minutieuse et menée avec une extrême patience me permit seulement d'obtenir les Vers par frag- ments de longueur variée, les plus grands ne dépassant pas m 3u centim. Dans certains foyers se trouvait une extrémité céphalique ou une extrémité caudale, parfois les deux, sans que je puisse affirmer si elles appartenaient au même individu. Daus la plupart des foyers on rencontrait dans les tunnels sinueux occupés par le Ver une dilatation remplie d'une matière blanche, difïluente, formée exclusi- vement par des embryons échappés du corps d'une femelle à la suite d'une déchirure spontanée ou peut-être d'une hernie de sa paroi distendue à l'excès. Les caractères que j'ai pu constater par l'examen de ces Filaires les montrent extrêmement voisines de Filaria medinensis, comme cela ressort de la description qui suit : 124 SÉANCE DU 14 MAI 1895 Femelle. — D'après la longueur des fragments que j'ai obtenus, j'estime que la longueur totale de la femelle est de 50 à 80 centi- mètres, comme celle de F. medinensis. Largeur à peu près uniforme, de l mm à l mm 25. Cuticule épaisse de 6 à 10 p dans presque toute la longueur du corps, transparente, homogène et marquée de stries transversales dont l'écartement varie entre 2 [/. 5 et 6 [j.. Lignes latérales très larges, occupant chacune le quart de la périphérie du corps, formées d'une substance granuleuse où sont disséminées des cellules arron- dies ou ovales de 18 à 22 [a de largeur. Les lignes médianes ne sont que très difficilement visibles, môme sur les coupes microscopiques. Les muscles ont la même disposition que dans Filaria medinensis. A peine atténuée tout à fait en avant, l'extrémité céphalique (fig.l) est percée à son centre par l'orifice buccal, bordé d'une lèvre circu- laire. Sur chaque ligne médiane s'élève une grosse papille senso- Fig. 1. — Extrémité céphalique de la femelle, grossie 120 fois. Fig. 2. — Extré- mité caudale de la femelle gros- sie 100 fois . rielle arrondie, un peu déprimée à son sommet. Entre ces deux papilles s'en élèvent deux autres, l'une droite, l'autre gauche, moins hautes, plus coniques, dont le sommet est ordinairement tronqué et divisé en deux ou trois saillies secondaires. Entre chaque papille médiane et chacune des deux papilles latérales, mais un peu plus en arrière, se trouve une autre papille à peu près semblable à ces dernières. Au total, la bouche est entourée de huit papilles, qui rappellent tout à fait la disposition décrite chez F. medinensis. Mais il n'y a pas d'écusson céphalique bien apparent. L'extrémité caudale (fig. 2) est conique, recourbée vers la face ventrale, terminée par un court prolongement papilliforme, plus long du côté ventral. L'anus doit être situé à peu de distance de la pointe caudale ; mais l'intestin est si réduit et son orifice postérieur si petit que je n'ai pu le voir ; peut-être même avait-il complète- ment disparu. Dans toute la longueur du corps, l'intestin est aplati et rejeté sur le côté par l'utérus rempli d'embryons. SÉANCK DU 14 MAI iSD.'i 123 Comme la Pilaire de Médine, eu efiet, la Pilaire du Python de Natal esl réduite à l'état d'un sac. ahsoluineul rempli d'embryons, qui s'échappent par la moin- dre tissure de son mince tégument. L'embryon (fig. 3) est long de 400 à 425 a, large de 12 à 15 \i. L'extrémité antérieure, recourbée sur la face ventrale, est un peu atténuée et termi- née par une surface plane, dont le milieu est occupé par l'infundibulum buccal. Un peu en avant du tiers postérieur de la longueur, le corps, jusque-là cylindrique, devient conique et se ter mine par une queue très effilée, flagelli forme, de 100 jx de longueur environ et plus ou moins ondulée. La cuticule a 2 u à l a 75 d'épaisseur ; elle présente des stries très fines, peu apparentes, très rapprochées, écartées seulement de 1 \j. 75 et indistinctes sur la queue. A la racine de la queue, se trouvent deux papilles symétriques sacciformes, qui peuvent s'évaginer au dehors et sont semblables à celles des embryons de F. medinensis. L'appareil digestif est aussi conforme à celui de ces derniers; l'anus s'ouvre un peu en avant des papilles caudales. Mâle. — Long de 4 cm 8 environ, large de mm 34, de couleur gris noirâtre, atténuée seulement à l'extrémité caudale, qui estenroulée en une spirale serrée formant quatre tours. Cuticule très mince, mesurant 3 à 4 a d'épaisseur, pourvue de stries longitudinales très apparentes, et de stries trans- versales extrêmement fines et serrées, écartées seulement de 1 \x 5. Lignes latérales très larges, occupant chacune environ le cinquième de la cir- conférence du corps. Extrémité céphalique (fig. 4) pourvue de huit papilles disposées comme chez la femelle, mais relativement bien plus grandes et plus fortement musclées. Extrémité caudale (fig. 5) conique, en pointe courbe. Deux spicules à peu près égaux, longs de 400 et 425 u. Une paire de papilles préa- nales, deux paires de post-anales, la dernière à peu de distance de la pointe caudale. Fig. 3. — Embryon grossi 380 fois. Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 10 126 SÉANCE DU 14 MAI 1895 La coloration foncée du tégument, dans l'unique spécimen dont je disposais, ne m'a pas permis de reconnaître la disposition du tube digestif et des testicules. La Filaire dont je viens de donner une description, encore bien incomplète, présente un intérêt tout particulier par ses nombreuses affinités avec Filaria medinensis. Comme celle-ci, elle vit dans le tissu conjonctif, à proximité de la peau, formant des pelotons constitués par des femelles enroulées irrégulièrement sur elles- mêmes et réduites à peu près à l'état d'un vaste sac rempli d'em- bryons très mobiles. La longueur est à peu près la même. Les diffé- rences dans la conformation de l'extrémité céphalique, dans la striation transversale, dans l'épaisseur de la cuticule, dans les caractères des embryons, etc. sont d'ordre secondaire et simple- ment suffisantes pour justi- fier la formation d'une espèce distincte. Le nom de Filaria Fig. 4. — Extrémité céphalique du mâle, grossie 280 fois. Extrémité caudale du mâle, grossie 80 fois. dahomensis que je lui donne, tiré de son pays d'origine, a l'avantage de pouvoir éveiller le souvenir de sa parenté avec F. medinensis. La découverte du mâle de Filaria dahomensis me semble aussi de nature à dimiuuer l'obscurité qui entoure encore certains points de la biologie de F. medinensis. On sait que, dans cette espèce, on ne connaît encore que la femelle, et que le mâle a échappé à toutes les recherches. Aussi s'est-on livré à diverses hypothèses sur le mode de fécondation de la femelle. L'une d'elles consiste à admettre que Filaria medinensis est une espèce hermaphrodite, dont les glandes génitales produisent suc- cessivement des spermatozoïdes, puis des œufs, comme cela se voit chez Angiostomum nigrovenosum (Rud.). Suivant une autre opinion, les larves arriveraient à maturité sexuelle dans l'intestin de l'Homme, où aurait lieu l'accouplement. Le mâle mourrait alors, puis serait évacué, tandis que la femelle pénétrerait dans le tissu conjonctif des muscles et de là sous la peau. «Ou peut penser SÉANCE DU 14 MAI 1895 127 aussi, dit Rai Met (1), par comparaison avec la Pilaire des boulons hémorragiques, que le mâle et la femelle vivent et s'accouplen dans le tissu conjonctif, la femelle seule passant sous la peau pour se faire jour au dehors dette manière de voir semblerait appuyée par une récente observation de Charles (2). Sur des cadavres de l'institut anatomique de Lahore, ce médecin a trouvé à plusieurs reprises des Filaires dans le tissu conjonctif sous- péritonéal, au niveau du «sacral promontory ». Les unes étaient calcifiées, les autres normales. Sur deux de ces dernières était fixé un individu plus petit, que l'auteur croit être un mâle ». La constatation que j'ai faite touchant le mâle de F. dahomensis vient à l'appui de cette dernière manière de voir. Ce mâle, complè- tement libre dans le tissu conjonctif, se trouvait au voisinage d'une femelle jeune, bien qu'ayant plus de .30 centimètres de longueur, qui n'était pas encore pelotonnée, sauf à son extrémité céphalique (probablement aussi extrémité vulvaire), et qui ne renfermait qu'un petit nombre d'embryons. Il est possible que l'accouplement ait eu lieu entre ces deux individus et à une date relativement récente. De plus, dans plusieurs pelotons de femelles, j'ai trouvé des débris brunâtres de Vers, qui pourraient bien être des mâles; car la lon- gueur totale de chacun de ces foyers de Nématodes en régression correspondait à peu près à celle du mâle trouvé libre. On peut donc conclure de ce qui précède, et par analogie, que le mâle de Maria medinensis vit, comme la femelle, dans le tissu conjonctif, mais que la durée de sa vie, limitée à peu près par l'acte de l'accouplement, est extrêmement courte, eu égard à celle de la femelle. NOTES SUR LES PARASITES. 32. — DE LA RARETÉ DU Tœnia Solium DANS L'AMÉRIQUE DU NORD, par Gh. WARDELL STILES, Ph. D. Une assertion relative à la présence en Amérique du Tœnia solium et de sa larve, le Cysticercus celkilosœ, que j'ai relevée dans plusieurs (1) A. Railuet, Traité de zoologie médicale et agricole, 2« édit., 1893, p. 502. (2) R. Havelock Charles, A contribution of the life history of tlie maie Filaria medinensis founded on the examinalion of spécimens remoced from the abdo- minal cavity of mat}. Scientific Memoirs by médical officers of Ihe army of lndia Pari. VII. Calcutta, 1892. 128 SÉANCE DU 14 MAI 1895 ouvrages de zoologie et de médecine, et que Railliet a récemment répétée dans son excellent Traité de Zoologie médicale et agricole, 1893, page 247, m'engage à proposer une correction à l'opinion généralement admise à ce sujet. Railliet avance que «le Ténia armé est relativement rare en Asie, en Afrique et dans l'Amérique du sud; il est au contraire assez répandu dans l'Amérique du nord, où l'élevage des Porcs a pris une énorme extension »... « Le parasite Cysticercus cellulosœ est aussi extiêmement répandu en Irlande, en Esclavonie et aux États Unis.» Railliet et les autres ont évidemment basé leurs assertions sur les statistiques données par Osier et Clément, de Montréal, sur le rapport de Verrill, de 1890, et sur divers articles de journaux de médecine américains. Mac Murrich, dans son lnvertebrate Morphology, avance, proba- blement d'après les mêmes autorités, que le Tœnia solium est le Ver solitaire le plus commun cbez l'Homme. A l'égard de ces statistiques, je fais la remarque suivante : Osier et Clément avancent qu'ils ont trouvé le parasite à Montréal dans 76 Porcs sur 1037 qu'ils ont examinés, mais que « les foies seuls ont été inspectés, car il était impossible d'examiner la chair à fond ». En dépit de la haute autorité des noms d'Osier et de Clément, leur statistique doit être absolument rejetée ; il est plus que probable, en effet, que la majorité de ces cas, sinon tous, étaient des cas de Cysticercus tenuicollis (du Tœnia marginata) et non de C. cellulosœ: c'est ce qui résulte de leur description du Ver, à la page 10 de leur rapport. Verrill, il faut le remarquer, n'avance pas directement qu'il ait jamais vu un cas de Tœnia solium, mais simplement que «notre récente guerre fut l'occasion d'un grand accroissement du nombre de ces parasites et d'autres, internes ou externes. » Je ne puis admettre cette assertion comme ayant la moindre valeur à l'égard des statistiques du T. solium, car nos soldats recevaient des rations de Porc aussi bien que de Rœuf et, en temps de guerre, il est peu probable qu'un médecin aille prendre la peine de faire des déter- minations spécifiques. En outre, il ne résulte pas des statistiques du Département médical de l'armée des États-Unis que les Vers solitaires aient été particulièrement communs pendant la guerre, si bien que les statistiques ne font aucune distinction entre les diverses espèces de ces Vers. Le tableau ci-joint donne un résumé des maladies parasitaires relevées pendant la guerre dans les troupes de l'Union. séance nu II MAI 1895 L29 en en - - f. B e t- * ■r. * ft ce ^ f 3 « ■-^ Cr - •a X ""■" oc ? co e X çï a 3 o S i 5>J p VT _ >* «* < H CC /. H 00 — M O ro O O ->» m • X CC O X ^* O O ■8 O ce CM* ~ Ci CM CM ce » »* CM f^ * 00 •* 00 co rt *^ ce en ■< an ^^ (M ^^ sa < o « o l> (M *M ■*■; CO y (M "^" co 1 3 * o t— «* îO C M •^- •M Efl ^ _ c CT3 00 ro CM ce ^* DQ "Z — 00 •«- m co i- v* x* "* — "~ ~ — ~ ro 1^ ^H ce u i_ 1- .— o co a: r- os + Tg.S O aO 4- + )§ • S 3 33 cm îo vi» «^ ^.^ ■Si». 2, aï -— ^^ __, (35 CM 1 T3 00 ^5 -. ._ ^ îir "S « 1 S a Jg (M v* — cm m -~ CM •* 1* — eo ^4 'M ce 00 CM OS .-, ' — rt «^ cm OC' o t- ^ -M "-" ^ "™ r- 1^ :n 00 5 - ;: : O vr O 1^ o M + çra c ""%* s ÎO ÎT5 + + ■** u ^ x — ■rf ■** =R l> (M "-5 ° « s ÎO :à ^ "C z — ~ 1 •* ** S: u a "^ 00 1Q •a m ^-" X ~ C3 ■C .. j, "çT ;ï ^ 5~ (U ^* ^ - X co o ~ as ce cm <* 3 ^ ™ — — •M CM r- 00 ce co CM 1 T. 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Dans les hôpit Nombre total o a 33 — ja è S -— o Z 8 •i \ Ver solili) S.< Vers . . > « en en 33 33 L. — 3 3 < < : -'!l"''l li K + < S u 5 a 3 a J C : s i Z : J 33 33 3 ; ! 1 1 : B B j J Z Z saj - a . t. i a ! > l.'IISl a > g > ^ jed a 1 a > 3 1 w. i ": : •« aipe 1 i 3 1 3 î m 130 SÉANCE DU 14 MAI 1895 Ainsi (en laissant décote les chiffres antérieurs au 1 er juillet 1862), du 1 er juillet 1862 au 30 juin 1866, sur un total de 3776168 malades traités, le Ver solitaire ne fut diagnostiqué que sur 566, soit 1 malade sur 9803. Sur les 566 cas, il y eut un décès et 8 hommes furent congédiés sur le vu de certificats médicaux constatant leur incapa- cité. Cette statistique (extraite de l'Histoire médicale et chirurgicale de la Rébellion) ne vient guère à l'appui de l'assertion de Verrill. En ce qui concerne les statistiques du Ver solitaire données dans de nombreux articles par des médecins américains, je voudrais pouvoir fermer les yeux sur la détermination spécifique du Tœnia solium dans la grande majorité des cas; mais, en me fondant sur le peu d'attention que l'on apporte à l'étude des parasites dans la plupart des Collèges médicaux d'Amérique, je ne suis pas disposé à accepter la détermination spécifique de Taenia solium faite par nu praticien ordinaire, à moins qu'elle ne soit vérifiée par un zoologiste. Cette assertion paraîtra peut-être rigoureuse, mais elle est basée sur l'expérience; car j'ai examiné nombre de Vers étiquetés T. solium par des médecins de ce pays, américains ou allemands, et tous se sont trouvés être du type '/'. saginata. Sur 300 spécimens ou plus de Vers solitaires humains provenant de malades de diverses parties de ce pays, qui ont passé par nos mains pendant les trois dernières années, trois spécimens étaient des Bothriocephalus latus et tout le reste des Tœnia saginata. Person- nellement, j'en suis encore avoir un strobile de T. solium d'origine américaine, bien que j'aie rencontré plusieurs fois le Cysticercus cellulosœ; le seul Tœnia solium adulte que renferment les collections publiques ou privées dont j'ai la garde est un échantillon importé de Leipzig dans l'alcool. H. C.Hand (1873), dans le Report of ihe Minnesota State Board of heallh, réunit un certain nombre de statistiques du Ver solitaire; mais la plus grande partie des déterminations sont faites par des praticiens qui parlent du T. solium et de T. lata (= Bothriocephalus latus). Or, il est de toute évidence que, lorsqu'un homme n'est pas capable de distinguer un Ténia d'un Bothriocéphale, sa détermina- tion de T. solium n'a aucune valeur. Quelques-uns des cas cités par Hand se rapportent probablement au Tœnia solium, puisqu'il relate des cas de ladrerie du Porc, mais les déterminations, telles qu'elles sont données, sont manifestement trop superficielles pour être acceptées dans les statistiques. Un médecin relève 33 cas de T. solium et 2 de « lata» et pas un de T. saginata. Ces nombres ne peuvent être acceptés et le médecin qui les donne n'était pas au courant des séance nu 14 mai 1895 131 caractères du T. solium, car, un instant après, il parle d'une famille dans laquelle il aurail trouvé deux enfants et un Chien atteints du /'. solium. Or, c'est un fait acquis que le strobile du T. solium ne se rencontre pas chez le Chien. Hand lui-même montre dans son article tpie plusieurs de ces déterminations sont probablement incorrectes et que les spécimens mentionnés comme T. lata sout probablement des T. sàginata. Je n'ai pas l'intention de nier que le T. solium existe aux États- Unis, car nous avons de nombreuses preuves de sa présence dans quelques parties du pays, particulièrement dans le sud et chez les étrangers. Leidy le mentionne à Philadelphie, Hertî dans le Texas, Curtice a vu deux cas, et nombre d'auteurs dignes de confiance l'ont rencontré dans divers États. Salmon a vu des Cysticercus cellulosœ dans la Caroline du nord et au Texas, Leidy en Pensylvanie, Osier à Baltimore, Lessing et d'autres en Minnesota. Plusieurs cas ont été trouvés par les inspecteurs du Bureau of animal industry dans divers abattoirs; Curtice a vu trois cas dans la Caroline du nord et au Nouveau Mexique; j'ai eu un cas venant du Massachusetts, un autre de Chicago, un troisième du Montana. En somme, toutefois, cette espèce de Cestode doit être considérée comme rare dans ce pays, comparativement au T. sàginata, et il n'y a pas de raison, autant que j'en puis juger, pour croire que le C. cellulosœ et sa forme adulte, le T. solium, soient plus communs dans l'Amérique du nord qu'en Europe. En fait, il résulte pour moi des statistiques publiées, de l'examen des spécimens et de mon expé- rience personnelle en Allemagne et en Amérique, que le T. solium est plus commun en Allemagne qu'ici. Notre immunité relative peut s'expliquer par la supériorité de nos méthodes pour soigner les Porcs et par ce fait, que l'habitude antihygiénique de manger la viande de Porc crue ne se rencontre dans ce pays que chez les étrangers, surtout chez les Allemands. M. B. Blanchard. — Les conclusions que formule M. Wardell Stiles sont intéressantes même pour les helminthologistes et hygiénistes français, car elles concordent pleinement avec celles auxquelles j'étais arrivé moi même en ce qui concerne l'Europe. J'ai démontré en effet, en 1892, contrairement à l'opinion émise par divers auteurs et soutenue à plusieurs reprises par M. Bérenger- Féraud à la tribune de l'Académie de médecine, que le Tœnia sàginata n'était aucunement d'introduction récente en Europe, mais que de tout temps il avait été bien plus commun que le Tœnia 132 SÉANCE DU 14 MAI 1895 solium dans l'Europe occidentale (1 ). Les observations de M. Wardell Stiles concordent avec les miennes et rendent très vraisemblable, pour ne pas dire évidente, la généralisation des résultats identiques auxquels nous sommes arrivés l'un et l'autre. Il en ressort des conséquences très heureuses au point de vue de l'hygiène publique, puisque la larve du Tœnia saginata est incapable de se fixer dans l'organisme humain. SUR UN NOUVEL HABITAT DU SPIROPTÈRE ENSANGLANTE par Pierre MÉGNIN, Ancien Président de la Société. S'il est un parasite qui mérite le nom d'errant, c'est bien le Spiroptera sa nguino tenta qui vit chez les Canidés et qu'on a rencon- tré dans des régions du corps très variées. On l'a trouvé d'abord, il y a plus de deux siècles, et depuis assez fréquemment, dans des tumeurs sous-muqueuses de l'estomac et de l'œsophage, chez le Chien et ensuite chez le Loup et le Renard ; Courten, puis Morgagni le retrouvent quelque temps après dans des tumeurs de l'aorte. Mais, pendant près de cent cinquante ans, on se tait sur ce der- nier habitat ; aussi Rayer et Davaine arrivent-ils à douter de l'exac- titude de l'observation de Morgagni : après avoir sacrifié plus de trois cents Chiens, dont les trois quarts pour rechercher les sus- dites tumeurs vermineuses, Rayer n'a jamais rien rencontré de semblable (2). En 1881, nous avons eu l'occasion, à l'autopsie d'un Chien mort d'une manière foudroyante, de rencontrer un anévrysmevermineux de l'aorte, causé par le Spiroptera sanguinolenta, et ouvert dans la cavité abdominale (3). Plus récemment, le même Ver a été trouvé dans les ganglions lymphatiques du Chien par M. Lacoulet (1888) et M. Chauvrac (1890); dans une tumeur du poumon par M. Railliet (1885); enfin, (1) H. Blanchard, Notices sur les pirasites de l'Homme. — Première série : De l'existence et de la prédominance anciennes du Taenia saginata dans l'Europe occidentale. Mém. de la Soc. de biol , (9), IV, p. 242, 1802. (2) Rayer. Archives de Médecine comparée, 18'«3, fasc. 3, p. 30 (3) Comptes rendus de la Soc. de biol., 1881, p. 38;i. Le D r Lewis, de Calcutta, avait signalé, vers 1870, l'existence de petites tumeurs vermineuses le long de l'aorte, chez les Chiens à hématozoaires, mais les Vers qui les habitaient étaient à l'état embryonnaire et ne pouvaient être rattachés positivement au Spiroptère ensan- glanté (Davaine, Enloz., p. 053). SÉANCE DU 14 MAI 1895 133 dans une petite tumeur de la surface externe du duodénum par ce dernier observateur (l). Nous pouvons faire connaître encore un nouvel habitat de ce même helminthe. Le 23 novembre de l'année dernière (1894), un de nos correspondants de l'Ardèche, M. René Gaillard, de Bel-Air, ouvrait un abcès sous-cutané à un Griffon courant ariégeois, de sa meute; il vit sortir avec le pus un Ver qu'il nous envoya pour le déterminer : c'était une femelle de Spiroptère ensanglanté; elle ligure depuis lors dans notre collection. SUR LES VARIATIONS DE RÉGIME DE CERTAINS INSECTES, par Pierre MÉGNIN, Ancien Président de la Société. On a classé les Coléoptères en deux grandes divisions : ceux qui ont un régime animal et ceux qui vivent de substance végétale. Parmi ces derniers, on sait que beaucoup d'espèces s'attachent exclusivement à certaines plantes dont le nom sert souvent à les désigner. Il y a de nombreuses exceptions à cette règle. M. le professeur Giard a signalé, entre autres, le Sylphe de la Betterave, originaire ment carnassier comme tous les Sylphes, et qui cause dans le nord de la France de véritables désastres en devenant phytophage. Je puis signaler deux exemples nouveaux de changement de régime et d'habitudes chez des Insectes du même ordre : Il y a quelque temps, je recevais de M. le D r Capitan, mon col- lègue à la Société de Biologie, deux petits paquets, contenant des tablettes de poudre de viande. Ces tablettes étaient envahies par un petit Coléoptère, dont les nombreuses larves, ressemblant à celles du Hanneton en miniature, les sillonnaient en tous sens. J'ai été assez surpris de reconnaître dans ce petit Insecte la vulgaire Vrillette du pain (Anobium paniceimi). La Vrillette du pain était connue comme ayant une nourriture très variée : elle s'attaque au bois, au linge, aux pains à cacheter, aux biscuits de troupe, aux herbiers, aux livres, mais, jusqu'à présent, on n'avait pas constaté, que je sache, que les matières animales lui convenaient aussi. (I) Bulletin de la Société centrale vétérinaire, p. 274, 2' trimestre 1892. 134 SÉANCE DU 14 MAI 18913 J'ai aussi constaté chez un autre Coléoptère une grande variété dans les habitudes et le régime, sans cependant sortir du régime végétal. C'est un Gurculiooide, le Charençon de la Livèche (Otio- rynchus ligustici), qui tire son nom d'une grande Ombellifère à Heurs jaunes des coteaux secs et pierreux, sur laquelle on le trouve habituellement. On l'a rencontré aussi sur des arbrisseaux, le Pécher et le Rosier, et Maurice Girard l'a vu dévaster des champs de Vesces. Je viens d'en recevoir une centaine provenant d'une luzernière de Seine-et-Marne, où l'espèce s'est multipliée de manière à constituer un véritable fléau, car elle met les prairies artificielles à nu, comme si une nuée de Sauterelles d'Afrique y avait passé. Comme on voit, le régime de cet Insecte est beaucoup plus varié qu'on ne pensait et le Charençon de la Livèche peut, dans certaines circonstances, causer de grands dégâts dans les cultures. DESCRIPTIONS DE QUELQUES ARACHNIDES DE BASSE-CALIFORNIE FAISANT PARTIE DES COLLECTIONS DU D r GEO. MARX, par Eugène SIMON, Ancien Président de la Société. Nous avons publié récemment (1) la liste des Arachnides observés en Basse- Californie (Mexique), par M. Diguet; comme suite à ce travail, nous offrons aujourd'hui à la Société Zoologique, les descriptions de quelques espèces du même pays, qui nous ont été communiquées par le D r Geo. Marx, de Washington. Famille des Zoropsidae Le genre Zorocrates, que nous avons proposé en 1888, pour une espèce du Mexique central, le Z. fuscus E. S., est représenté en Basse-Ciilifornie par deux espèces: le Z. pictus E. S. (Bull. Mus.) découvert par M. Diguet, et le Z. badiusE. Sim., espèce nouvelle dont voici la dia gnose : Zorocrates badius, sp. nov. — 9 long. 18 mm . Céphalothorax oblongus, pallide fusco rufescens, luteo-sericeo pubescens; parte cephalica utrinque leviter infuscata, thoracica vittisduabus obscu- rioribus latis et vix expressis olivaceo-pubescentibus ornata.Oculi postici inter se aequi, medii a lateralibus quam inter se duplo (1) Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle, I, n° 3, 1895. SÉANCE Dl \\ .MAI 1895 135 rem oti ores. Oculi antici in lineam rectam, médiocres, aequi, niedii a lateralibus quam inter se evidenter remotiores. Oculi quatuor medii inter se aequi et aream multo longiorem quam latiorem occupantes (oculi quatuor antici '/. fusci majores en inter se 1ère aequidistantes. oculi medii antici posticis majores). Abdomen longe oblongum, fulvo -testaceum, luteo sericeo pubescens. Chelae robus- tae, convexae sublaeves, rufo castaneae. Sternum pedesque fulvo rufescentia, pedes s;it longï, versus extremitates graciles, aculeis, ut in/, fusco ordïnatis,instructi.Plaga vulvae subrotunda, n trinque lobo semicirculari nigro-nitido, in medio fovea longitudinali paral- lela et tenuiter marginata, uotata. Famille des Clubionid^e Parmi les Arachnides qui uous ont été communiqués par le D r Geo. Marx se trouvaient deux espèces n'ayant d'atfinitésbieu étroites qu'avec le groupe de Milurga, jusqu'ici propre à la région austra- lienne. Les espèces américaines ne diffèrent des Miturga typiques que par leurs yeux médians antérieurs plus gros par les latéraux et par les deux dents de la marge inférieure de leurs chélicères presque counées, tandis que celles des Miturga sont largement séparées l'une de l'autre. C'est sur ces deux caractères que repose le nouveau genre Syspira, très intéressant en ce qu'il indique des rapports entre deux régions fauniques considérées jusqu'ici comme très différentes. Syspira, nov. gen. — A Miturga difïert oculis mediis anticis lateralibus anticis et mediis posticis majoribus , oculis quatuor mediis aream subquadratam occupantibus , chelarum dentibus biais marginis inferioris inter se subcontiguis (in Miturga dentibus binis inter se remotis), parte labiali dimidium laminarum fere attingente. S. tigiuna, sp. nov. — 9 long H mm. Oculi quatuor antici in lineam vix recurvam, medii lateralibus vix 1/3 majores. Oculi latérales utrinque parum inaequales et spatio oculo multo latiore a sese distantes. Céphalothorax fusco-rufescens, pilis longis luteo- sericeis vestitus. antice vittis duabus longitudinalibus latis, dein lineis radiantibus valde abbreviatis. postice, in declivitate, macula majore dentata, aigris, notatus. Abdomen breviter oblongum, fulvo-cinereum, supra fusco -punetatum, luteo-pubesceus et maculis parvis albo-pilosis conspersum, subtus cinereo-olivaceum. Chelae fusco-rufulae, subl*ves. Sternum pedesque obscure fulva, nigro- hirsnta et breviter luteo-pubescentia, aculeis sat debilibus ut in 136 SÉANCE DU 14 MAI 1895 Miturga ordinatis. Vulva simplex, fovea transversa sulciformi et plagula nigra suhquadrata notata. S. longipes, sp. nov. 9 long. 13 mm . — Oculi quatuor antici in lineam rectam, medii lateralibus plus duplo majores Spatium inter oculos latérales utrinque oculo haud latius. Oculi latérales postici anticis multo majores. Céphalothorax fulvo-rufescens, haud marginatus, pilis pronis albo-sericeis deusevestitus. Abdomen ohlongum, posticeacuminatum,fulvo testaceum.sericeo-pubescens, plagulis spiraculorum fulvis, intus nigro-rugosis. Chelae rufo- castaneœ, lseves. Sternum pedesque fulvo-rufescentia. Pedes longi, versus extremitates graciles. Yulva plagulis hinis connatis semi- circularibus notata. Famille des Agelenid^e Le genre Chorizomma E. Sim., qui ne renfermait jusqu'ici qu'une seule espèce, propre au sud-ouest de la France, est représenté dans la collection du D r Geo. Marx par deux espèces américaines similaires ; l'une, C. pallens E. Sim., trouvée en Basse Califor nie, est très voisine de l'espèce européenne : ses téguments mous et presque incolores indiquent qu'elle doit également vivre à l'abri de la lumière sous de très grosses pierres ou dans des grot- tes ; l'autre, C. californioum E. Sim., provenant de la Haute Californie, s'éloigne plus du type et sa coloration plus variée se rapproche davantage de celles des Textrix et des Tegenaria dont elle doit avoir les mœurs. Chorizomma pallens, sp. nov. — $ long. 4 mm . Céphalothorax, sternum pedesque laevia et nitida, pallide fulvo-rufula. Abdomen cinereo-albidum. A C. subterraneo tantum differt oculis paulo miuoribus, spatio inter oculos anticos diametro oculo evidenter latiore, plaga vulvae minore, testacea, postice attenuala. C. caufornicum, sp. oov. — cf long. 5 mm . Céphalothorax laevis, olivaceus, parte cephalica utrinque tenuiter fusco discreta, thora- cica vittis obscurioribus radiantibus confusis notata. Oculi ut in C. subterraneo ordinati sed majores. Abdomen ohlongum, obscure Chorizomma californicum E. Simon; patte-mâchoire du mâle, vue de profil. SÉANCE DU I '» MAI 1895 1.'57 cinereo-testaceum, vittis transversis nigris valde recurvis decora- tum. Sternum ïnscum, laeve. Chelae rufescentes, longre, margine inferiore sulci dentibus 3 (medio reliquis majore) dein (îentibus minutissimis 2 vel 3 instructo. Pedes obscure olivacei, praesertim postici numerose aculeati. Pedum maxillarium fémur robustum, subtus gibbosum et crinitum, patella nodosa, extus crinita, tibia patella haud longiorsed angustior, extus adapicem apopbysi parva et aeuta armata, tarsus magnus, latus et convexus sed apice acu- miualus. — California. DESCRIPTION DUNE ESPÈCE NOUVELLE DE L'ORDRE DES CHERNÈTES, par E. ELLINGSEN, de Krager0 (Norvège) Cheltfer madagascarensis, u. sp. Oculi duo. Auguste ovatus, depressus, supra granulatus, opacus, subtus nitidus; setulosus, supra setis clavatis, subtus setis sim- plicibus; palporum articulus primus leviter granulatus, nitidus, articuli 1I-IV granulati, opaci ; truncus chelae leviter granulatus, subnitidus, digiti chelarum nitidissimi. Brunneus, subtus rufescens, chelae rufescentes. Céphalothorax longius quam postice latius, margine anteriore rotundato, sulcis duobus distinctis, fere rectis, quorum posterior margini postremo cephalothoracis multo pro- pinquior quam sulco anteriori ; galea mandibularum subuliformis, in apice dentibus nonnullis curtis, setiformibus. Palpi subcrassi, longitudinem corporis superantes vel aequales, articulo primo leviter granulato, nitido, setis simplicibus ; articulo secundo petiolato, longiore quam latiore, margine interno subarcuato, externo leviter arcuato, supra ad basin tuberculo magno; articulo tertio petiolato, margine interno recto vel in parte apicali leviter sinuato, externo ex basi oblique incrassato, leviter arcuato; articulo quarto quam praecedente paullo breviore, non latiore, ex basi gradatiin incrassato, margine externo fere recto, in parte apicali leviter arcuato, interno arcuato; trunco chelae quam articulo praecedente longiore, paullo latiore, ovato, digitos versus gradatim attenuato; digitis chelarum trunco multo brevioribus, curvatis, setis simplicibus; articuli palporum II IV et truncus chelae mar- 138 SÉANCE DU 14 MAI 1895 gine interne- setarum aliis curtis, obtusis, leviter clavatis et aliis simplicibus, margine externo setis serratis et simplicibus. Longitude corporis 3 mm . Patria : Madagascar, Annanarivo (leg. F. Sikora, september 1893) in fungis arborum. Specimina 12 vidi. CHANGEMENTS OBSERVES DANS L'HABITAT DE QUELQUES OISEAUX AU POINT DE VUE DE LEUR NIDIFICATION, par Xavier RASPAIL. La commune de Gouvieux, que j'habite depuis quatorze ans, est admirablement située sur les confins du département de l'Oise et de celui de Seine-et-Oise, dont elle n'est séparée que par la forêt du Lys et une bande de marais faisaut partie du territoire de Lamorlaye. Par ses bois qui n'occupent pas moins de 850 hectares; par ses plaines sablonneuses ou argileuses, ses prés bien plantés de hauts et vigoureux Peupliers au milieu desquels serpente la Nouette, charmante rivière qui se jette dans l'Oise bordant elle-même le territoire à l'Ouest, par ses marais bien exposés et enfin par ses collines élevées et des plus accidentées, Gouvieux offre un séjour qui semble très favorable à la reproduction d'un certain nombre d'Oiseaux; et de fait j'y ai constaté la nidification de plus de cent espèces dont je me propose de dresser prochainement la liste en donnant quelques détails complémentaires sur la topographie et les conditions climatériques de cette localité qui, pour les environs de Paris, constitue une intéressante station ornithologique. Je signalerai, dès maintenant, parmi les hôtes habituels qui viennent s'y reproduire : la Bondrée apivore, l'Epervier, le Faucon Hobereau, le Roitelet huppé et le Roitelet triple bandeau, enfin le Vanneau qui se reproduit en assez grand nombre sur le bord des plaines avoisinant le marais du Dauzet. C'est dans les limites de ce territoire, d'une étendue de 2,500 hectares environ, que j'ai relevé les modifications survenues dans l'habitat de quelques Oiseaux. Les uns, qui, à une époque encore récente, y nichaient chaque année, ont cessé totalement de s'y montrer en aucune saison; les autres, qui, jusqu'en ces derniers temps, passaient pour y avoir été toujours inconnus, sont venus inopinément s'y reproduire, SÉANCE DU 14 MAI 18'J5 L39 indiquant ainsi qu'ils rencontraient sur ce point les conditions nécessaires à leur nidification, tandis que les premiers, au contraire, ne les trouvaient plus. 11 y a encore une vingtaine d'années, la Linotte à bec jaune (Canna- bina flavirostris) citée comme n'étant que de passage en France, bien qu'à ma connaissance un nid ait été trouvé aux environs de Lille, venait s'y reproduire sur le versant escarpé et rocheux d'une des hautes collines qui accidentent si pittoresquement la commune de Gouvieux. Mais alors qu'on trouvait communément son nid dans les buissons poussant sur les parties arides de cette côte exposée eu plein midi, il était fort rare de rencontrer ctlui de la Linotte vulgaire (Cannabina linota). Le fait a été d'autant plus remarqué qu'à cette époque, cette dernière était très recherchée, pour son élevage en cage, par plusieurs personnes existant encore. Or, les choses ont bien change depuis; la Linotte à bec jaune a complètement disparu et elle n'a plus jamais été vue même à l'époque de son passage régulier dans le nord delà France ; par contre, la Linotte vulgaire est devenue presque aussi abondaute que le Pinson. Il en est de même de la Pie-Grièche Ecorcheur (Lanius collurio), dont je n'ai pas trouvé une seule fois le nid à Gouvieux, alors que j'ai acquis la certitude qu'autrefois elle s'y reproduisait dans les mêmes conditions que la Pie-Grièche rousse (Lanius rufus). En quatorze ans, je n'ai vu qu'un seul individu, vers la fin d'avril 1889, ce qui indiquerait que cette espèce, généralement commune dans tous les départements limitrophes, pousse son éloiguement pour cette localité au point de s'en détourner lors de ses passages régu- liers. La Hulotte Chat-huant [Syrnium aluco) donne de son côté un exemple encore plus caractéristique de ces changements de séjour qui restent inexplicables pour nous. Cet Oiseau, qui nichait à Gou- vieux il y a encore vingt-cinq ans, paraît avoir cédé au Hibou vulgaire la libre jouissance de la forêt du Lys, des bois de la Plaine- basse et des Aigles, où cependant l'Ecureuil, qui passe pour l'attirer tout particulièrement, se trouve encore en nombre malgré la des- truction qu'on en fait chaque année. La Hulotte doit même n'y faire que de bien rares excursions, si je me base sur la seule fois que je l'ai rencontrée eu hiver, un jour que, furetant un terrier sur un coteau boisé, je l'en vis sortir à la place d'un Lapin ; et cepen- dant, elle se reproduit toujours à quatre kilomètres à peine dans les bois de Bâillon et de Royaumont, situés sur les limites mêmes du déparlement de l'Oise. 140 SÉANCE DU 14 MAI 1895 Mais, tandis que ces divers Oiseaux ont complètement déserté ce coin de terre où ils se plaisaient jadis à passer le temps de leurs amours, d'autres qui, jusqu'ici, n'y avaient jamais fait la moindre apparition, semblent décidés à l'adopter pour se reproduire. C'est ainsi que l'année dernière (1894), j'ai constaté la nidification de la Hochequeue d'Yarrell (Motacilla Yarrelli) tout aussi excep- tionnelle en France, du moins dans l'état de nos connaissances, que celle de la Linotte à bec jaune, et la nidification du Rouge-Queue tithys (Ruticilla tithys) dont l'arrivée d'un couple au mois de mai ne tarda pas à m'ètre signalé tellement cet Oiseau attire l'attention par son plumage; les plus anciens dans la commune, où les octo- génaires ne sont pas rares, déclaraient n'avoir jamais vu un si beau ((moigniau». Le Rouge Queue tithys, dont M. Lomont a signalé récemment la reproduction aux portes de Paris, dans les bois de Boulogne et de Vincennes (1), venait faire à Gouvieux son premier séjour. Ce couple lit trois couvées de mai à juillet ; deux réussirent ; les jeunes quittèrent le nid le 26 mai et le 2 juillet; le 20 de ce der- nier mois, la troisième ponte de quatre œufs, placée dans un trou de mur à m 80 seulement du sol, fut détruite par un Chat qui, ayant voulu surprendre la mère, ne réussit qu'à jeter le nid à terre. Cette année, le 30 avril, le Tithys est de nouveau revenu ; cet Oiseau aurait donc adopté Gouvieux pour se reproduire. Quant à la Hochequeue d'Yarrell, je n'en ai pas trouvé d'autre nid que celui découvert en 1894 dans une berge près du viaduc de Chan- tilly et dont j'ai fait le sujet d'une note (2) pour établir, par l'étude de l'œuf, le droit de cet Oiseau à la spécificité. Mais si sa reproduction parait jusqu'ici une exception en France, Degland l'ayant seulement présumée dans le département du Nord, il n'était pas inconnu à Gouvieux où je l'avais vu de passage à la fin de l'hiver. Par exemple, deux autres Oiseaux ont cessé de nicher ici pour des causes facilement explicables. Le premier est le Butalis gris [Butalis grisola) très commun il y a encore quelques années dans les jardins et dont plusieurs couples venaient régulièrement s'établir dans ma propriété; il s'est raréfié au point que depuis sept ans, je n'ai pas aperçu un seul individu, soit chez moi, soit au cours de mes excursions; on m'a cependant assuré qu'un couple avait établi son nid l'année dernière sur une (1) Lomont, Catalogue des Oiseaux observés dans les bois de Boulogne et de Vincennes. Feuille des jeunes Naturalistes, n° 283, p. 103, 1894. (2) La Hochequeue d'Yarrell comme espèce et sa reproduction dans l'Oise. Bull. Soc. Zool. de France, XIX, p. 102, 1894. SEANCE Dl I 'l MAI l89o Ml treille dans un jardin de l'intérieur du village, mais je n'ai pu vérifier le fait. Toujours est-il que cet Oiseau ne s'y voit plus ou du moins s'y montre 1res rare, non pas parce que le séjour ne lui plairait plus, mais par suite de sa destruction, dans l'Est, à l'automne, et dans le Midi, au printemps, lors de ses passages. C'est l'Oiseau, en elïet, qui donne le plus facilement dans les pièges comme celui qui sert à la « tendue », si déplorablemeut autorisée par l'Administration supérieure, en violation de la loi. Il suffit de phnter un bâton au milieu d'une pelouse pour voir le Butaliss'y percher et attendre sur cet observatoire le passage des Piérides et des Noctuelles dont il fait une énorme destruction. Si on remplace le bâton par la « raquette », on comprend avec quelle facilité ce précieux protecteur de nos cultures maraîchères se laisse capturer. Le second des Oiseaux, dont j'ai constaté la récente absence, est le Colombin [Columba œnas) qui ne niche plus à Gouvieux depuis que l'unique arbre ayant une cavité assez profonde pour lui per- mettre de couver a été abattu, il y a trois ans. Le même sort est du reste réservé, dans un avenir prochain, à tous les arbres troués que viennent habiter la Chevêche, le Scops, la Huppe et l'Etourneau ; ce dernier seul pourra encore utiliser les trous que creusent le Pic épeiche et le Gécine vert. Dans ces deux cas, la cause qui a amené la disparition du Butalis gris et du Colombin est due à l'action de l'Homme; mais cette cause nous échappe quand il s'agit d'espèces qui, sans motif apparent, cessent tout à coup de se reproduire dans une localité, tandis que d'autres, au contraire, viennent s'y établir alors surtout que pour certaines l'aire de dispersion de leur reproduction reste en dehors de la France. Pour le moment, il faut se borner à constater ces modifica- tions dans l'habitat en souhaitant que, sur d'autres points, des observations semblables permettent de trouver les éléments suffi- sants pour éclairer cette partie encore obscure de la vie des Oiseaux. Tout l'intérêt de cette note porte doue sur l'utilité qu'il y aurait à l'établissement de nombreuses stations ornithologiques. Bull. Soc. Zool. de Fr., 181*5. xx. — 11 l'<2 Séance du 28 Mai 1895 PRÉSIDENCE DE M. LE PROF. L. VAILLANT, PRÉSIDENT. MM. J. Richard et Lallier, qui accompagnent S. A. S. le prince de Monaco dans sa nouvelle campagne d'explorations scientifiques, s'excusent de ne pouvoir assister à cette séance et à un certain nombre des séances suivantes. Le 17 mai, le Conseil de la Société a tenu une séance, dans laquelle diverses décisions importantes ont été prises. Le rapport présenté par M. E. L. Bouvier à la séance du 14 mai, et renvoyé par la Société à l'examen du Conseil, a été approuvé à l'unanimité. Il a été décidé qu'une somme de 100 fr. serait inscrite au budget pendant trois années consécutives, au crédit du Bureau bibliogra- phique international ; que la Société prendrait l'initiative d'une souscription à ouvrir entre les diverses Sociétés savantes fran- çaises ; que les membres de la Société prendraient en outre l'ini- tiative d'une souscription à ouvrir entre les savants français ou les personnes qui s'intéressent au progrès scientifique. Cette dernière souscription a été ouverte séance tenante et a produit une somme de 270 francs. Dans la séance de ce jour, la souscription susdite a atteint un chiffre de 880 francs. Ont souscrit : MM. le prince R. Bonaparte, 500 fr.; J. de Guerne, 100 fr.; J. Vian, 20 fr.; L. Vaillant, 20 fr ; Ch. Schlu m berger, 20 fr.; J. Richard, 20 fr.; Fr. Secques, 10 fr.; Pli. Dautzenberg, 20 fr.; Y. Lemoine, 10 fr.; E.-L. Bouvier, 10 fr.; R. Blanchard, 20 fr.; H. Gadeau de Kerville, 20 fr.; Ch. Alluaud, 10 fr.; E. Hérouard, 10 fr.; H. Fischer, 10 fr.; \Y. Brôlemann, 20 fr.; E. Simon, 20 fr.; Guiart, 10 fr.; Caustier, 10 fr. Les fonds sont déposés entre les mains de M. R. Blancbard, auquel on est prié d'adresser toute souscription. M. le D 1 ' 11. H. Field écrit de Londres, à la date du 27 mai, que la Station zoologique de Naples a promis au Bureau international de bibliographie une subvention annuelle de 1000 francs et que des pourparlers engagés avec divers grands établissements scientifiques de l'étranger lui font espérer encore d'autres souscriptions impor- tantes. Le Conseil a également délègue M. E. Caustier dans les fonctions de Secrétaire intérimaire, en remplacement de M. L.-B. de Kerhervé, démissionnaire pour raisons de saule. SEANCE DU 2.8 MAI iS'.l.'i 143 Sur l'invitation qui lui en est faite par M. le Président, M. Caus- tier prend place au bureau et remercie la Société de la confiance qu'elle lui témoigne. MM. Fockeu, Nasso.nov et Noualhier, présentés à la précédente séance, sont élus membres de la Société. MM. L. Vaillant et R. Blanchard présentent M. J. Percy Moore, instructor in zoology, Uuiversity of Peunsylvania, à Philadelphie, Penna (Etats-Unis) ; Et M. Elyah Howarth, F. R. A. S., curator, public Muséum, à Sheltield (Angleterre). MM. L. Vaillant et E. Simon présentent M. Edvard Ellingsen, à Kragero' (Norvège). M. J. de Guerne annonce à la Société que M. le D 1 Jousseaume est revenu de son voyage dans la mer Rouge et que M. François est revenu de sou voyage en Océanie. M. H. Gadeau de Kerville critique la façon dont sont paginés les tirés à part. Il dit que la pagination originale du Bulletin et des Mémoires doit seule y figurer, et qu'une pagination nouvelle, commençant à la page 1, est inutile et devient trop souvent une source de confusion, même quand la pagination originale est con- servée concurremment avec celle ci. Il demande donc que cette pagination nouvelle soit supprimée désormais. La Société adopte cette proposition à l'unanimité. La pagination originale sera seule maintenue; une pagination nouvelle ne lui sera adjointe que lorsque l'auteur en fera la demande expresse. LA DESTRUCTION DES OISEAUX UTILES A L'AGRICULTURE (i), par Xavier RASPAIL. Dans son numéro du 16 mai, V Acclimatation rend compte d'une visite qu'un de ses rédacteurs a faite le dimanche précédent au marché aux Oiseaux. Outre des milliers d'Oiseaux des différentes espèces visées par la loi, il a constaté qu'il y avait 180 à 200 Rossi- gnols. « Le soir, à cinq heures, il en restait une centaine, dont plus de soixante femelles. » Tous ces Oiseaux, capturés quelques jours auparavant, ne peu- (\) Extrait de la Revue scientifique, p. (ïii'j, ïo mai 18'Jl\ 144 séance du 28 mai 1895 vent pas vivre en captivité; ils meurent d'autant plus rapidement que la liberté leur a été ravie en pleine période de reproduction. C'est donc une destruction aussi abominable que stupide, ne prolitant qu'à une bande d'individus, véritables braconniers, qui, à l'aide de tous les engins prohibés, dépeuplent nos bois et nos champs de leurs hôtes les plus précieux. En dépit des réclamations réitérées du monde savant depuis nombre d'années, rien n'est donc changé ; témoin ce que m'écrivait en 1892 mon vénérable collègue, M. J. Vian, président honoraire de la Société Zoologique de France : « Le dimanche 1 er mai, à deux heures, je traversais le marché aux Oiseaux : j'y ai vu plus de 2 000 Chardonnerets dont la fraîcheur des plumes attestait une capture d'un jour ou deux au plus. Cer- tains individus en avaient plusieurs centaines chacun. Il y avait d'autres Passereaux dans les mêmes conditions, mais les Chardon nerets étaient beaucoup plus abondants. Je suis rentré chez moi navré. » Oui, on est navré de voir la loi outrageusement violée sous les yeux même de l'autorité, car il n'y a pas à sortir de ce dilemme : ou M. le Préfet de police ignore les faits délictueux qui se passent ouvertement au marché aux Oiseaux et une telle ignorance de sa part serait déjà blâmable; ou il en est instruit et laisse faire, et, dans ce cas, c'est au ministre compétent de conclure. En fait, existe-t-il une loi défendant la capture, le colportage et la vente des Oiseaux utiles? Si oui, j'en demande la rigoureuse application. Et, en cela, je crois être l'interprète de tous les esprits sensés qui, depuis trop longtemps, ont déjà à déplorer la complicité de l'Admi- nistration supérieure dans la destruction en masse des Oiseaux insectivores qui s'opère dans l'est et le midi de la France, lors des passages de l'automne et du printemps. Le moment est venu de faire cesser ces « irrégularités », si l'on veut que la France puisse être représentée avec autorité dans la Commission internationale dont le ministre de l'Intérieur a provoqué la réunion, de concert avec le ministre de l'Agriculture, pour rechercher justement les moyens de protéger les Oiseaux utiles. — A la suite de cette lecture, la Société renouvelle à l'unanimité le vœu, déjà émis par elle maintes fois, que les pouvoirs publics appliquent avec la plus grande rigueur les lois assurant la protec t ion des petits Oiseaux insectivores. séance du 28 mai 1895 H5 SUR QUELQUES INDIVIDUS, TYPES D'ESPÈCES CRITIQUES DU GENRE TRITON, APPARTENANT AUX COLLECTIONS DU MUSÉUM, par Léon VAILLANT, Président de la Société. L'intérêt que peut présenter la connaissance des exemplaires authentiques étudiés par des Zoologistes connus, m'engage à expo- ser le résultai de recherches que j'ai dû faire sur les individus de la collection du Muséum d'Histoire Naturelle ayant servi pour éta- blir certaines espèces critiques du genre Triton (1), observées dans les Pyrénées, par Bibron spécialement, lors de son séjour aux Eaux-Bonnes, Batraciens décrits par M. Alfred Dugès, cités de nouveau dans le tome dernier de V Erpétologie générale, par Constant et Auguste Duméril, tout le monde étant d'ailleurs d'accord, en particulier ces trois auteurs, pour les regarder à peine comme des variétés du Triton asper Dugès. Ce travail d'assimilation n'est pas sans présenter, déjà à l'heure actuelle, de sérieuses difficultés et celles-ci ne feront sans doute qu'augmenter avec le temps, le but du présent travail serait de les diminuer pour l'avenir dans la limite du possible. Les indications précises manquent dans les archives du labo- ratoire d'Herpétologie, où nous ne trouvons aucune meution d'entrée pour les Batraciens urodèles rapportés par Bibron, ce qui était habituel à cette époque pour des dons analogues auxquels on sem- blait n'attacher qu'une médiocre importance, parce qu'il s'agissait d'espèces indigènes, recueillies par des personnes attachées à l'établissement. On doit toutefois présumer que c'est en 184(> (2), peu de temps avant sa mort, survenue le 27 mars 1848, que le regretté Bibron les avait pris et observés, en rédigeant les notes que M. Alfred Dugès. que Constant et Auguste Duméril, disent avoir eues entre les mains. A ces spécimens il faut en joindre deux autres (1) On a généralement aujourd'hui abandonné le terme générique Triton Lau- renti, pour celui de Molge Merrem. Le bien fondé de cette modification synony- mique, faite en vue de se conformer au droit de priorité, me parait contestable. Sans doule Linné s'est servi du nom de Triton concurremment avec Laurenti (I7G8), seulement il l'applique non pas à un arinial réel, mais à un débris d'animal, comme Cuvier l'a parfaitement montré (Ri-gne animal, 1817, II, p. 506), le genre ne peut donc être regardé comme légitime. (2) D'après une indication prise dans l'Erpétologie générale, IX, p. 152. 146 SÉANCE DU 28 MAI 1895 donnés par Laurillard, à une époque qu'il n'est pas possible de déterminer. Le décès de ce savant ayant eu lieu en 1853, ces exem- plaires auraient pu, à la rigueur, entrer aux collections dans l'inter- valle qui sépare la publication de Dugès, où il n'en est pas fait mention de celle du tome IX de Y Erpétologie générale, dans lequel ils sont pour la première fois cités, l'absence de renseignements sur les registres d'entrée de cette période, où les indications étaient devenues plus régulières et plus précises, rend la chose peu proba ble, ils seraient plutôt soit antérieurs aux premiers, soit leurs contemporains. Les éléments auxquels on peut avoir recours pour déterminer ces types sont le travail de M. Alfred Dugès (1), puis Y Erpétologie géné- rale (2), enfin ce que contiennent les archives du laboratoire, en ajoutant à celles ci les précieux renseignements de tradition qu'ont pu fournir certaines personnes attacbées d'ancienne date au ser vice (3). Il est douteux que ces animaux aient été sérieusement étudiés par Bibron à un point de vue zoologique. Déjà gravement atteint, en 1846, de l'affection qui devait le conduire au tombeau et pour le soulagement de laquelle il s'était rendu aux Eaux-Bonnes, ce savant paraît s'être contenté de recueillir les Batraciens, que le hasard lui avait fait rencontrer dans cette station, notant sous des noms provisoires les particularités, qui le frappaient, surtout semble-t il des variétés de colorations. Ces documents, on l'a vu plus haut, furent d'abord communiqués à M. Alfred Dugès, puis également mis en œuvre par Constant et Auguste Duméril, et c'est certainement dans l'idée de rendre hommage à la mémoire et à la science de leur regretté collaborateur, qu'ils ont adopté ces différents noms, bien qu'ayant les uns et les autres la pensée formellement énoncée dans dans leurs travaux (4) qu'ils se rapportaient tous à un seul type spécifique. Cette conviction n'a pas certainement été sans influence sur (1) A. Dugès, Recherches zoologiques sur les Urodèles de France. Ann. Se. Nat., (3), XVII, p. 253-272, pi. I B, 1852. (2) Duméril et Bibron 1854, Erpétologie générale, IX, p. 139etsuiv., pi. Cil, fig.4;pl. CVF,fig.2 et 3. (3) Je citerai particulièrement, leur exprimant ici toute ma gratitude, M. F. Bocourt, qui, entré au laboratoire en 1834, a longtemps travaillé sous les ordres de Bibron, et M. Thominot, attaché au service en 1853 seulement, mais qui a participé activement à l'établissement des catalogues. (4) Voir Dugès, loc. cit., p. 267 ; Duméril et Bibron, loc. cit., p. 151. SÉANCE DU 28 MAI 189.» U7 leur espril et explique, jusqu'à un certain point, le vague des des- criptions et des renseigneineuts qu'ils nous ont laissés. L'étude de M. Alfred Dugès est cependant faite avec méthode et doit être priseen très sérieuse considération pour la connaissance générale de ces Batraciens, bien que les subdivisions qu'il propose pour le genre Triton ne puissent guère être et n'aient pas été adop- tées. En ce qui concerne les espèces dont il est plus particulière- ment ici question et qui sont au nombre de cinq (n os 6 à 10 du Mémoire), il donne pour chacune d'elles, après une courte diagnose, la synonymie, ici sans importance, puisqu'il ne t'ait que reproduire les noms manuscrits adoptés par C. Duméril d'après Bibron, puis la forme générale, la coloration, les dimensions. Sauf pour ce qui est des couleurs, on ne tire que peu de renseignements des autres caractères quanta la connaissance individuelle des types, même en ce qui concerne les dimensions, ces dernières étant trop peu diffé- rentes les unes des autres, 93 ram de long comme minimum et 112 mm comme maximum, avec tous les intermédiaires. Pour les teintes dans plusieurs cas, il est même assez difficile de s'y reconnaître, vu le vague de certains termes et d'autre part la possibilité que, depuis cette époque, elles aient pu subir certaines modifications. Dans un paragraphe qui termine chacune des descriptions sous la rubrique : Reînarqnes, on trouve des renseignements, si l'on peut dire, intimes, qui, pour certaines formes, conduisent à une plus grande certitude. Je crois aussi devoir signaler le tableau synoptique placé dans le corps du Mémoire (1) ; l'auteur avait évi- demment pour but d'y mettre en lumière les caractères les plus frappants, et, comme il s'agit plutôt de distinguer des individus que des espèces, étant données ses idées à ce sujet, on comprendra facilement l'utilité que ce document peut avoir dans le cas actuel. Une planche sur laquelle douze figures sont consacrées aux formes, dont il est ici question, accompagne le Mémoire; mais, sauf une figure d'ensemble représentant YHemitriton purictulatus, les autres relatives à l'ostéologie du crâne, à la présence de l'arcade fronto- temporale, à la disposition des dents, n'offrent aucune utilité, tant sont insignifiantes les différences qu'on pourrait y remarquer. Les renseignements consignés dans Y Erpétologie générale, n'ajou- tent guère aux précédents, toutefois on y trouve énoncé une nou- velle forme, le Triton pyrenœus, et, sur le nombre et l'origine des exemplaires, certains détails qui sont d'un réel secours. Ajoutons que deux figures d'ensemble, en couleur, exécutées par Oudart, font (1) Dugès, Loc. cit., p. 257. 148 séance du 28 mai 1895 connaître d'une façon assez précise deux individus. Plus souvent peut-être que dans le travail de M. Alfred Dugès, on y trouve des indications importantes sur le nombre des exemplaires par sexe pour chaque forme. Il est nécessaire de remarquer qu'à cette époque et jusqu'à ces derniers temps (1) on considérait comme mâles les individus ayant l'orifice cloacal prolongé, tubuliforme, comme femelles ceux chez lesquels cet orifice, en fente longitudinale, est limité par deux lèvres latérales plus ou moins saillantes, ce qui. d'après les recherches des auteurs modernes, est juste le contraire de la réalité. Les archives du laboratoire d'Herpétologie, qui peuvent être utilisées pour le sujet qui nous occupe, comprennent, avec les livres des entrées, le catalogue des numéros individuels (dit aussi catalogue des parchemins, les exemplaires ou réunion d'exem- plaires d'une même espèce étant renseignées par un numéro d'ordre, fait à l'em porte-pièce sur des bandelettes de cette substance), en lin le catalogue systématique. Dans ce cas particulier, j'ai insisté à plu- sieurs reprises sur l'absence de renseignements au livre des entrées tel qu'il était compris à cette époque. Le catalogue des numéros individuels n'était pas non plus créé, car ce système, précieux surtout pour les collections dans l'alcool, n'a été inauguré sous Auguste Duméril qu'en 1861 et les parchemins n'ont élé mis à ces exemplaires spéciaux qu'à partir de 1868 au plus tôt et encore pour un seul d'entre eux (n° 1082), car pour les autres c'est après 1875, c'est-à-dire dans la période où a été commencée la remise eu état générale des collections herpétologiques et ichthyologiques sous la direction de M. le Professeur Emile Blanchard. Il en résulte qu'en plaçant ces numéros individuels on n'a fait qu'employer les renseignements consignés au catalogue systéma- tique pour les reporter au dit registre des parchemins, par consé- quent, le premier seul fait foi, et ce qu'il nous donne est un peu succinct, comme on pourra en juger. Tous les animaux sont placés sous le nom d'Euproctus Rusconii Gêné, conformément à l'opinion adoptée en définitive dans VErpé- tologie générale (2) et je donne ici le relevé complet de ce qui cou cerne cette espèce. Dans cet extrait la première colonne renferme les numéros du catalogue systématique, la dernière les numéros (t) Schreiber, Berpetologia europœa, p. 10, 187o. Toutefois pour son Triton plalycephalits, ce même auteur (p. 56) dit que le cloaque est tubuleux dans les deux sexes. (2) Erpétologie générale, p. 159, 1854, séance ne 28 mai 1895 149 individuels, la troisième le nombre d'exemplaires contenus dans chaque bocal. 845 Euproctus Rusconii Géué I Pyrénées : Philippe 4737 846 id. 4 Pyrénées : Bibron 1082 847 id. 1 Pyrénées : Laurillard 5337 848 id. 3 Pyrénées : Biliron 4739 849 id. 2 Pyrénées : Bibron 4738 850 id. 2 Pyrénées : Bibron 4740 s.il id. 3 Pyrénées : Bibron 4741 852 id. 3 Pyrénées : L'Isle 473 Ce catalogue doit avoir été établi vers 1862 et je ferai remar- quer lout d'abord qu'il est inutile d'avoir égard, pour la recherche des types dont il est ici question, aux numéros systématiques 845 et 852. Le premier se rapporte à un donateur qui n'est mentionné ni dans le mémoire de M. Alfred Dugès, ni dans V Erpétologie géné- rale; sans qu'il soit possible de préciser l'année dans laquelle cet exemplaire est entré dans les collections, cela paraît toutefois devoir être plutôt ancien. Quant aux trois individus mentionnés sous le n° 852, dont un a été retiré pour l'étude, le nom du donateur M. Arthur de l'Isle de Dréneuf, indique assez que l'envoi est posté- rieur à 1854, date de la publication du tome IX de l'ouvrage de Duméril et Bibron. La recherche ne doit donc porter que sur les six bocaux intermédiaires. Avant d'entrer dans les détails de cet examen je répéterai encore une fois que tous ces exemplaires appartiennent incontestablement à une seule et même espèce à laquelle on peut conserver le nom de Triton asper, proposé pour les réunir par M. Alfred Dugès dans le travail où précisément il faisait connaître les observations de Bibron. Peut être aurait-il été préférable d'adopter alors une des dénomi- nations données par ce dernier, mais dans l'embarras du choix et, d'autre part, ces noms étant encore manuscrits, l'auteur était fondé à agir de cette façon. En tous cas, d'après M. Boulcnger, l'épi thète plus ancienne de platycephalus, donnée par Gr.ivenborst (1829) à un Batracien du même groupe, ne peut s'appliquera cette espèce comme l'avait cru M. Scbreiber, mais désigne soit le Triton montanusSsvî, de Corse, soit le Triton Rmconii Gêné, de Sardaigne. Il peut toutefois rester des doutes à cet égard, la description de Gravenborst est assez vague et le lieu de provenance est inconnu, car le détail donné par l'auteur que les exemplaires ont été rapportés d'Autriche, doit plus vraisemblablement être interprété 150 SÉANCE DU 28 MAI 189.) dans ce sens qu'ils lui avaient été donnés par le Musée de Vienne que comme indiquant une localité précise. 1. Hemitriton cinereus Dugès, p. 263, n° 6, fig. 14 et 15. Triton cinereus Duméril et Bibron, p. 151, n° 10. N° 4741. — 3 exemplaires. M. Alfred Dugès n'indique point le nombre d'exemplaires observés par lui, mais les auteurs de l'Erpétologie générale disent expres- sément n'en avoir trouvé que deux, mêlés aux Tritons poncticulés recueillis par Bibron. Ce détail me parait expliquer la présence dans le local d'un troisième individu, laissé sans doute là comme témoignage de la confusion primitive, il porte en effet une ligne dorsale assez nette, ce qui devrait, par suite, le faire rapporter soit au Triton punctulatus, soit au T. Bilroni, formes, on le verra plus loin, très difficiles à distinguer l'une de l'autre, et nullement au Triton cendré. Les deux autres individus répondent bien aux deux descriptions par nombre de détails, surtout en les complétant l'une par l'autre, ainsi, ils ont le ventre gris clair semé de petites taches un peu plus foncées, comme le dit M. Alfred Dugès, lecor,is et les côtés delà queue piquetés de blanc, conformément aux détails donnés par les auteurs de l'Erpétologie générale. Leur origine a été indiquée plus haut. 2. Hemitriton rugosus Dugès, 1852, p. 264, n° 7, fig. 16-17. Triton rugosus Duméril et Bibron, 1854, p. 150, n° 9. Coll. Mus., n° 4740 — 2 exemplaires. M. Alfred Dugès parle d'un seul individu, V Erpétologie générale en mentionne deux, la localité serait inconnue. Dans le bocal, qui me paraît se rapporter à celte espèce, se trou- vent deux exemplaires, dont l'un répond très bien à la description donnée par M. Alfred Dugès, en ce qui concerne la couleur du ventre et des ongles, lesquels sout, au moins pour la plupart, incolores. L'autre exemplaire, au contraire, a le ventre uniformément pâle et le bout des doigts noirs. Il est donc probable que le premier est le type réel, l'autre y aura été adjoint après coup. Je ferai remarquer également que le catalogue systématique porte comme pour les autres animaux : Pyrénées, Bibron ; soit qu'on ait SÉANCE DU 28 MAI L89b 151 reconnu plus tard que ce dernier les avait rapportés, soit que le copiste, qui a remis au net ce catalogue, ait, par erreur, continué l'inscription îles lignes précédentes. 3. Hemitriton punctdlatus Dugès, 1852, p. 2(i5. n°8, fig. I, 2, .'Jet 18. Triton puncticulatus Duraéril et Bibron 1854, p. 152, pi. 102, fig. 4 et pi. 100, fig. 3. Coll. Mus., n° 4739. — 3 exemplaires. Le bocal ne renferme que des individus ayant l'orifice cloacal tubuleux,c'est-à dire mâles pour les auteurs deY Erpétologie générale. ils disent d'ailleurs ne pas en avoir observé de l'autre sexe. Parmi ces exemplaires s'en trouve un particulièrement tacheté sous le ventre, qui a dû servir de modèle pour la figure d'ensemble donnée par Dugès. Pour celui qu'ont figuré Duméril et Bibron sur leur planche 106, il est plus difficile de reconnaître lequel a bien pu être choisi ou si c'est même aucun d'eux, car on n'y voit pas claire- ment que le cloaque soit tululeux, il paraît plutôt hémisphérique, autant qu'il est permis d'en juger, n'y aurait-il pas eu confusion et n'aurait-on pas pris un individu des Triton cinereus (n° 4741)? Bibron, suivant l'Erpétologie générale, en avait rapporté des Eaux- Bonnes une vingtaine d'individus, tous mâles, d'après la citation faite plus haut. M. Alfred Dugès toutefois, en indiquant que les lèvres du cloaque sont « ordinairement prolongées en cône », semble vouloir dire qu'il n'en est pas de même chez tous et qu'il devait y avoir un certain nombre d'exemplaires ayant le cloaque simple, c'est-à-dire pour lui femelles. i. Hemitriton Birroni Dugès, 1852, p. 266, n° 9, fig. 19-20. Triton Birroni Duméril et Bibron, 1854, p. 153. Coll. Mus., n° 10S2. — 4 exemplaires. Aucun des individus renfermés dans ce bocal n'a, à proprement parler, l'orifice cloacal tubuleux. Or, M. Alfred Dugès dit que le cloaque est parfois allongé en cône, Duméril et Bibron d'autre part affirment avoir distingué quatre mâles et deux femelles, les pre- miers reconnaissables « par le prolongement arrondi de l'extrémité de leur cloaque dirigée en arrière ». Tout cela ne répond que très imparfaitement à ce que nous avons sous les yeux et d'ailleurs est conforme à cette remarque du premier de ces auteurs, qu'il est difficile de distinguer ses Hemi- 152 SÉANCE DU 28 MAI 1895 triton punctulatus et H. Bibroni. Il faut évidemment pour cette dernière forme se contenter de présomptions en ce qui concerne les types réels et j'insiste «le nouveau ici sur les réserves avec lesquelles peuvent être présentés les rapprochements. 5. Hemitriton asper Dugès, p. 266, n° 10, fig. 21 et 22. Triton répandus Duméril et Bibrou, p. 151, n° 11. PI. 106, fig. 2. Coll. Mus., n° 4738. — 2 exemplaires. On ne peut guère avoir de doutes que ces exemplaires à orifice cloacal simple ne soient les types de cette forme, l'un d'eux est certainement celui figuré daus l'Erpétologie générale, l'autre répou- drait bien à l'exemplaire dont parle M. Alfred Dugès comme ayant répiderme en assez mauvais état. La peau de la tête a été disséquée chez ce dernier pour mettre à nu l'arcade fronto-temporale; il aura servi pour les figures données par cet auteur. La seule difficulté c'est que le catalogue systématique sous le n° 849, n'indique comme douateur que AI. Bibrou. A la rigueur cela serait conforme au texte de M. Alfred Dugès qui parle de deux exemplaires et donne comme localité les Eaux-Bonnes. Mais, daus V Erpétologie générale se trouve expressément dit que les deux indi- vidus, deux femelles, ont été recueillis l'un par Bibron, l'autre par Laurillard. Nous ne trouvons catalogué, sous le nom de ce dernier naturaliste dans les collections du Muséum, qu'un individu dont il sera question dans l'article suivant, sous le nom de Triton pyrenœus Duméril et Bibrou. Les deux individus placés sous ce numéro ont- ils été réunis daus un même bocal, comme appartenant à une même espèce, et, plus tard, a-ton négligé d'inscrire le nom d'un des donateurs? La chose est possible, mais ce n'est là qu'une supposi- tion. 6. Triton pyrenœus Duméril et Bibron, p. 139, n°3. Coll. Mus., ii° 5337. — 1 exemplaire. Je ne vois que cet individu à cloaque simple, qui puisse être regardé comme le type vu par les auteurs de Y Erpétologie générale. En gros la description lui convient parfaitement, sauf les points suivants : le ventre, suivant Duméril et Bibron, serait d'une teinte jaune ou safranée, limitée régulièrement sur les bords, or, l'on trouve ici que la teinte brune des flancs forme de distance en dis tance des sortes de promontoires irréguliers : secondement le bout des doigts en dessus est plutôt brun que d'une teinte jaune rou- SÉANCE M 2& mai 189b I.'i3 geâtre. Cette dernière différence pourrait s'expliquer par l'action plus prolongée de l'alcool. L'individu porte le nom de Laurillard comme donateur ; M. Alfred Dugès n'en fait pas mention. SINGULIÈRE MANIFESTATION DE L'AMOUR MATERNEL CHEZ UN OISEAU, par Xavier R ASP AIL. En général, si les Oiseaux, lorsqu'on enlève leurs couvées, mani- festent leur désespoir par des cris bruyants, leur émoi estde courte durée ; beaucoup même s'éloignent silencieusement et ne revien- nent pas autour du ravisseur. La Mésange charbonnière agit ainsi et pourtant, on sait avec quelle ténacité elle reste sur le nid lorsqu'on veut le lui faire quitter, cherchant à effrayer l'intrus par un bruit de souffle déto- nant qui surprend toujours et fait tressauter nerveusement ceux mêmes qui y sont depuis longtemps habitués. La Fauvette à tète noire, dont on connaît les manœuvres dramatiques pour attirer sur elle le danger qui menace son nid, revient en poussant son petit cri plaintif, si elle voit qu'elle n'a pas réussi ; mais, dès qu'elle a constaté que la perte de sa couvée est consommée, elle ne s'attarde pas à continuer ses plaintes dans les buissons qui n'ont pas suffi à protéger sa progéniture; elle se tait et disparait. La Pie proteste perchée à de grandes distances ; le Corbeau Cor- neille se contente de décrire quelques cercles dans les airs en croassant, puis il s'éloigne définitivement; le Geai, lui, ne décèle même pas sa présence. Chez ces trois oiseaux l'instinct de leur propre sécurité domine évidemment leur affliction à des degrés variés. Certains Oiseaux de Proie, au contraire, tendent à défendre leurs jeunes contre l'Homme et ce ne sont pas toujours les plus gros qui montrent le plus de hardiesse à l'approcher et à venir le raser presque de leurs ailes; ce n'est toutefois de leur part qu'un premier mouvement qui ne persiste pas longtemps. Mais à côté de ces différentes façons d'agir, qui sont communes à la généralité des Oiseaux d'une même espèce, on rencontre des indi- vidualités qui paraissent douées de sentiments plus développés. C'est ainsi que j'ai vu un mâle Perdrix (Starna cinerea) se lancer sur un Chien, en arrêt sur ses poussins, avec une témérité qui lui 154 SÉANCE DU 28 MAI 1896 aurait certainement coûté la vie, si je n'étais pas arrivé à temps pour le protéger; évidemment, chez ce mâle, l'amour paternel était plus vif que chez la plupart des autres individus de son espèce qui, ordinairement, commencent par prendre leur vol pour aller tomber à quelque distance et revenir ensuite, en se dissimulant dans les récoltes, rallier leurs petits dispersés pour les entraîner au loin. Un autre jour, en me baissant pour cueillir une plante, j'eus à subir les assauts d'une poule Faisane, dont les petits éclos tout récemment se chauffaient au Soleil blottis les uns contre les autres et que ma maiu avait presque et bien involontairement touchés. Les ailes pendantes, les plumes hérissées, la mère se jeta pour ainsi dire sur moi, risquant audarieusement sa vie, car il m'eut été facile de la saisir ou tout au moins de l'atteindre d'un coup de canne. Or, en pareil cas, les autres femelles du Faisan vulgaire s'envolent et vont à distance rappeler les jeunes qui presque toujours s'éparpillent en tous sens à rapproche d'un danger. Le fait suivant, que je viens de voir se produire, revêt les carac- tères d'un sentiment qui se rapproche encore davantage des senti- ments humains. Dans le courant de mai de cette année, un couple de Rouge Queue de muraille (Ruticilla phœnicura) avait établi son nid dans une cavité artificielle formée d'un vieil entonnoir adapté sur une planche fixée à la palissade d'une volière. Les cinq jeunes, qui étaient éclos sur six œufs formant la ponte, semblaient être là en parfaite sûreté, malgré le voisinage de nom- breux Rongeurs attirés sur ce point; ils approchaient du moment où ils allaient être assez forts pour quitter leur berceau, lorsqu'un matin, mon jardinier lut surpris d'entendre les cris d'inquiétude poussés par le père et la mère qui voltigeaient aux environs dans les branches des arbres. Jugeant que quelque événement insolite avait dû se produire dans la petite famille, il alla regarder dans l'intérieur de l'entonnoir et aperçut les jeunes morts au milieu du bouleversement des matériaux du nid mélangés de nombreuses plumes des victimes; deux avaient la cervelle mangée, la lète des autres était ensanglantée et comme mâchée. L'auteur de ce massacre n'avait pu pénétrer par l'ouverture à laquelle il n'aurait su parvenir; mais il s'était introduit à l'intérieur en faisant un trou dans le bois légèrement vermoulu de la planrhe, à un point où le bord de l'eutonuoir laissait justement un jour de quelques millimètres. SÉANCE DU 28 MAI 1898 188 A en juger par les dimensions de ce trou, c'était à n'en pas douter a une Souris qu'il fallait demander compte de ce méfait. Aussi, pensant qu'elle reviendrait manger les cervelles qu'elle n'avait pas eu le temps d'entamer, le jardinier eut l'idée, après avoir retiré les cadavres, d'amorcer un petit piège à ressort avec une des têtes des jeunes Rouge-Queue et il fixa ce piège près du trou pratiqué par la Souris pendant que la mère redoublait ses cris et manifestait la plus vive agitation. A peine venait-il de s'éloigner qu'il entendit le bruit caractéristique que fait le piège en se détendant; il revint sur ses pas pour le remettre eu place et resta stupéfait de trouver la femelle Rouge-Queue, la tète prise entre les deux brandies du piège et agitée des dernières convulsions de l'agonie. Confus et désolé d'avoir obtenu un résultat aussi éloigné de ses intentions, il m'apporta le piège ainsi garni de la tète du jeune fixée sur l'aiiïuille de détente et du cadavre delà malheurense mère dont le bec touchait cette petite tête décapitée comme si, dans son affo- lante douleur, elle s'était précipitée pour la reprendre ou lui donner une dernière caresse. NOTE SUR UNE PLIE FRANCHE ET UN FLET VULGAIRE ATTEINTS D'ALBINISME, par Henri GADEAU DE KERVILLE. Bien que les cas d'albinisme ne soient pas très rares chez ces deux espèces, particulièrement chez le Flet vulgaire, je crois qu'il n'est pas sans intérêt de décrire les deux spécimens que je possède, conservés dans l'alcool, et qui proviennent : le premier (Plie franche), des côtes de la Normandie ; le second (Flet vulgaire), de l'estuaire de la Seine. Je dois la détermination de ces deux spéci- mens à un ichthyologiste des plus distingués, à notre collègue, M. le D 1 Emile Moreau. Plie franche (Platessa vulgaris Flem.). Cet albin est tourné normalement, c'est-à-dire à droite. Tout son côté droit est blanc, sauf une tache d'un brun-noir, s étendant de l'extrémité du museau jusqu'à la partie postérieure des yeux, et se prolongeant un peu en arrière et au-dessous d'eux. Il existe aussi quelques taches linéaires, d'une couleur grise, à la partie posté- rieure de la nageoire pectorale droite et de la nageoire caudale. Les iris sont d'un jaune pâle (dans l'alcool). Quant au côté auophthalme, l.'iO SÉANCE DU 28 MAI i89o il ne présente rien de spécial. En outre, on voit, dans là région du corps qui tourbe à la partie basilaire inférieure de la nageoire caudale, nu trou subelliptique assez grand, que j'attribue plutôt à uu accident qu'à une anomalie congénitale. Cette Plie franche albine a une longueur totale de m ,19, depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la nageoire caudale, et une largeur maximum, nageoires comprises, de m . 11, mesures effectuées après un long séjour de l'exemplaire dans l'alcool. Flet vulgaire (Flesus vulgaris E. Moreau). Ce spécimen est tourné à gauche, soit anomalement. Son côté gauche est brun-roux, sauf une très grande tache blanche, de forme irrégulière, qui existe dans la moitié postérieurede ce côté. Le côté gauche des nageoires dorsale, anale et caudale est blanc, avec des taches linéaires d'un brun roux. Les iris sont d'un jaune pâle (dans l'alcool), et, fait intéressant a noter, la ligne latérale du côté gauche est dépourvue de spinules dans la partie blanche. Ouant au côté anophthalme, il ne présente rien de particulier. Ce Flet vulgaire albin a une longueur totale de m ,25, depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la nageoire caudale, et une largeur maximum, nageoires comprises, de m 13, mesures relevées après un long séjour de l'exemplaire dans l'alcool. Ouvrages reçus depuis le 2S février 1895 l-'r. Ahlborn, Der Flug der Fische. Realgymnasium des Johanneums, gr. in -'»", 56 pages et I pi., Hambourg, 1895. 1. J. V. I'arboza du Bocage, Sur un Batracien nouveau de Fernâo do P<>. Jorn. de se. mathem., phys. e naturaes, (2), XII. Lisboa, 1895 1. Id., Rerpétologie d'Angola et du Congo. Lisbonne, in-8°. iOO pages et 19 pi., 189J. Th. Barrois, Quelques observations au sujet du Bodo urina rius Hassall. 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A. le Prince de Monaco: Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacliL par Albert I" r , prince souverain de Monaco, publiés sous sa direction arec le concours du baron J. de Guerne, chargé des travaux zoologiques h bord. — Fasc. VIII. Zoanthaires, provenant des campagnes de ^Hirondelle (Golfe de Gascogne, iles Açores, Terre-Neuve), par E. Jourdan, 1 vol. avec i pi. en couleurs. Offert par M. Cn. Rarot : Association française pour l'avancement des Sciences. Sessions de 188'J, I8'jo et 1891, 5 volumes. 160 Séance du 11 Juin 1895 PRÉSIDENCE DE M. LE PROF. L. VAILLANT, PRÉSIDENT M. le Président présente les félicitations de la Société à M. le D 1 H. Fockeu, nommé officier d'Académie à l'occasion de l'inaugu- ration des nouveaux bâtiments de l'Université de Lille. M. Certes annonce qu'il ne lui sera pas possible d'assister aux séances prochaines et exprime ses regrets à ce propos. La souscription ouverte pour la fondation du Bureau international de bibliographie zoologique atteint actuellement un total de 920 fr. Total de la liste précédente : 880 fr. Ont souscrit : MM. A. Certes, 20 fr. ; L. Petit, 10 fr. ; Vignal, 10 fr. Les membres de la Société inscrits jusqu'à ce jour pour le Congrès de Leyde sont MM. Alluaud, Th. Barrois, B. Blanchard, M me R. Blanchard, MM. Brôlemann, Dautzenberg, H. H. Field, H. Cadeau de Kerville, J. de Guerne, d'Hamonville, L. Joubin, A. Milne- Edwards, E. Olivier, X. Baspail, J. Richard, Ch. Schlumberger, L. Vaillant, J. Vian. Total : 18. MM. Ellingsen, Howarth et J. Percy Moore, présentés à la pré- cédente séance, sont élus membres de la Société. La Revue scientifique du 1 er juin 1895 a publié intégralement les Règles de la nomenclature des êtres organisés adoptées par les Congrès internationaux de zoologie. M. le D r Ch. Leloup adresse la note suivante : « Dernièrement j'ai fait de la chirurgie ornithologique. J'avais mis une paire de Tourterelles dans la même cage qu'une Poule noire. Celle-ci attaqua le mâle, qui eut le jabot ouvert ; tous les tissus voisins de l'œsophage étaient lacérés ; on voyait en cette région une large plaie, d'où s'échappaient les grains avalés par l'Oiseau. Je fis aussitôt un lavage antiseptique et fermai la plaie à grand'peine avec trois points de suture. Ma petite malade emplumée supporta très bien l'opération et, moins de deux jours après, elle continuait à manger et à digérer. Au bout de quelques jours, la cicatrisation était complète et les plumes repoussaient. Aujourd'hui mes deux Tourterelles ont complètement oublié cet accident et sont très occupées de leur nid, qui renferme deux œufs. Quelques cultiva- teurs m'ont dit avoir vu des faits de ce genre, dans lesquels des éventrations du jabot guérissaient spontanément ». SÉANCE DU 11 JUIN 1895 101 DE L'EXCRÉTION CHEZ LES HOLOTHURIES, par Edgard HÉROUARD, Chef des travaux de zoologie à la Sorbonne. Les recherches anatomiques et histologiques qui ont été faites sur les Holothuries ont montré qu'il n'existe pas chez ces animaux d'organe spécialisé dans le but unique de les débarrasser des matières de rebut. La façon dont s'opère leur expulsion présente cependant un intérêt capital, car elle permet seule d'expliquer comment le milieu intérieur peut maintenir son statu quo vital. J'ai montré (Hérouard, 89) que les idées de Pourtalès, Oken, Huxley, Danielssen et Koren,qui considéraient l'organe arborescent comme un organe d'excrétion, étaient fondées, et qu'il fallait attribuer simultanément à cet organe les fonctions respiratoires principales, ainsi que Semper le pensait, et en outre les fonctions hydrostati- ques, grâce auxquelles l'extension démesurée du corps est permise. Eugen Schultz a repris l'étude de l'excrétion chez ces animaux et à l'aide d'injections à l'encre de Chine, dans la cavité générale, il lui a été permis de contrôler les idées de Simon sur les entonnoirs vibratiles des Apoda. En ce qui concerne les Pedata, ses observations viennent donner une entière confirmation aux conclusions que j'avais émises, à savoir : 1° que les organes arborescents ont des fonctions d'excrétion (Hérouard, p. 665) ; 2° que les phagocytes chargés des granulations excrémentitielles viennent faire hernie dans la lumière de l'organe où ils tombent et d'où ils sont entraînés à l'extérieur par le courant d'eau qui dessert cet organe (Hérouard, p. 667). Cependant l'auteur estime que sa description ne correspond pas le moins du monde à la mienne, et il trouve que jusqu'ici aucun auteur n'a donné une description suffisante de la constitution histologique de l'organe arborescent et pourtant, dit-il, ils sont nombreux, et il cite : Semper, Teuscher. Danielssen et Koren, Jourdan, Hamann, Hérouard. Encore faudrait-il avant de porter un tel jugement sur tous ceux qui nous ont précédé dans une étude, d'une part, connaître ce qu'ils en ont dit et, d'autre part, montrer quelque chose de plus que ce qu'ils ont indiqué eux-mêmes, Or, Eugen Schultz, loin d'apporter un éclaircissement sur la constitution histologique de ces organes, en paraît ignorer certains détails que Semper lui-même 162 SÉANCE DU 11 JUIN 1895 connaissait déjà et qui ont une importance capitale pour com- prendre la physiologie de l'excrétion. L'auteur n'ayant poursuivi ses études que sur des préparations microtomiques, pouvait être sûr d'avance du résultat auquel il est arrivé. Quand on étudie une paroi éminemment soumise à la contraction comme celle des organes arborescents, l'examen à l'état frais est indispensable, car le passage dans les réactifs modifie à tel point les rapports des parties constituantes, qu'il est impossible de tirer des conclusions certaines de cet examen exclusif. Aussi, Eugen Schultz nous présente-t-il la paroi de cet organe comme constituée par du tissu conjonctif sur lequel repose directement, du côté de la cavité péritonéale, un endothélium cubique, et du côté de la lumière de l'organe, un épithélium plus ou moins stra tifié avec des élévations rhopaliformes. Cependant Semper (1868, pi. 36, fîg. 2 et 3) a déjà mis en évidence la lacune sous-péritonéale des organes arborescents chez Holothuria edulis et Thyonidium cubense ; j'ai moi-même (Hérouard, 1889, p. 665, pi. 30, fig. 2 et 3) montré son existence chez Cucumaria Planci et je l'ai constaté depuis chez les autres espèces que j'ai eues entre les mains. Pour constater l'existence de cette lacune, il suffît de choisir un animal vivant, en extension, de fermer l'anus pour empêcher l'organe arborescent de se vider et d'ouvrir ensuite la paroi du corps; les branches de l'organe nagent alors dans le liquide ambiant en sor- tant par la plaie béante ; on pose une ligature sur l'une de ces branches et on peut ainsi, après l'avoir coupée sous la ligature, la transporter sous le microscope sans que le liquide qu'elle contient se soit échappé ; on voit alors nettement cette lacune et les amybo- cytes circulant le plus souvent en grand nombre dans sa cavité. L'endothélium péritonéal très plat entoure concentriquement l'or- gane à distance et n'est rattaché au tissu conjonctif central que par des brides rayonnantes et clairsemées. De cette lacune, qui est indéniable, Schultz paraît ignorer totalement l'existence. Précisons la constitution histologique de cet organe afin de cher- cher à expliquer ce qui a trompé cet auteur dans ses interprétations. La paroi de l'organe arborescent est revêtue sur ses deux faces d'un épithélium plat, facile à mettre en évidence en colorant au pinceau par le carmin acétique une branche pulmonaire fixée à l'eau chaude pendant son extension et étalée ensuite sur une lame de verre (fig. 1) ; on constate de cette façon que les noyaux des cellules péritonéales sont sensiblement plus petits que ceux de l'épithélium tapissant la lumière de l'organe, tandis que la grandeur SÉANCE Dl' Il JUIN 189Î) ir.:i Fig. 1. — A, épithélium de la lumière de l'organe arborescent chez le Stichopus regalis; li,son endothélium péritonéal, montrant les stomates existant entre les cellules. relative du corps cellulaire varie dans le sens inverse. On constate en outre qu'il existe entre les cellules de ces deux épithéliums des orifices qui mettent à nu les parties sous-jacentes et que j'ai com- parées, au point de vue physiologique (Hérouard, 1889, p. 661), à ce que Reckinghauseu indiqua chez les Vertébrés et que Ranvier décrivit sous le nom de stomates ou bouches absorbantes. Ces stomates, chez les Holothu- ries, se forment par la chute des cellules endothéliales ; les cellules voisines en s'éten- dant en surface , peut-être aussi par prolifération (mais je n'ai pu constater de divi- sions assez nettes pour le cer- tifier), empiètent sur les espa- ces laissés vides et tendent à les obturer, tandis que d'au- tres se reforment par la chute des cellules. J'ai été amené à ces conclusions, parce que, d'une part, on trouve de ces stomates ayant la taille d'une cellule épithéliale et d'autres qui sont de plus en plus petits, et en second lieu, parce que j'ai trouvé fréquemment dans l'eau, expulsée par l'organe arborescent, des cellules plates en tout semblables aux cellules épithéliales de la lumière de cet organe. L'endothélium très plat n'est en relation que par des tractus fili- formes avec le tissu conjonctif de la paroi de l'organe (fig. 2, A). Ainsi se trouve constituée une vaste lacune sous-endothéliale dans laquelle circulent librement les amœbocytes. Cette lacune sous-péri- tonéale n'existe pas seulement pour les organes arborescents, on la rencontre aussi sous le revêtement des vésicules de Poli et des organes génitaux. Jourdan (111, pi. 2, fig. 24, 25) avait déjà constaté les prolongements rhopaliformes des culs-de sac génitaux de C. Planci, sans toutefois en expliquer le véritable sens. Si maintenant on observe la branche pulmonaire dans un état de contraction de plus en plus grand, on voit que la lacune s'oblitère de plus en plus. Pendant la contraction, en effet, la couche conjonc- tive gagne en épaisseur ce qu'elle perd en longueur et cet accroisse- ment fait qu'elle tend à remplir de plus en plus la lacune. Les amœbocytes contenus dans cette lacune sont refoulés contre la paroi endothéliale et sont ainsi forcés de s'en coiffer (fig. 2, B et C). Quand l'organe arborescent est arrivé à un état de contraction 164 SÉANCE DU 11 JUIN 1895 suffisante, les tractus de la lacune sont entièrement noyés dans la couche conjonctive et l'endothélium est appliqué immédiatement sur elle aux points d'insertion des tractus (fig. % C), tandis que les parties de l'endothélium libres de toute attache avec les parties profondes revêtent intime- ment les amœbocytes sous- jacents, qui sont ainsi con- tenus dans de véritables sacs endothéliaux souvent pédicules, revêtant ainsi l'aspect d'appendices rho- paliformes (fig. 2, C). Quand enfin la contraction est maximum , tous ces appendices rhopaliformes se serrent les uns contre les autres, mécanique- ment, et leurs séparations disparaissent à la vue (fig. % D). C'est en observant exclu- sivement ce dernier état, que Schultz a représenté un endothélium cubique sur ces organes. Son soi- disant endothélium n'en est pas un, il est formé par les sacs contenant les amœ- bocytes. Dans l'épithélium de la lumière de l'organe, les noyaux étant plus nom- breux et plus grands et, d'autre part, les amœbo- cytes étant réunis en de volumineux plasmodiums, les prolongements rhopa- liformes lui ont apparu avec netteté, mais le processus de formation de ces prolongements paraît lui avoir échappé. La, comme pour la face péritonéale, il est sous la dépendance directe de la présence de la lacune sous-épithéliale, Fig. 2. — Schéma des états successifs présentés par l'endothélium péritonéal de l'organe arbo- rescent. A. L'organe étant en extension, on voit la membrane endothéliale rattachée seu- lement au tissu conjonctif central par des brides filiformes. L'espace laissé libre entre la membrane endothéliale et la couche con- jonctive constitue la lacune sous-endothéliale dans laquelle circulent les amœbocytes; B. L'organe commence à se contracter et la couche conjonctive augmentant d'épaisseur par suite de la contraction tend à oblitérer la lacune. Les brides filiformes insérées dans la région centrale de la couche conjonctive res- tent tendues et sont de plus en plus noyées dans la couche ; C. La contraction est plus accentuée, les brides filiformes sont complè- tement noyées dans la couche conjonctive. La membrane endothéliale coiffe les amœbocytes repoussés par cette couche et ainsi se trouvent constitués les corps rhopaliformes ; D. La contraction est complète, les appendices rho- paliformes se sont accolés les uns aux autres. SÉANCE DU 1 I .IUIN 1895 165 Jourdan a dôjà montré les amas de granulations qui existent de chaque côté du tronc nerveux dans la paroi du corps des Holothu- ries e1 j*ai indiqué (Hérouard, 1889, p. I58)leur provenance: ils sont. dus aux cellules à granulations arrivées à leur fin et qui se sont désagrégées dans la grande lacune périphérique. Si ces granula- tions ne sont pas disséminées au hasard dans toute l'étendue de cette lacune, c'esl que pendant les mouvements d'extension et de contraction de la paroi, ces corps inertes se déplacent, sollicités par ces mouvements mêmes, et qu'ils vont se placer là où les effets se font le moins sentir, par suite de l'écartement delà zone externe et de la zone interne du tégument, tenues à distance en cet endroit par la présence du tronc nerveux. Ces granulations sont-elles destinées à demeurer en cet endroit indéfiniment ? Elles existent dans un espace où sans cesse circulent les phagocytes et on ne comprend guère la raison pour laquelle les phagocytes les délais- sent. Schultz aussi reconnaît que souvent les amœbocytes s'égarent et que les grains d'excrétion s'accumulent en des endroits mal appropriés. Quelqu'erronées que soient les interprétations histologiques qui y sont données, le travail de Schultz n'en apporte pas moins une confirmation aux conclusions que j'ai tirées de mes recherches, à savoir : que l'organe arborescent possède des fonctions d'excrétion et que les cellules à granulations brunes sont des matières de rebut qui sont expulsées par cet organe. Campagne de la Melita, 1892. SUR UN AMPHIPODE, PSEUDOTIRON BOUVIERI, NOV. GEN. ET SP., DE LA FAMILLE DES SYRRHOIDAJ, NOUVELLE POUR LA FAUNE MÉDITERRANÉENNE, par Ed. GHEVREUX. Le 9 octobre 1892, le yacht Melita, revenant du golfe de Gabès, effectuait sur la côte nord de Tunisie un des derniers dragages de sa campagne. Le chalut, traîné par une profondeur de 170 mètres sur le plateau qui s'étend entre le cap Serrât et l'île de la Galite, revint à bord presque entièrement rempli de Comatules {Antedon phalangium Délie Chiaje). Parmi les Amphipodes recueillis au milieu de ces Échinodermes se trouvaient deux exemplaires, un 16() SÉANCE DU 11 JUIN 1895 mâle et une femelle, d'une forme nouvelle, appartenant à la famille des Syrrhoidœ, dont aucun représentant n'a été capturé jusqu'ici dans les eaux méditerranéennes. Malheureusement, le contact des Comatules leur avait été funeste, et le mâle, en fort mauvais état, n'avait gardé d'intact que les antennes, la partie antérieure de la tête, dont les pièces buccales étaient broyées, une patte de la pre- mière paire et une de la sixième. La femelle, mieux conservée, n'avait perdu que les antennes inférieures et les lèvres. C'est à cette forme femelle que se rapporte presque entièrement la des- cription qui suit. Pseudotiron Bouvieri, nov. gen. et sp. Corpus compressant, thorax lœvis, abdomen dentibus dorsaliter armatum. Epimera 3 tu paris permagna, sequentibus multo majora, margine anteriore recto, parte infero-posteriore prœlongata, rectan- gulata. Mandibulœ latœ et validas, tuberculo molari prominente, palpo brevissimo. Maxillœ 4 m < paris palpo magno et lato, bi-articulato, ad extremitatem spinis numerosis armato. Maxillœ 2 di paris laminis eadem longitudine. Maxillipedes lamina externa magna, ovata, in mar- gine interiore dentibus brevibus et valde robustis armato, palpo angusto, elongato. Pedes 1>»> et 2 ,n paris angustœ et valde elongatœ, articulo 5 t0 non subcheliformi. Pedes sequentes brèves et robusti. Uropoda i 2 di paris lamina externa duplo longiore quam interna. Uro- poda 3 lii paris peduncnlo brevi, laminis magnis et latis. Telson elon- gatnm, lanceolatum , fere ad basim fission. Le corps, notablement comprimé, est translucide. Le bord dorsal postérieur des trois premiers segments de l'abdomen présente de fines denticulations. Le quatrième segment se termine dorsalement par trois petites dents aiguës ; le cinquième porte, à la même place, une longue dent, couchée sur le segment suivant, dont elle atteint l'extrémité. La tète, triangulaire, affecte à peu près la forme de celle des Synopia; elle est beaucoup plus prolongée en avant chez le mâle (lig. 1) que chez la femelle (fig. 2). Les épimères de la troisième paire (fig. 9), très grandes, affectent une forme toute spéciale; rectangulaire à la partie antéro-inférieure, leur bord postérieur, fortement échancré pour recevoir les épimères suivautes, se prolonge ensuite en un lobe anguleux très allongé. Les épimères de la quatrième paire (fig. 10), beaucoup plus petites, offrent une forme analogue, mais leur prolongement est oblique et arrondi. Le bord inférieur du troisième segment de l'abdomen SÉANCE DU I I JUIN 1895 i<;7 forme avec le bord postérieur un angle légèrement prolongé en arrière et aigu. Les yeux de la femelle, très imparfaits, sont formés de quatre petits ocelles, situés près du bord antérieur de la tète. .Je n'ai pu distinguer, chez le mâle, aucune trace d'organes de vision. Les antennes supérieures du mâle (fig. 1) se composent d'un pédoncule, dont le premier arti- Fig. i. — P. Bouvieri ç*. Partie anté- rieure de la tète et antennes X -4. Fig. 2. — P. Bouvieri £. Partie anté- rieure de la tête et antenne supé- rieure X 24. cle est beaucoup plus long que l'ensemble des deux suivants, et d'un flagellum assez court, comprenant neuf articles, dont le premier, garni de longues soies Fig. 3. Fig. 4. Fig. 5. Fig. 6. P. Bouvieri £. Pièces buccales. — Fig. 3, mandibules X 66- — Fig. 4, mâchoire de la 1" paire X 66. — Fig. 5, mâchoire de la 2' paire X 66. — Fig. 6, maxilli- pède X 75. 16S SÉANCE DU 11 JUIN 1895 au bord antérieur, est aussi long que les trois suivants réunis. Le flagellum secondaire, très articulé, n'atteint pas tout à fait la lon- gueur du premier article du flagellum principal. L'avant-dernier article du pédoncule des antennes inférieures est un peu plus long et plus gros que le dernier. Le fouet, très allongé, comprend vingt- trois articles. Les antennes du mâle ne portent pas de calceoli. Chez la femelle, le second article du pédoncule des antennes supérieures est beaucoup plus court que le troisième, et le premier article du flagellum ne dépasse pas en longueur les suivants. Les pièces buccales diffèrent peu de celles de Tiron acanthurus Lilljeborg (1). Les mandibules (fig. 3), courtes et robustes, portent une dent molaire grosse et proéminente; leur palpe, grêle, presque rudimentaire, se termine par un petit article, à peine plus long que large, garni de trois larges soies. Les mâchoires de la première Fig. 7. — P. BouvieriQ. Gnathopode de la l rc paire X36. Fig. 8. — P. Bouvieri 9. Gnathopode de la 2 e paire X36. Fig. 9. — P. Bouvieri Q. Patte de la 3' paire X3fi. paire (fig. 4) ont le lobe interne très court; le lobe externe, bien développé, se termine par une série d'épines longues et denticulées ; le palpe, bi-articulé, transversalement tronqué à l'extrémité, est armé de nombreuses épines simples. Les lobes des mâchoires de la seconde paire (fig. 5), larges et arrondis, atteignent à peu près la même longueur, mais le lobe interne est notablement plus large que l'externe. Les maxillipèdes (fig. 6) présentent un lobe externe assez puissant, dont le bord interne est armé de trois dents longues et minces, suivies de cinq grosses dents obtuses; le lobe interne, (1) Voir G. 0. Sars, An Account of the Crustacea of Norway, Amphipoda, page 399, pi. 140. SÉANCE DU 11 JUIN 1895 ICI) relativement grand, est transversalement tronqué à L'extrémité; le palpe, long et grêle, se termine par un article ungui l'orme. Les gnathopodes sont longs et grêles. Chez ceux de la première paire (fig. 7), semblables dans les deux sexes, les second et troi- sième articles, extrêmement courts, sont suivis d'un carpe très allongé, puis d'un propodede longueur moitié moindre. Le dactyle, long, fort et presque droit, porte un cil raide au milieu du bord interne. Les gnathopodes de la seconde paire, chez la femelle, sont de même forme, mais un peu plus longs que les précédents, et leur piopode atteint les deux tiers de la longueur du carpe. Les pattes de la troisième paire, dont la figure 9 représente l'épimère, et les premiers articles étaient mutilés. Les pattes de la quatrième paire (fig. 10), courtes et robustes, se terminent par un dactyle gros et crochu, portant une soie à la partie externe, et une petite épine recourbée au bord interne. Les pattes des trois dernières paires offrent un article basai largement arrondi ; leur pro- Fjg io. _ p. Bouoieri £. Patte de la 4 e paire X 36. Fig. 11. — P. Bouvieri Q. Patte de la 6' paire X 36. pode est très court, et leur dactyle assez semblable à celui des pattes précédentes, mais plus crochu. La figure 11 représente une patte de la sixième paire ; dans les pattes de la cinquième paire, notable- ment plus courtes, l'article basai est un peu plus étroit ; il est au contraire plus large que long dans les pattes de la septième paire, dont la taille dépasse un peu celle des pattes précédentes. La patte de la sixième paire, restée intacte chez le mâle, est absolument semblable à celle de la femelle. La branche externe des uropodes de la première paire (fig. 12), un peu plus grande que l'interne, n'atteint pas tout à fait la longueur du pédoncule. Les branches des uropodes de la seconde paire (fig. 13) sont de taille très .inégale, la branche interne ne dépassant pas la I7i) SÉANCE DU 11 JUIN 1895 moitié de la longueur de l'externe. Les uropodes de la dernière paire (fig. 14) offrent un pédoncule extrêmement court, et deux branches longues et larges; la branche externe est armée de trois rangées longitudinales de petites épines, l'interne ne porte qu'un rang de courtes soies. L'exemplaire femelle mesurait 5 millimètres de long. Je suis heureux de dédier cette forme nouvelle au professeur E. L. Bouvier, vice-président de la Société Zoologique de France. Par ses pièces buccales et ses gnathopodes, l'Amphipode décrit Fig. 12. Fig. 14. Fig. 13. P. UouvieriQ. — Fig. 12, uropode de la 1" paire. — Fig. 13, uropode de la 2 e paire. — Fig. 14, uropode de la 3 e paire et telson X 36. ci-dessus semblerait devoir appartenir au genre Tiron Lillj. ; d'autre part, il se rapproche, par la forme anormale des épimères de la troisième paire, du genre Syrrhoe Goës, qui seul, jusqu'ici, présentait un caractère analogue, mais il en diffère absolument par la forme du propode des gnathopodes ; enfin, la tète de notre espèce affecte l'aspect si caractéristique de celle des Synopia. Malgré l'inconvénient qu'il peut y avoir à créer une genre nouveau pour recevoir une espèce unique, il ne m'a pas paru possible de classer cette forme dans l'un des genres déjà existants. 171 Séance du 25 Juin 1895 PRÉSIDENCE DE M. LE PROF. L. VAILLANT, PRÉSIDENT. M. le Minisire de l'Instruction publique adresse le programme du Congrès des Sociétés savantes pour 1896. Parmi les questions mises à l'étude, nous relevons les suivantes, qui intéressent la Zoologie : 2° Etude détaillée d'un gisement fossilifère : espèces qu'on y rencontre, niveaux particuliers qu'elles occupent. 4° Description détaillée des tourbières d'une région particulière. Altitudes et latitudes. Terrains siliceux et calcaires. Examen de leur faune et de leur flore. 12° Mode de distribution topographique des espèces qui habitent notre littoral. 13° Monographies relatives à la faune et à la flore des lacs français. 14° Étudier, au point de vue de la pisciculture, la faune des animaux invertébrés et les plantes qui se trouvent dans les eaux. 15° Culture des étangs. Espèces et variétés de Poissons à y propager. 16° Apparition des Cétacés sur les côtes de France. Indiquer l'époque et la durée de leur séjour. 17° Etude des Poissons migrateurs. 19° Du rôle de l'anatomie pour la distinction des espèces cri- tiques ou litigieuses. 24° Faune et flore des eaux souterraines. M. Percy Selous adresse un exemplaire de sa photographie pour l'album de la Société. M. Oustalet s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. Il écrit que, délégué par le Gouvernement à la Conférence internationale pour la protection des Oiseaux utiles, il se fera le porte-parole et le défenseur des vœux émis à maintes reprises par la Société Zoolo- gique de France et par la Société d'acclimatation. M. le Président présente les félicitations de la Société à M. le professeur Paul Regnard, élu membre de l'Académie de médecine dans la section de physique et chimie médicales. Le 13 décembre prochain, M. le professeur R. Leuckart célé- brera le cinquantième anniversaire de son doctorat. En cette circonstance solennelle, ses élèves et ses amis lui ofïri- 172 SÉANCE DU 25 JUIN 181)5 ront son buste en marbre. Une souscription est ouverte à cet effet. Parmi les membres du Comité, nous trouvons les noms de plusieurs de nos confrères : MM. Bedot, Ed. Van Beneden, B. Blanchard, W. Blasius, M. Braun, J.-V. Carus, F. Dahl, H. H. Field, K. Mobius, J.-W. Spengel, Th. Studer et C. Wardell Stiles. Les souscriptions sont reçues par M. Cari Graubner (C.-F. Winter's Verlag), 8, Johan- nesgasse, à Leipzig. M. Fr. Secques. — Dans une lettre adressée à la Revue scientifique et reproduite dans notre Bulletin (page 143), M. Xavier Baspail protestait récemment contre la destruction des petits Oiseaux, qu'une loi spéciale protège cependant, et contre le commerce illicite qui s'en fait à Paris sous les yeux mêmes de la Préfecture de police. A la suite de cette communication, notre Société a émis le vœu qu'elle avait déjà formulé si souvent et qui, cela est triste à constater, semble jusqu'à présent être resté sans effet. Dimanche dernier 16 juin, j'ai pu assister à un spectacle encore plus navrant que celui dont parle M. Baspail. Non-seulement j'ai vu une fois de plus les mêmes Oiseaux adultes entassés dans des cages trop étroites, Merles, Pinsons, Chardonnerets, Huppes, etc., mais j'ai constaté aussi que des milliers de jeunes, pour la plupart encore sans le moindre duvet, étaient mis en vente dans les mêmes déplorables conditions sous l'œil tutélaire, je dirais presque sous la protection officielle de la police. En raison de la difficulté de les nourrir à cet âge, il est certain que pas un n'échappera à une mort très prochaine. Les acheteurs qui témoignent à leur façon de leur tendresse aux petits Oiseaux, sont devenus, faut-il croire, plus exigeants. Les Oiseaux à peine éclos ne leur suffisent plus ; on vend aussi de nom- breux nids, cueillis avec les branches qui les supportent. Je dois ajouter que la loi de vente et le colportage du gibier en temps prohibé n'est pas plus respectée que celle qui « protège (?) » les petits Oiseaux, car on vend aussi au marché aux Oiseaux de jeunes Lièvres à peine gros comme un œuf d'Autruche. Soutenue par la pensée qu'elle signale aux pouvoirs publics des actes de barbarie que la loi défend, mais qu'une coupable indolence de la police tolère et protège presque, notre Société voudra bien, j'en ai la conviction, renouveler le vœu que les lois protégeant les petits Oiseaux et le gibier soient appliquées avec la dernière rigueur et que le scandaleux spectacle qui s'étale aux yeux de chacun, au marché aux Oiseaux, cesse au plus tôt et pour toujours, dans Pin- SÉANCE DU 25 JUIN 1895 US térét de l'agriculture, de la reproduction du gibier et aussi du charme de nos campagnes. Je crois utile de rappeler ici les différents rapports ou commu- nications qui ont été faits à la Société Zoologique de France sur la destruction des petits Oiseaux : • F. Billaud, L. Petit et J. Vian, Rapport sur la destruction des Hirondelles. Bulletin de la Société Zoologique de France, XIV, p. 61, 1889. Van Kempen, Des causes de la diminution des Oiseaux dans le nord de la France. Ibidem, XV, p. 124, 1890. X. Raspail, La diminution des Oiseaux par la destruction de leurs nids. Ibidem, XVI, p. 100, 1891. Id., Destruction des Oiseaux insectivores autorisée dans plusieurs départements. Extrait d'une lettre adressée sous ce même titre à M. le Ministre de l'Intérieur. Ibidem, XVII, p. 96, 1892. R. Paràtre, Destruction des petits Oiseaux dans l'Indre au moyen de la saunée. Ibidem, XX, p. 44, 1895. X. Raspail, La destruction des Oiseaux utiles à V agriculture. Ibidem, XX, p. 143, 1895. A la suite de la communication de M. Fr. Secques, la Société renouvelle, par un vote unanime, les vœux qu'elle a émis déjà maintes fois en faveur de la protection des Oiseaux utiles. De plus, en raison de la réunion à Paris d'une conférence internationale pour la protection des petits Oiseaux, elle décide que la note de M. Secques et le vœu émis par la Société seront transmis d'urgence à MM. les Ministres de l'Intérieur et de l'Agriculture. NOTE SUR UN NÉMATODE NOUVEAU PARASITE DU MARA, par P. MÉGNIN, Ancien Président de la Société. Depuis une quinzaine d'années et à différentes reprises, nous avons fait des autopsies de Maras ou Lièvres de Patagonie (Doli- chotis patagonica d'Azara, Mara magellanica Lesson), dont les cadavres nous étaient envoyés, d'abord par M. Cornely (de Tours), un des premiers acclimatateurs de cet intéressant Rongeur ; puis par M. P. -A. Pichot, le savant directeur de la Revue britannique, qui s'occupe aussi de la multiplication de ce quadrupède dans notre Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 13 174 SÉANCE DU 25 JUIN 1805 pays. La cause ïa plus fréquente de la mort de ces animaux était une alïection de l'estomac, véritable gastrite vermineuse, causée par un parasite que nous avons cru d'abord être le même que celui qui détermine une maladie semblable cbez notre Lièvre et notre Lapin indigènes, et que nous observons fréquemment depuis une douzaine d'années. Cette maladie consiste en une irritation violente de la muqueuse stomacale, qui est rouge et dans laquelle sont implantés, par leur extrémité buccale, une foule de petits Vers rouges filiformes, de deux centimètres environ de longueur. En soulevant avec précaution et d'un seul bloc les matières alimen- taires contenues dans l'estomac, on voit cette masse comme attachée à la muqueuse par de nombreux petits fils rouges, qui se tendent et qui finissent par céder en restant adhérents à la muqueuse sto- macale. Ces Vers sont des Strongles. L'espèce qui vit chez le Lapin et le Lièvre indigènes a été décrite depuis longtemps par le savant helminthologiste français Dujardin, sous le nom de Strongijlus strigosus (1). Voici la diagnose qu'il en donne : Strongle rayé. — Strongylus strigosus Duj. « Corps rouge, en partie jaunâtre, filiforme, allongé; tête large deO mm 06; œsophage long de mm 8 à mm ï), renflé en massue; — tégument portant 40 à 60 lignes saillantes longitudinales et très finement striées en travers; — stries de <> mm 0025, plus visibles sur les lignes longitudinales saillantes. )) Mâle long de 13 mm 5 à 15 mra , large de mm 3 (0 mm 6 d'après la fig. de Bremser); — deux spicules grêles, longs de l mm 8, larges de mm 038 à la base et de mm 019 vers la pointe; bourse ample, ter- minale, campaniforme, longue de l mm , large de mm 8. » Femelle longue de 15 à 16 mm (de 20 mm Br.), large de mm 5 à mm 6 en avant de la vulve (de 0^ m 8o d'après Bremser) et de mm 4 en arrière; — queue droite en pointe allougée; — anus à mm 3 de la pointe; — vulve située au dernier quart de la longueur et divisant le corps en deux parties distinctes, dont l'antérieure, plus épaisse, contient l'utérus musculeux dirigé en avant; — œufs elliptiques oblongs, longs de mm 083. » Nous avons vu souvent le Ver décrit par Dujardin et nous n'avons à ajouter à sa diagnose que ceci : c'est que, chez le Lièvre, nous l'avons toujours vu plus grand que chez le Lapin; chez ce dernier, les dimensions correspondent bien à celles de Dujardin, (1) Histoire naturelle des Helminthes. Paris, 1845. Voir pa^e 120. SÉANCE DU 2,1) JUIN 1895 175 sauf qu'ils sont en général plus étroits. Chez le Lièvre, ce sont les dimensions de Breinser (1). Et puis la bourse ter- minale du mâle n'est pas régulière ment campaniforme, comme le dit Dujardin ; elle est bilobée par deux échancrures, dont l'antérieure est plus profonde que la postérieure, et chaque lobe est soutenu par six digitations musculaires simples et pointues. En comparant avec beaucoup d'at- tention le Strongle rayé de Dujardin avec le Strongle du Mara, nous avons constaté des différences assez sensibles pour conclure que ce dernier consti- tue une espèce particulière et nouvel- le : la différence la plus saillante est fournie par le rétrécissement péri-vul- vaire, si caractéristique chez la femelle du Strongle rayé (E) et qui n'existe pas chez la femelle du Strongle du Mara (A); celle-ci est aussi de dimen- sions plus grandes; par contre, le mâle est plus petit (C); les rayures longitudinales du tégument, caracté- ristiques chez le premier, n'existent pas chez le second, où elles sont rem- placées par de simples et fins sillons irrégulièrement distribués; enfin le dernier a une couleur rouge bien plus intense et plus générale. En raison de l'analogie qui existe entre les deux espèces, nous proposons de donner à la nouvelle le nom de Strongylus affmis. La diagnose peut se formuler ainsi : (1) C'est une remarque que nous avons sou- vent faite que, quand on rencontre la même espèce d'helminthes chez des hôtes d'espèces différentes, mais toujours voisines, les helmin- thes sont plus grands chez les hôtes des espèces les plus grandes. I B fP A, Strongylus afpnis, femelle grossie 8 fois ; B, tête grossie 25 fois ; C, mâle grossi 8 fois ; D, extrémité caudale grossie 25 fois. — E, Strongylus stri- gosus grossi 8 fois. 176 SÉANCE DU 25 JUIN 1895 Strongylus affinis, nova species. Corps filiforme, allongé, d'un rouge rutilant, rétréci antérieu- rement, puis régulièrement cylindrique, à tégument lisse en appa- rence, avec de fines stries longitudinales et de plus fines encore, et très rapprochées transversalement; tête large de mm 07; œsophage long de l mm à l mm 10, renflé en massue. Mâle long de 9 à 10 mm , large de mm 25, à corps terminé par une bourse campaniforme bilobée, chaque lobe soutenu par six ner- vures musculaires simples terminées en pointe, longue de mm o, large de mm 8; deux spicules grêles, bruns et égaux, longs de l^m^ en émergent. Femelle longue de 20 mm , large de mm o, uniformément cylin- drique sur toute la longueur du corps, se rétrécissante 2 mm de la tête et à l mm 5 de la queue, qui est en pointe allongée; anus à mm 4 de l'extrémité postérieure; vulve au quart postérieur du corps, ne s'accompagnant pas d'uu rétrécissement; œufs elliptiques oblongs, longs de mm 12. Vit dans l'estomac du Mara, chez lequel il détermine une gastrite parasitaire analogue à celle que le Strongle rayé provoque chez le Lapin et le Lièvre indigènes. 477 Séance du 9 Juillet 1895 PRLSIDElNCE de m. le prof. l. vaillant, président. M. E. Caustier s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. M. le comte de Dalmas assiste à la séance. M. Ch. Wardell Stiles adresse un exemplaire de sa photographie pour l'album de la Société. M. R. Blanchard offre également son portrait à la Société, d'après un dessin de M. F. Régamey. M. le Président de l'Association française pour l'avancement des sciences prie la Société de se faire représenter par un ou plusieurs délégués au Congrès qui doit se réunir à Bordeaux dans la première quinzaine d'août. La Société désigne MM. Gruvel, Kùnstler et Schlumberger. Elle charge spécialement M. Schlumbergerde saisir le Congrès du mémoire de M lle F. Bignon sur l'enseignement de l'histoire naturelle dans les écoles primaires, ainsi que des difïé rents vœux émis par la Société en faveur de la protection des Oiseaux utiles. M. le Président présente les plus vives félicitations de la Société à M. E.-L. Bouvier, vice-président, nommé professeur d'entomologie au Muséum d'histoire naturelle. Un décret autorise M. le Ministre des Travaux publics et M. le Directeur du Muséum d'histoire naturelle à accepter, pour l'Ecole des mines, la collection d'Echinides fossiles, et pour le Muséum la collection d'Echinodermes vivants, léguées par notre regretté con- frère et ancien président, M. G. Cotteau. La souscription ouverte parmi les membres de la Société, en vue de la constitution du Bureau bibliographique international, atteint actuellement un total de 965 francs. Total des listes précédentes : 920 francs. Ont souscrit: MM. Racovitza, 20 fr. ; X. Baspail,20 fr. ; Lallier, 5 fr. Les fonds sont déposés entre les mains de M. R. Blanchard, auquel on est prié d'adresser toute souscription. Les personnes inscrites jusqu'à ce jour pour le Congrès de Leyde sont au nombre de 26 ; la liste précédente comportait 18 noms. Nouveaux adhérents : MM. Ed. Blanc, E.-L. Bouvier, comte R. de Dalmas, Ad. Dollfus, Guiart, Pruvôt, Racovitza, Railliet. 178 SÉANCE DU 9 JUILLET 1895 A PROPOS DU STYLOGAMASUS LAMPYRIDIS A. GRUVEL par P. MÉGNIN, Ancien Président de la Société. Le fascicule des Mémoires, paru ces jours derniers, contient un travail de M. A. Gruvel sur un Acarien considéré comme représen- tant un genre nouveau et une espèce nouvelle (1). Ce travail m'a péniblement impressionné. Pourquoi M. Gruvel n'a-t-il pas réclamé les conseils de quelqu'un connaissant l'anatomie des Gamasidés, avant de publier son mémoire? Il n'aurait pas commis les multiples erreurs dans lesquelles il est tombé. M. Gruvel prend pour un organe excitateur (il n'en existe pas chez les Acariens) appartenant à l'appareil génital, la paire de magnifiques mandibules en pinces qui est rentrée dans le corps (car ces organes sont très rétractiles et protractiles, et leurs muscles s'insèrent au fond de l'abdomen) et il croit qu'ils sont en dehors du corps, tandis que c'est grâce à la transparence des téguments qu'on les voit si clairement. Dans sa description des organes de la bouche, M. Gruvel prend des pièces accessoires des maxilles pour les mandibules ; il n'a pas vu la paire d'ongles qui sont à la base des caroncules en éventail qui terminent les pattes. Bref, malgré les erreurs d'interprétation, on reconnaît facilement dans la figure de M. Gruvel une nymphe d'une espèce, peut-être nouvelle, du genre Lœlaps de la famille des Gamasidés. Du reste, les Gamasidés parasites des Coléoptères ne sont jamais adultes, ou très exceptionnellement, et ne se métamorphosent que dans l'humus ou le terreau. Dans son index bibliographique, M. Gruvel cite trois de mes ouvrages, et en particulier celui où je donne l'anatomie complète des Gamasidés : je doute qu'il l'ait lu et surtout qu'il ait cherché à comparer son Acarien avec mes figures ; sans cela, il aurait mieux compris l'organisation de la bouche et de l'appareil génital, qui est remarquablement constante dans ce groupe. (1) A. Grcvel, Sur le Stylogamasus lampyridis, Acarien parasite du Lampyris splendidula. Mém. delà Soc. Zool. de France, VIII, p. 173-179,1895. SÉANCE DU 9 JUILLET 1895 179 SUR LE STYLOGAMASUS LAMPYRIDIS A. GRUVEL, par le D' E. TROUESSART. Dans une note publiée aux Comptes rendus de V Académie des sciences le 18 janvier dernier, M. A. Gruvel avait donné une première description sommaire de l'Acarien désigné ci-dessus : cette descrip- tion m'avait paru très singulière. Le dernier fascicule des Mémoires de notre Société renferme un travail plus étendu, dans lequel le même auteur donne une description plus complète et des figures du même animal. Il suffît de lire sa description et d'examiner ses figures pour être certain que le nouveau genre qu'il propose ne saurait être accepté. L'organe que l'auteur décrit et figure comme un « appareil exci- tateur » accessoire des organes génitaux, est tout simplement la paire de mandibules ou chélicères que l'animal tient rétractée, à l'état de repos, dans l'intérieur du corps et qui présente ici la forme la plus normale chez les Gamasidœ. Par quel accident ou artifice de préparation l'auteur est-il arrivé à voir et à décrire comme externe un organe interne et qui n'est visible ainsi (fig. 1) que par transparence? c'est ce que je ne cher- cherai pas à expliquer. Mais la possibilité de cette confusion prouve, à elle seule, une très grande inexpérience en acarologie. Le fait que ce prétendu « organe excitateur sexuel » se montrait exactement identique dans les deux sexes présumés aurait dû mettre l'auteur en garde coutre une supposition aussi hasardée. Quant à la « pièce basilaire impaire », qui porterait les deux branches de cet organe, elle n'existe que dans l'imagination de l'auteur, ou bien c'est un autre organe qu'il a pris pour tel. En réalité, les deux branches symétriques des chélicères sont parfai- tement indépendantes l'une de l'autre ; elles ont chacune leurs muscles particuliers et glissent dans leur gaine, par un mouvement généralement alternatif, exactement comme deux lames qui seraient réunies dans le même fourreau, des chélicères ne peuvent sortir, à l'état normal, que par l'ouverture du camérostome (ce que l'on observe facilement lorsqu'on comprime un Gamase entre les deux verres d'une préparation) ; elles constituent alors le plancher supé- rieur ou dorsal de la bouche, et leur pointe didactyle fait saillie entre les palpes, lorsque l'animal mange ou saisit une proie. Ceci établi, il est inutile de dire que la fig. o, md, de M. Gruvel ne représente nullement des « mandibules didactyles », mais sim- 180 SÉANCE DU 9 JUILLET 1895 plement les parties, assez compliquées, qui constituent Vhypostome chez les Gamasidœ. L'examen seul de cette ligure, si grossière qu'elle soit, suffirait à prouver que ces organes ne sont pas mobiles, ou le sont fort peu, et que par conséquent on ne peut leur appliquer l'expression de « stylets didactyles ». Les Acariens observés par M. Gruvel ne sont certainement pas adultes, ni par conséquent mâles et femelles. Si, intérieurement, ils présentent des rudiments d'organes génitaux (?), il est certain qu'extérieurement ce sont des nymphes. L'orifice sexuel ne présente jamais, chez les Gamasides, l'apparence d'une fente longitudinale : il est transversel chez la femelle et en forme de goulot de bouteille chez le mâle. Il s'agit donc ici, comme dans le cas le plus banal, de nymphes vagabondes, qui ne sont nullement parasites de l'Insecte où on les trouve et qui se font simplement transporter par lui sans jamais sucer son sang. Il est bien probable que les nymphes vues par M. Gruvel sur les femelles du Lampyre étaient fixées à cet Insecte, non par leur rostre ou les pinces didactyles des chélicères, mais par un pédoncule muqueux anal, comme les nymphes des Uropodes. Pour être complet, j'ajouterai que les chélicères servent réelle ment d'organes sexuels accessoires chez les Gamasides. Depuis les belles recherches de M. A.-D. Michael, on sait que le mâle se sert de ses chélicères pour porter les spermatophores (ou spertnatocystes) émis par lui dans le vagin de la femelle. Mais il y a loin de ce rôle fécondateur (qui rappelle les Arachnides) au rôle d' « organes excitateurs »que suppose M. Gruvel, en méconnaissant complète- ment la véritable nature morphologique de ces organes, qui repré- sentent en réalité la première paire de segments buccaux. En résumé, le genre Stylogamasus est à rayer de la nomenclature. Les nymphes que l'on trouve sur le Lampyre femelle sont très probablement des Gamasidœ de la sous-famille des Uropodinœ, que je serais tenté de rapporter au genre Polyaspis ou au genre Disco- poma, mais dont l'adulte reste à découvrir. 181 Séance du 23 Juillet 1895 PRÉSIDENCE DE M. LE PROF. L. VAILLANT, PRÉSIDENT M. le Président adresse les félicitations de la Société à M. le pro- fesseur Sabatieh, élu Correspondant de l'Institut; à M. le D r R. Blanchard, nommé Chevalier de la Légion d'honneur; à M. le prof. Gaudry, nommé Officier de l'Instruction publique; à M. le D r H. Fischer, nommé Officier d'Académie. M. le Secrétaire général propose également à la Société de féli- citer M. le professeur L. Vaillant, nommé Officier de l'Instruction publique. M. le Président offre à la Société un numéro de V Indépendant auxerrois d'août 1894, dans lequel il a publié une notice sur M. G. Cotteau. On y trouvera une anecdote, recueillie de la bouche même de M. Cotteau, sur la cause en quelque sorte fortuite, qui le condui- sit à étudier les Échiuodermes. Communication est donnée d'une décision du Conseil invitant la Société à désigner M. L. Vaillant pour la représenter au Congrès international de zoologie de Leyde. Cette proposition est adoptée à l'unanimité. La Société délègue également M. .1. de Guerne pour la représenter à la réunion annuelle de la Société helvétique des sciences natu- relles, qui doit se tenir à Zermatt au commencement de septembre. Les personnes inscrites jusqu'à ce jour pour le Congrès de Leyde sont au nombre de 38; les listes précédentes comportaient 26 noms. Nouveaux adhérents : MM. E. Caustier, A. Certes, Y. Delage, H. Filhol, A. Gaudry, E. Hérouard, Van Kempen, Mocquard, E. Olivier, E. Perrier, E. Sauvage, R. Saint-Loup. MM. R. Blanchard et L. Vaillant présentent M. le D r Maurice Jaquet, à Saint-Imier (Suisse) ; et M. le D r Norman G. Ross, à Toronto (Canada). MM. Oustalet et de Guerne présentent M. le D r Suard, médecin de première classe de la marine, à Brest (Finistère). En raison des vacances, MM. Jaquet, Ross et Suard sont élus membres de la Société. M. J. de Guerne annonce que M. le professeur N. Zograf fera, le jeudi 25 juillet, au siège de la Société d'acclimatation, une confé- rence sur l'état actuel de la pisciculture en Russie. Il invite les membres de la Société à y assister et met des cartes d'entrée à leur disposition. 182 SÉANCE DU 23 JUILLET 1895 SUR QUELQUES FRINGILLIDÉS (LOXIGILLA) DES ANTILLES, par E. OUSTALET, Ancien Président de la Société De son dernier voyage aux Canaries, aux Antilles, à la côte de Venezuela et à la côte occidentale d'Afrique, M. le comte de Dalinas a rapporté un assez grand nombre d'Oiseaux qu'il a bien voulu soumettre à mon examen. A côté d'espèces, déjà connues, et plus ou moins rares, dont M. de Dalmas publiera, je l'espère, pro- chainement le catalogue, j'ai rencontré dans sa collection deux petits Passereaux, de la famille des Fringillidés, qui m'ont semblé particulièrement intéressants et sur lesquels je désire appeler l'attention des ornithologistes. Ces Passereaux, tués à la Barbuda, l'une des Petites Antilles, le 25 février 1875, appartiennent au genre Loxigilla Lesson, mais ne peuvent être attribués à aucune des espèces actuellement connues de ce groupe, espèces qui sont au nombre de huit (1), savoir : 1. Loxigilla violacea L., des Bahamas, de la Jamaïque, d'Haïti et de Saint-Domingue ; 2. Loxigilla noctis L., des Petites Antilles (Guadeloupe, Martini- que, Sainte-Lucie, Dominique, Montserrat) ; 3. Loxigilla propinqua Lawr., des bords des fleuves Berbice et Essequibo (Guyane) ; 4. Loxigilla barbadensis Cory, de la Barbade ; 5. Loxigilla Hichardsoni Cory, de Sainte-Lucie ; 6. Loxigilla anoxantha Gosse, de la Jamaïque ; 7. Loxigilla portoricensis Dand., de Porto-Rico ; 8. Loxigilla grandis Lawr., de l'île Saint-Christophe. Ces espèces peuvent se répartir en deux groupes dont l'un ne renferme que la Loxigilla anoxantha reconnaissable, à l'âge adulte, à son manteau d'un vert clair, nuancé de jaune, et à son capuchon noir, couvrant la tête et la gorge, tandis que l'autre comprend toutes les autres formes, ayant presque toutes pour caractère commun une sorte de rabat d'un roux vif, tirant au rouge brique, ornant la gorge du mâle au plumage de noces. Dans ce deuxième groupe toutefois, la Loxigilla violacea se dis- tingue même facilement par sa taille beaucoup plus forte et par (1) Voyez R. B. Sharpe, Cat. Birds Brit. Mus., 1888, XII, p. 82; Cory, List of the Birds of the West-Indies, 1885 ; The Bird< of the West Indies, 1889 et Catalogue of West Indian Birds, 1892. SÉANCE DU 23 JUILLET 1895 183 quelques détails de coloration des six espèces restantes. Celles-ci enfin peuvent être rangées en deux groupes, la Loxigilla propinqua, la L. barbadensis et la /.. Richardsoni avec la L. noctis, la Loxigilla grandis avec la L. portoricensis. Chez la F^oxigilla propinqua, en effet, comme chez la L. noctis, le plumage offre les même teintes généra- les que chez la /.. violacea, les mâles adultes ayant le dessous et les côtes de la tête, les ailes, la queue et toutes les parties inférieures du corps d'un noir profond, la gorge et la région sous-caudale d'un roux vif et le front marqué de chaque côté, immédiatement au- dessus et en avant de l'œil, d'une petite tache d'un roux brunâtre (réduction de la large bande sourcilière de la L. violacea), les femel- les ayant la tête et le dos d'un brun olivâtre, les ailes et la queue brunes avec des lisérés roux et les parties inférieures du corps d'un gris olivâtre avec un peu de roux sous la queue. La Loxigilla Richardsoni de Sainte-Lucie doit avoir de grands rapports avec la L. Sclateri de la même île, que l'on considère maintenant comme une variété de la L. noctis, et la L. barbadensis appartient encore au même type. Au contraire, chez la Loxigilla grandis, comme chez la L. portoricensis, le front seul reste noir chez les mâles, le dessus de la tête se colorant en roux marron et contrastant vigoureusement en arrière avec la teinte noire du dos, et, chose curieuse, le plumage des femelles ne diffère pas sensiblement de celui des individus de l'autre sexe (1). La Loxigilla grandis ne se distingue, paraît-il, de la L. portori- censis que par ses dimensions plus fortes et la nuance rousse plus foncée de la gorge et de la calotte du mâle ; aussi M. Lawrence et, après lui, M. Cory la considèrent-ils. sans doute avec raison, com- me une simple race locale de l'espèce de Porto Rico. De même la Loxigilla propinqua se rattache de très près, comme son nom même l'indique, à la L. noctis. Elle n'en diffère guère que par une taille plus faible, un bec plus grêle, un plastron plus étroit et une tache sourcilière plus allongée. M. Lawrence était donc pro- bablement dans le vrai en la décrivant comme une simple race de la Loxigilla noctis, de l'espèce des Antilles vulgairement connue sous le nom de Père Noir. En comparant les deux Loxigilla rapportées par M. de Dalmas aux diverses formes que je viens de passer rapidement en revue, je trouve qu'elles ont des affinités toutes particulières avec les Loxigilla noctis et propinqua mais qu'elles s'en distinguent nettement par leurs teintes. Chez l'un des Oiseaux de la Barbuda (n° 159 cat. voy.), (1) Sharpe, Cat. B. Brit. Mus., XII, p. 87 (d'après Cory). 184 SÉANCE DU 23 JUILLET 1895 la tête et le dos sont, en effet, d'un brun fuligineux, lavé de ver- dâtre et non d'un noir foncé comme chez le mâle de la Loxigilla noctis et les parties inférieures du corps sont d'un gris cendré, la gorge et les sous-caudales restant colorées en roux vif, mais la raie sour- cilière est plus nette et plus allongée que chez le Père Noir. Dans l'autre individu tué à la Barbuda et qui a été reconnu comme mâle, les teintes de plumage sont un peu plus foncées, mais toujours moins sombres que chez le mâle de la Loxigilla noctis. Je crois donc pouvoir désigner ces deux Oiseaux sous un nom particulier, sous le nom de Loxigilla Chazaliei, tiré du nom du yacht de M. le comte de Dalinas. Cette forme insulaire avait pu facilement rester ignorée, l'île de la Barbuda étant demeurée en dehors des explorations des naturalistes qui ont fourni aux Musées des Etats-Unis, au Muséum d'histoire naturelle de Paris et au British Muséum de nombreux spécimens de Loxigilla. Elle peut être carac- térisée en ces termes : Loxigilla Chazaliei, nov. sp. — L. noctis et L. propinquœ afïinis sed capite et dorso olivaceo-fuliginosis, nec nigris, abdomine obscure cinereo, superciliis rufis latioribus et longioribus maris distincta. Long. tôt. () m 130; alae 0*067 ; caudae m 050 ; rostri culm. m 011 ; tarsi 0*015, Je décris ici comme espèce la Loxigilla Chazaliei, parce qu'elle a probablement plus de titres à être considérée comme telle que la Loxigilla grandis et propinqua, auxquelles mon ami R. B. Sharpe n'hésite pas à reconnaître une valeur spécifique ; mais je suis persuadé qu'il ne s'agit ici que d'une forme dérivée du même type que la Loxigilla noctis. Il est assez intéressant de constater 1° que la forme la plus robuste, la Loxigilla violacea est précisément celle qui est distribuée sur les îles les plus vastes, sur les Grandes Antilles, tandis que la L. noctis, forme réduite de la L. violacea, est répandue avec les espèces ou les races qui s'y rattachent sur la plupart des Petites Antilles ; 2° qu'une forme nettement différen- ciée, la L. anoxantha, est cantonnée à la Jamaïque et qu'une autre forme presque aussi distincte, la L. portoricensis est spéciale à Porto-Bico, mais se trouve représentée à l'île Saint-Christophe par une forme extrêmement voisine, la Loxigilla grandis; 3° que la Loxigilla noctis est flanquée pour ainsi dire, aux deux extrémités de son aire d'habitat, par deux formes alliées, la L. Chazaliei à la Barbuda, et la L. propinqua sur les côtes de la Cuyane britannique. Il semble que cette dernière soit une race extrême et dégénérée du type Loxigilla qui atteint toute sa force, tout son épanouissement dans les Grandes Antilles et qui, en suivant la chaîne des Petites Antilles, vient s'éteindre sur le nord de l'Amérique méridionale. SÉANCE DU 23 JUILLET 1895 185 UN CAS DE NOMENCLATURE, par Maurice PIC. Les Règles de la nomenclature des Êtres organisés adoptées par les Congrès internationaux de Zoologie, à la suite des savants Rapports de notre Secrétaire général, M. le D r R. Blanchard, ne me semblent pas avoir tranché le cas de nomenclature sur lequel je crois devoir attirer l'attention : il s'agit du cas où les deux sexes d'une même espèce, dissemblables entre eux, ont été décrits par deux auteurs successifs, mais sous le même nom. Prenons des exemples parmi les Coléoptères : Ptinus (Bruchus) Perrini. — Reitter décrit la femelle en 1884, Abeille de Perrin décrit le mâle en 1894. Polyarthrun Desvauxi. — Fairmaire décrit le mâle en 1868, Pic décrit la femelle en 1892-1893. Leptura oblongomaculata. — Buquet décrit la femelle en 1840, Lucas décrit le mâle en 1842. Dans les cas de dimorphisme sexuel, alors que les deux sexes diffèrent plus ou moins l'un de l'autre et ont été décrits par deux auteurs distincts, il me semble équitable que les droits de propriété du second descripteur soient sauvegardés et que le nom de celui-ci figure dans la notation au même titre que celui du premier des- cripteur. On pourrait dire, en reprenant les exemples ci-dessus : Ptinus Perrini Reitter et Abeille de Perrin, Polyarthron Desvauxi Fairmaire et Pic, Leptura oblongomaculata Buquet et Lucas, comme s'il s'était agi d'une collaboration effective des deux auteurs et en ayant soin de citer d'abord le nom du premier descripteur. On pourrait encore écrire : Ptinus Perrini Rei ter-Abeille de Perrin, Polyarthron Desvauxi Fairmaire Pic, Leptura oblongomaculata Buquet-Lucas. Il ne me parait pas utile de préciser davantage, par l'adjonction des signes cT et $, qui permettraient pourtant d'indiquer quelle part de description revient à chacun des deux auteurs. La question mérite, je crois, d'être examinée ; on pourrait la soumettre au Congrès de Leyde, dont la décision serait accueillie avec faveur par un grand nombre de naturalistes. 186 SÉANCE DU 23 JUILLET 1895 M. R. Blanchard. — La question que soulève M. Pic ne mérite pas, selon moi, d'être portée devant le Congrès de Leyde. Elle con cerne, en somme, un des cas nombreux qui sont justiciables de la loi de priorité et qui ont d'ailleurs été envisagés dans mes deux Rapports. Le premier auteur doit, seul signer l'espèce. On devra donc écrire, dans les cas visés plus haut, Ptinus Perrini Reitter, Polyarthron Desvauxi Fairmaire et Leptura oblongomaculata Buquet. TROISIEME CONGRES INTERNATIONAL DE ZOOLOGIE Réunion de Leyde, 16-21 Septembre 1895 Le Congrès international de Zoologie, suivant le vœu exprimé à Moscou en 1892, va tenir sa troisième session à Leyde, du 16 au 21 septembre 1895. Ce Congrès, placé sous le haut patronage de S. M. la Reine régente des Pays-Bas, sera présidé par M. le D r F. A. Jentink, directeur du Musée national d'Histoire naturelle de Leyde. Le Congrès tiendra des Séances générales et des Séances de section. Dans les Séances générales il sera prononcé, par des zoolo gistes éminents, un discours en français, un en allemand et un en anglais. Pour les Séances de section, un certain nombre de zoolo- gistes ont déjà promis leur collaboration. Du reste, deux mois avant l'ouverture du Congrès, il sera publié et distribué aux membres inscrits le programme des séances, en même temps que celui des fêtes et des excursions. Nous pouvons annoncer aussi que des excursions particulièrement intéressantes seront organisées dans le Zuiderzée. Le programme publiera en outre les titres des discours annoncés pour les Séances générales, et les titres des communications mises à l'ordre du jour dans les Séances de section, à condition que le Secrétariat général soit averti en temps utile. En principe, les travaux et articles publiés avant le Congrès seront exclus du programme. La séance d'ouverture du Congrès, qui aura lieu le lundi 16 septembre, à onze heures du matin, sera précédée, le dimanche 15 septembre, à 9 heures du soir, d'une réunion préliminaire qui permettra aux membres du Congrès de faire connaissance. Les sections du Congrès sont réparties comme suit : / re section : Zoologie générale. Distribution géographique, y com- pris les faunes fossiles. Théorie de l'évolution. SÉANCE DU 2.'i JUILLET lSîJ.'i 1S7 2 e section : Classification des Vertébrés vivants et fossiles. Biono- mie. Distribution géographique, y compris les Vertébrés fossiles. 5 e section : Aoatomie comparée des Vertébrés vivants et fossiles. Embryologie. 4 e section : Classification des Invertébrés vivants et fossiles. Bio- nomie. Distribution géographique, y compris les Invertébrés fossiles. 5 e section : Entomologie. 6 & section : Anatomie comparée et embryologie des Invertébrés. Sont nommés membres du Congrès : 1° Les délégués du Gouvernement néerlandais et des Gouverne- ments étrangers ; 2° Les personnes qui se feront inscrire chez le Secrétaire général ou chez le Trésorier du Congrès, soit avant, soit pendant la durée de la session. Le Secrétaire général du Congrès est M. le D r P. P. C. Hoek, conseiller des pêcheries maritimes hollandaises, au Helder ; le Trésorier, M. le D 1 R. Horst, à Leyde. Le montant de la cotisation est de 25 francs; les cotisations sont recueillies par le Trésorier de la Société Zoologique de France. Dès maintenant un Comité de réception et de logement, chargé de faciliter le séjour des membres du Congrès, est installé à Leyde. Le secrétaire du Comité local, M. le D 1 Th. W. van Lidth de Jeude, à Leyde, fournit tous les renseignements nécessaires sur le prix des logements, etc. Les membres du Congrès pourront profiter des réductions que les chemins de fer accordent à l'occasion de l'Exposition d'Amsterdam. Le prix, aller et retour, valable pour quinze jours, avec arrêts facultatifs est, au départ de Paris : 50 fr. en 3 e classe; 76 fr. en 2 e , et 102 fr. 90 en l r «. Parmi les zoologistes français qui ont déjà donné leur adhésion, nous remarquons : MM. Th. Barrois, Lille. R. Dubois, Lyon. R. Blanchard, Paris. H. Haviland Field, Paris. E.CANu,Boulogne-sur-Mer. 11. Filhol, Paris. A. Certes, Paris. H. Cadeau de Kerville, M. Chaper, Paris. Rouen. J. Chatin, Paris. A. Giard, Paris. E. Chevreux, Bône. J. de Guerne, Paris. Ph. Dautzenberg, Paris. P. Hallez, Lille. Y. Delage, Paris. L. Joubin, Rennes. A. Dollfus, Paris. R. Koehler, Lyon. 188 séance £>tr 23 juillet 1895 MM. H. de Lacaze-Duthiers, MM. R. Oberthùr, Rennes. Paris. E. Olivier, Moulins. J. Joyeux-Laffuie, Caen. E. Oustalet, Paris. D. Lortet, Lyon. E. Perrier, Paris. A. G. H. Malaquin, Lille. J. Richard, Paris. A. F. Marion, Marseille. L. Roule, Toulouse. A. Milne Edwards, Paris. A. Sabatier, Montpellier. R. Moniez, Lille. Ch. Schlumberger, Paris. Ch. Oberthùr, Rennes. L. Vaillant, Paris. Cette liste, déjà longue, ne l'est pas encore suffisamment. Aussi adressons-nous à nos collègues un pressant appel ; il importe que la Société Zoologique de France soit largement représentée au Congrès de Leyde. C'est elle, en effet, qui, en 1889, a pris l'initiative hardie de ces réunions internationales. C'est elle aussi qui a assuré le succès inoubliable du premier Congrès de Paris en 1889. Il serait donc d'une grande importance, aussi bien au point de vue du bon renom de notre Société Zoologique qu'au point de vue national, que chacun de nous fît un effort pour s'y rendre personnellement et assurer ainsi le succès de cette grande réunion scientifique. En outre des personnes énumérées ci dessus, on peut compter encore sur la présence d'un certain nombre de Zoologistes français, dont la liste a été donnée, au fur et à mesure de leur inscription, dans le procès-verbal des dernières séances de la Société. Une réunion préparatoire doit avoir lieu le lo septembre, dans la soirée. Les personnes désireuses d'arriver à Leyde assez tôt pour y prendre part sont invitées à partir de Paris ce même jour, par le train rapide du matin. Des compartiments réservés de première classe, à trajet direct, seront demandés à la Compagnie des chemins de fer du Nord. Rf cd 16 Jun 1896 SÉANCE DU 23 JUILLET 1895 189 Ouvrages reçus depuis le 28 Mai 1895 1. E. Belloc, La flore algologique d'eau douce de l'Islande. Association française pour l'avancement des Sciences, Congrès de Caen, 1894. 2. In., Etude sur les lacs intra-glaciaires. Ibidem. 3. In., Nouvelles explorations lacustres, Pyrénées-Orientales, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Versant espagnol. Ibidem. 4. In., Recherches et explorations orographiques et lacustres dans les Pyrénées centrales. Annuaire du Club alpin, XXI, 1894. A. Hassall, List of the chief epizooties of Fasciolaris (Dislomatosis) and a bibliography of Fasciola bepatica. Journal of comparative medic. and veterin. archives, XV, n° 3-4-5, mars 1894 à mai 1895. L. B. he Kerhervé, De l'apparition provoquée des mâles chez les Daphnies (Daphnia psittacea), 5 e note sur la reproduction chez les Cladocères. Mém. de la Soc. Zoolog. de France, VIII, p. 200-211, 1895. H. Bacine, Luchon-thermal, élude climatologique, hydrologique et théra- peutique de Bagnères-de-Luchon. in-18, 82 pages. Luchon, 1895. B. Saint-Loup, Expériences de M. Millardet sur l'hybridation, exposé et discussion. Bev. des Se. natur. appl., 5 mai 1895. F. Secques, Deux monstres gastéropages adultes de Salmonidés. Bull, de la Soc. Zoolog. de France, XX, p. 119-122, 14 mai 1895. 1. Ch. Waroell Stilf.s, The anatomy of the Large américain Fiuke, Fasciola magna and a comparison with other species of the genus Fasciola. Journ. of comp. medic. and. veterin. Arch., XV, n os 3-4-5, mars 1894 à mai 1895. 2. Id., Notes on parasites. The Veterinary Magazine, p. 31-34, janvier 1895. 3. In., Notes on parasites, 33 et 34. Centralblatt fur Bakter. und Parasitenk. XVII, n°« 7-8, p. 254-257, 1895. 4. In., Notes on parasites, 36. Ibidem, XVII, n» s 13-14, p. 457-459, 1895. Ouvrages offerts par M. Ch. Alluauh : G. Cuvier, Rapport sur la partie zoologique de l'expédition Duperrey. Ann. se. natur., VI, p. 5-20, 1825. 1. C. Dareste, Mémoires sur un Chat iléadelphe à tête monstrueuse. Ibidem, (3), XVIII, p. 81-94, 1852. 2. In., Mémoire sur la production artificielle de monstruosités dans l'espèce de la Poule. Ibidem, (4), XVII I, p. 243-276, 1862. Dessalines n'ORRiGNY fils, Note sur deux espèces de Ptérocère observées dans le calcaire jurassique du département de la Charente-Inférieure. Ibidem, V, p. 189-194, 1825. Dufosse, De l'hermaphrodisme chez certains Vertébrés. Ibidem, (4), V, p. 295-334, 1856. Geoffroy Saint-Hilaire, Mémoire sur la structure et les usages de l'appareil olfactif chez les Poissons, sicivi de considérations sur l'olfaction des animaux qui odorent dans l'air. Ibidem, VI, p. 323-354, 1825. Paul Gervais, Documents zoologiques pour servir a la monographie des Chéiroptères sud-américains. Ibidem, (4), V, p. 204-223, 1856. JouRnAN, Description des restes fossiles de deux grands Mammifères, genre Bhizoprion et genre Dinocyon. Ibidem, (4), XVI, p. 369-374, 1861. H. oe Lacaze-Duthiers, Mémoire sur le développement des branchies des Mollusques acéphales lamellibranches. Ibidem, (4), V, p. 5-47, 1856. Ch. Lespés. Sur un Némalode parasite des Termites. Ibidem, (4), V,p. 335, 1856. B. P. Lesson, Observations générales d'histoire naturelle faites pendant un Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 14 1 ( J0 séance du 23 juillet 1895 voyage dans les Montagnes-Bleues de la Nouvelle-Galles du Sud. Ibidem, VI, p. 241-266, 1825. E. Magitot et Ch. Robin, Mémoire sur un organe transitoire de la vie fœtale désigné sous le nom de cartilage de Meckel. Ibidem, (4), XVIII, p. 214-242, 1862. G. Mantell, Note sur un nouveau genre de Reptile fossile, Iguanodon. Ibidem, IV, p. 473-482, 1825. A. Mùller, Note sur le développement des Lamproies. Ibidem, (4), V, p. 375-388, 1856. E. L. Ordonez, Note sur la distinction des sexes et le développement de la Trichina spiralis des muscles. Ibidem, (4), XVIII, p. 325-330, 1862. De la Pylaie, Note sur l'Encornet des pêcheurs, Loligo piscatorum N. Ibidem, IV, p. 319-334, 1825. 1 . Quoy et Gaimabd, Observations sur les Biphores et les Béroés faites pendant le voyage autour du monde de la corvette TUranie, commandée par M. Louis de Freycinet. Ibidem, VI, p. 27-50, 1825. 2. Id., Description de cinq genres de Mollusques et de quatre genres de Zoophytes découverts pendant le voyage autour du monde de M. Louis de Freycinet. Ibidem, VI, p. 73-88, 1825. 3. lu., Remarques sur les Oiseaux pélagiens et sur quelques autres Palmi- pèdes spécialement considérés sous le rapport de leurs mœurs et de leur distri- bution géographique sur les grandes mers du, globe. Ibidem, V, p. 123-188, 1825. 4. Id., Remarques sur quelques Oiseaux de la province de Rio-de-Janeiro et des environs de Montevideo, sur leurs mœurs et leur distribution géographique. Ibidem, IV, p. 473-482, 1825. Stein, Recherches sur le développement des Torlicelles comparé h celui des Grégarinides. Ibidem, (3), XVIII, p. 95-108, 1852. A. Valenciennes, Mémoires sur le genre Ictides, Mammifère carnassier de la famille des Civettes. Ibidem, IV, p. 57-62, 1825. Ouvrages offerts par M. le D r R. Blanchard : Bédart, Ectrodactylie quadruple des pieds et des mains se transmettant pen- dant trois générations. Comptes-rendus de la Société de Biologie, 7 mai 1892. 1. G. Cotteau, La géologie au Congrès de Limoges en 4890. Bull, de la Soc. des se. histor. etnatur. de l'Yonne, 2 S semestre 1890. 2. Id., La géologie au Congrès de Pau, notes de voyages. Ibidem, 2' semestre 1892. 3. Id. La géologie aux Congrès de Fribourg et de Marseille en 1891, in-8°, 28 pages, Auxerre, 1892. 4. Id., Les délégués des Sociétés savantes à la Sorbonne, session de 1895. Bull, de la Soc. des se. hist. et nat. de l'Yonne, 1 er semestre 1893. 5. Id., Le Congrès de l'Association française â Besançon, rtunion de la Société helvétique des sciences naturelles à Lausanne. Ibidem, 2" semestre 1893. H. Gadeau de Kerville, Les Moutons à cornes bifurquées. Le Naturaliste, 15 mai 1894. 1. A. Le Double, Orbiculaires des paupières. Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, publié sous la direction du docteur A. Dechambre. Paris, 1881. 2. Id., Deltoïde. Ibidem, Paris, 1881. V. Loi'ez Seoane, Sur deux nouvelles formes de Perdrix d'Espagne. Mém. de la Soc. Zoolog. de France, VII, p. 92, 1894. F. Babé, Observations sur les passages d'Oiseaux dans le département de l'Yonne. Bull, de la Soc. des se. hist. et nat de l'Yonne, 1 er semestre 1892. 191 LE CONGRES ZOOLOGIQUE DE LEYDE COMPTE- RENDU SOMMAIRE par Eugène GAUSTIER. Le troisième Congrès international de zoologie s'est tenu à Leyde du 16 au 21 septembre 1895. La parfaite réussite des Congrès de Paris (1889) et de Moscou (1892), avait déjà démontré l'utilité de ces réunions internationales ; le succès encore plus grand, si possible, du Congrès de Leyde, vient d'en affirmer la vitalité. La Société zoologique de France n'oublie pas que c'est sur son heureuse initiative que fut fondé le Congrès de zoologie ; aussi est ce avec un sentiment de joie, de fierté même, qu'elle enregistre le succès croissant de cette réunion scientifique, et qu'elle en constate l'évo- lution progressive. Environ 250 zoologistes, dont 56 Français, avaient répondu à l'appel du Comité d'organisation, composé de : MM. Jentink, directeur du Musée d'histoire naturelle de Leyde, et Président du troisième Congrès ; Hubrecht, professeur à l'Univer- sité d'Utrecht, et Président de la Société néerlandaise de zoologie ; Hoek, directeur de la Station zoologique au Helder, Secrétaire général du Congrès; et Horst, conservateur au Musée de Leyde, Trésorier du Congrès. Mais ce n'est pas seulement par le nombre des zoologistes venus à Leyde que ce Congrès a été remarquable ; il a été surtout brillant par le haut intérêt scientifique des communications qui y ont été faites, par les discussions qui y ont été soulevées et par les décisions d'une grande importance qui y ont été prises. En somme, assistance nombreuse, organisation excellente, discussions intéressantes, fêtes et réceptions réunissant les Congressistes, tout cela a contribué au succès. Le dimanche 15 septembre, la plupart des membres du Congrès arrivaient à Leyde, et le soir même, ils se réunissaient au Cercle Amicitia, dans le but de faire connaissance. Et là, les amis des précédents Congrès ou d'anciens camarades d'études se retrouvaient, de nouvelles amitiés se nouaient, surtout après les paroles si cor- diales du professeur Hubrecht qui, avec infiniment d'esprit et une facilité d'élocution remarquable, souhaitait la bienvenue aux Con- gressistes en français, en allemand et en anglais. Parmi les Français présents à Leyde, citons : MM. Milne- Edwards, 192 R. Blanchard, E. L. Bouvier, A. Certes, J. de Guerne, H. Filhol, E. Perrier, C. Schlumberger, L. Vaillant, délégués du Gouverne- ment ; M mô et M lle R. Blanchard, prince Roland Bonaparte, G. Achille, E. Caustier, Chevreux, Comte de Dalmas, Ph. Dautzen- berg, A. Dollfus, H. Fischer, Fockeu, H. Gadeau de Kerville, J. Guiart, Baron L. d'Hamonville, Ch. Janet, L. Joubin, C. van Kempen, F. Mocquard, R. Moniez, R. Oberthùr, E. Olivier, L. Per- rier fils, Pruvot, Racovitza, J. Richard, G. Roche, Rotrou, E. Simon, L. Vaillant fils. Parmi les savants venus d'Allemagne, MM. J. V. Carus, Eimer, Hensen, F. E. Schultze, Spengel, R. Virchow, Weissmann ; d'Autri- che, M. Grobben ; de Belgique, MM. de Selys-Longchamps, Ch. Julin, A. Lameere ; de Danemark, M. Lùtken ; des Etats-Unis, MM. H. Haviland Field, Marsh, Scott, W, Stiles, Weysse ; de la Grande-Bretagne, MM. W. H. Flower, J. H. Fullarton, Hickson, J.Murray, Sedgwick, Sharpe, d'Arcy Thomson ; de Hongrie, M. Apâ- thy ; de Croatie, M. Brusina ; d'Italie, M. Emery ; du Japon, M. S. Goto ; de Norvège, M. Collett ; de Russie, MM. Kovalevsky, Salensky, Shimkevitsh, Zograf ; de Suède, M. Lèche ; de Suisse, MM. Studer et Yung. Enfin, pour citer quelques noms parmi les nombreux savants hollandais venus à Leyde, MM. Bolsius, Bùttikofer, Hœk, Hoffmann, Horst, Hubrecht, Jentink, van Lidth de Jeude, Reuvens, Max Weber et Dubois (de Java). Un mot sur l'organisation matérielle du congrès : un Bulletin, publié par les Secrétaires du Congrès, donnait chaque matin, en français, l'ordre du jour des séances de la journée, le programme des excursions et des fêtes, et enfin un compte-rendu sommaire des séances de la veille rédigé en français, ou en allemand, ou en anglais. Le programme des séances générales, celui des séances dites de sections, sans oublier celui des fêtes et excursions, qui n'était pas le moins chargé, ont été suivis et épuisés dans tous leurs détails. Aussi, pour mieux marquer la part qui revient à chacune de ces trois parties, allons-nous classer les travaux du Congrès sous ces trois titres. I. — SÉANCES GÉNÉRALES ET CONFÉRENCES C'est aux questions générales que l'on consacra les trois séances plénières. Le lundi 16 septembre, dans la mâtinée, avait lieu la séance d'ouverture, sous la présidence de M. S. van Houten, Ministre de 193 L'Intérieur. Dans un discours où abondent les idées philosophiques généreuses et élevées, le Ministre souhaite la bienvenue aux Congressistes; il souscrit de tout son cœur aux belles paroles que M. Milne-Edwards prononça au Congrès de Paris, en 1889 : « Ces réunions provoquent des rapprochements, elles créent des rela- tions durables, elles apprennent aux membres de la grande famille scientifique à se connaître et à s'estimer, et, en établissant entre eux des liens de confraternité, elles feront disparaître peu à peu les malentendus qui divisent les nations. » M. Jentink, Président du Congrès, montre ensuite l'importance des questions qui vont être mises en discussion; puis sir W. Flower, MM. A. Milne-Edwards, de Selys-Longchamps et Wardell Stiles, présidents des délégations anglaise, française, belge et américaine, expriment leurs sympathies pour les Pays- Bas et remercient le Comité d'organisation de son accueil. M. le professeur Weissmann (de Fribourg en Brisgau) prononce alors un discours dans lequel il défend le principe de la sélection, en attirant particulièrement l'attention sur ce qu'il nomme la sélection germinative (germinal sélection), idée nouvelle qu'il faut ajouter aux idées de Darwin et de Wallace sur la sélection entre les individus, et à celles de W. Roux sur la lutte réciproque entre les parties constituantes d'un même organisme. M. Weissmann a complété ainsi le principe de la panmixie qu'il défendait précédem- ment. M. le D r R. Blanchard lit ensuite son rapport sur le prix institué, en 1892, par le Congrès de Moscou en l'honneur de S. A. I. le Grand Duc Nicolas Alexandrovitsh (actuellement S. M. l'Empereur de Russie) ; au nom de la commission, il propose de décerner ce prix à M. le D r Scharff, membre de l'Académie royale d'Irlande et Con- servateur au Musée de Dublin, pour son mémoire intitulé : Étude sur les Mammifères de la région holarctique et leurs relations avec celles des régions voisines (1). A l'unanimité, les conclusions du rap- port de M. Blanchard sont adoptées et M. Schariï est proclamé lauréat. On procède, avant de lever la séance, à l'élection de six secrétaires pour les six sections du Congrès. Le mardi 17 septembre, ont lieu deux Conférences : l'une dans l'après-midi, de M. le P r Scott, sur les Lacs tertiaires de l'Amérique du Nord et sur leurs Mammifères; l'autre, dans la soirée, de (1) Ce travail sera publié dans nos Mémoires. 194 M. R. B. Sharpe, qui, dans une captivante causerie sur Les curiosités de la vie des Oiseaux, fait défiler une série d'admirables projections, coloriées par un artiste bien connu des naturalistes, M. Keulemans. La conférence de M. Sharpe fut honorée de la présence de S. M. la Reine des Pays-Bas, de S. M. la Reine Régente, Patronesse du Congrès, et de S. 'A. R. la Princesse Pauline de Wurtemberg. Le 18 septembre avait lieu la seconde séance plénière, au début de laquelle M. le professeur A. Milne-Edwards communique un mémoire sur les ressemblances qui existent entre la faune des îles Masca- reignes et celle de certaines lies de VOcéan Pacifique Austral. 11 établit, en s'appuyant sur les observations de Newton, de Caldwell, de Forbes, et sur les récents documents trouvés, en 1889, par M. Sau- zier, que les îles Mascareignes se rattachaient jadis à un vaste conti- nent qui, peu à peu, a été submergé par l'Océan, ne laissant paraître que quelques points culminants sur lesquels se sont réfugiés les représentants de la Faune. Cette savante communi- cation est écoutée avec une grande attention et reçoit un chaleu- reux accueil de tout l'auditoire. M. Jentink prie ensuite M. Milne-Edwards, Président du Comité permanent, de vouloir bien présider la séance ; M. Milne-Edwards se rend à cette invitation et donne la parole à M. le prof. F. E. Schultze (de Berlin), qui présente le livre d'adresses des zoolo- gistes [Zuolof/ischex Adressbuch) récemment publié sous les auspices de la Société zoologique allemande. M. Schultze présente également le programme d'un ouvrage intitulé Bas Thierreich, œuvre de compilation dont il sera le rédacteur en chef. M. le prof. E. L. Bouvier expose ensuite son rapport sur le projet de réforme bibliographique de M. H. H. Field, projet que la Société zoologique de France encourage de toutes ses forces, et par son appui moral, et par une souscription qu'elle a ouverte. Les conclu- sions du rapport de M. Bouvier sont adoptées, et il est procédé à la nomination d'une Commission internationale, chargée de veiller au bon fonctionnement du Bureau bibliographique. Sont nommés membres de cette Commission: MM. J. W. Spengel (Allemagne), J. Sydney Hickson (Angleterre), W. B. Scott (Etats-Unis), R. Blan- chard (France), P. P. C. Hoek (Hollande), Shimkevitsh (Russie), A. Lang (Suisse). M. le professeur Schultze demande qu'une commission de cinq membres soit également nommée pour réunir en un seul code avec le même texte en trois langues, les règles de la nomencla- ture des Êtres organisés. Sont élus membres de cette commission : 195 MM. R. Blanchard (Paris), J. V. Carus (Leipzig), Jentink (Leydc). Pli. Sclater (Londres), \V. Stiles (Washington). M. W. Stiles, daus le but de faciliter l'envoi de spécimens scien- tifiques, obtient l'appui du Congrès pour demander certaines modi- fications aux conventions postales internationales. Le 19 septembre, nous apprenons une heureuse nouvelle : Le Sénat de l'Université d'Utrecht vient de conférer le Doctorat en Zoologie et en Botanique honoris causa aux éminents savants sir W. Flower, MM. Milne-Edwards et Weissmann. Enfin le 21 septembre, à 2 heures, séance de clôture du Congrès sous la présidence de M. A Jentink. M. John Murray expose ses dernières recherches sur les grandes profondeurs de la mer ; l'émi- nent naturaliste du Challenger dit que la plus grande profondeur observée dans l'Océan est de 8 500 mètres, la profondeur moyenne étant de 4 500 mètres. A ces profondeurs la température de l'eau est constante dans toutes les régions, et elle est de — 3° ; tandis qu'elle est, à la surface, de 28° à l'équateur et de 0° aux pôles. Il n'a pas rencontré, dans ces profondeurs, d'animaux pouvant repré- senter les espèces éteintes ; souvent même les animaux de ces profondeurs, à part leurs organes lumineux et leur manque de couleurs éclatantes, ressemblent à ceux des profondeurs moins considérables. Enfin il signale la ressemblance des animaux des latitudes septentrionales avec ceux des latitudes méridionales, et il explique ce fait curieux en admettant qu'autrefois le fond de l'Océan avait la même faune dans toute son étendue. Après les remerciments du Président, M. Milne-Edwards pro- nonce quelques mots qui sont accueillis par de vifs applaudisse- ments : « A la suite de l'éloquent discours de M. J. Murray, dit-il, je suis assuré d'être l'interprète des naturalistes présents à ce Congrès et de ceux du monde entier, en exprimant mes sentiments d'admiration pour l'œuvre accomplie par nos savants amis de l'Angleterre. L'expédition du Challenger a porté des fruits merveil- leux. Et le monument scientifique ainsi élevé par les savants anglais constitue un titre de gloire dont une nation a le droit d'être fière. » Après quelques mots de M. le baron (I'Hamoxville sur la protec- tion des Aigrettes et des Oiseaux de Paradis, le Président, au nom du Comité d'organisation, propose la ville de Londres comme siège du quatrième Congrès, en 1898, et sir W. Flower comme Président de ce Congrès. Sir W. Flower est élu par acclamation président du prochain 196 Congrès. Diverses personnes ayant proposé que celui-ci ait lieu soit à Cambridge, soit à Edimbourg, on laisse à sir W. Flower le soin de prendre une décision à cet égard. Après une courte allocution de MM. Milne-Edwards, de Selys- Longchamps et Studer, le Président prononce la clôture du troisième Congrès. II. — Séances de Sections Les séances de sections ont été très suivies ; de nombreuses communications y ont été faites. Nous allons les énumérer. l re Section : Zoologie générale. Distribution géographique, y com- pris les faunes fossiles. Théorie de l'évolution. Le 16 septembre, séance présidée par M. F. E. Schultze. — Commu- nications de M. A. Sedgwick sur de nouvelles théories cellulaires; de M. Hensen sur de nouvelles études du Plankton; du prince Roland Bonaparte sur les recherches de zoologie marine faites à bord du vapeur le Roland; de M. Lutken sur une expédition dans les mers subarctiques pour l'exploration des grandes profondeurs ; de M. Scott sur la relation des variations individuelles avec l'origine des espèces. Le 19 septembre, séance présidée par M. Lutken. — Communi- cations de M. S. Apâthy sur la structure du système nerveux des Invertébrés ; de M. A. Janet à propos de considérations méca- niques sur les variations des espèces ; de M. Th. Eimer sur Yortho- génèse et l'impuissance des théories darwiniennes à expliquer la formation des espèces. Le 21 septembre, communications de M. S. Brusina sur les types animaux de la zone arctique, et de M. J. Richard sur la dernière campagne scientifique du yacht la Princesse Alice. 2 e Section : Classification des Vertébrés vivants et fossiles. Distribu- tion géographique. 3 e Section : Anatomie comparée des Vertébrés vivants et fossiles. Embryologie. Ces deux sections se sont fusionnées. Séance du 16 septembre, présidée par M. C. Marsh, assisté de M. Hoffmann, vice-président, et de M. Reuvens, secrétaire. Com- munications de M. Zograf sur l'origine de la faune lacustre de la Russie d'Europe; de M. L. Vaillant sur la constitution de l'épine osseuse de la Carpe. 107 Le 17 septembre, séance présidée par M. A. Smitt, assisté de M. van Kempen; M. Marsh parle des affinités et de la classification des Diuosaurieus ; M. Buttikofer esquisse les résultats zoologiques de l'Expédition néerlandaise au Centre de Bornéo ; M. Lutken parle des Mammifères fossiles des cavernes du Brésil. Le 19 septembre, séance présidée par sir W. Flower, assisté de M. L. Vaillant. — Communications de M. Sharpe sur la distribution géographique des Oiseaux de proie ; de M. Scott sur le genre Elotherium et aussi sur l'origine de la faune mammalogique de l'Amérique du Nord ; de M. Mocquard sur quelques Beptiles et Batraciens nouveaux du Haut-Oubanghi (Congo français) ; de M. Smitt sur les principes qu'il a appliqués à la rédaction de la nouvelle édition de ses Poissons Scandinaves ; de M. Forest sur l'élevage de l'Autruche et la conservation des Aigrettes et des Oiseaux de Paradis. A la 3 u Section, sous la présidence de M. Zograf, communications de M. Lèche (Stockholm) sur le développement du système den- taire des Mammifères; de M. B. Semon (Iéna) sur les membranes embryonnaires et les organes annexes des Vertébrés; de M. Hurrecht sur des préparations anatomiques et microscopiques du placenta de certains Lémuriens. A la séance présidée par M. Emery, communications de M. Zograf sur l'odontographie des Ganoïdes Chondrostés ; de M. van Bemmelen sur l'anatomie comparée des Tortues ; de M. Bashford Dean sur le développement de Lepidosteus, Amia et Acipenser. Passons sous silence l'élucubration fantaisiste et extra- scientifique dont une dame a cru devoir gratifier le Congrès. Le samedi matin, à la séance présidée par M. B. Virchow, M. le D r Duhois (de Java) fait une communication qui a captivé au plus haut point l'attention du Congrès; il présente les ossements du Pithecanthropus erectus, Primate qui viendrait se placer entre les Singes anthropoïdes et l'Homme. Ces ossements, au nombre de trois (calotte crânienne, une molaire et un fémur), sont insuffisants pour permettre de conclure. Une discussion intéressante s'élève entre MM. Dubois, Virchow, Marsh, Bosenberg, Martin et Flower; il semble en résulter que ces ossements pourraient provenir d'un Homme au crâne déformé ou d'un Singe Anthropoïde appartenant à une espèce éteinte. 4 e Section : Classification des Invertébrés vivants et fossiles. Distri- bution géographique. 6 e Section : Anatomie comparée et embryologie des Invertébrés. Ces deux sections se sont souvent réunies pour accomplir leurs 198 travaux. Le 17 septembre, à la séance présidée par M. de Guerne, communication de M. Wardell Stiles sur les Cestodes du Lapin américain; de M. S. Goto sur quelques Trématodes ectoparasites trouvés sur les côtes atlantiques de l'Amérique du Nord; de M. Sydney Hickson sur la classification des Alcyonaires ; de M. R. Blanchard sur les Hirudinées des Indes néerlandaises et de la région indo malaise ; de M. A. Dollfus sur la distribution géographique, en Europe, des Armadilliens (Isopodes terrestres). A la 6 e Section, communication de M. Ed. Perrier sur l'organi- sation du Laboratoire maritime de Tatihou, près Saint- Vaast-la- Hougue; du R. P. H. Bolsius sur les néphridies des Hirudinées; de M. Kovalevsky sur l'anatomie des Clepsines; de M. Julïn sur un travail de M. Legros relatif au développement et à la structure des organes sexuels chez les Ascidiens et YAmpkiorus. Le 19 septembre, M. Perrier préside, assisté de M. Salensky. Dans une courte et belle improvisation, M. Kovalevsky rend hommage à la mémoire du P r Huxley, qu'il considère comme le fondateur de l'embryogénie moderne. M. Kovalevsky parle ensuite de glandes lymphatiques de Scorpin curopœus ; M. Shimkevitsh, des premiers stades du développement des Copépodes parasites ; M. Gilson, sur les organes septaux de YOwenia; M. Ph. Dautzenberg de quelques Mollusques des grands fonds de l'Atlantique et dragués par S. A. le Prince de Monaco aux Arores ; M. E. Perrier sur la classification des Vers. Dans la séance de l'après-midi, présidée par M. Salensky, assisté de M. Metzger (de Mùnden), communications de M. Julin sur l'épi- carde, le péricarde, le cœur et le stolon des larves de Distaplia magnilarva ; de M. Salensky sur le développement du cœur de la Grenouille. 5 e Section : Entomologie. Le 16 septembre, présidence 'M. de Selvs-Longchamps, assisté de M. A. Dollfus. — Communication de M. Emery (de Bologne) sur le polymorphisme des Fourmis et la castration alimentaire ; du R. P Wasmann sur les Myrmécophiles et les Termitopliiles. Le 17, présidence de M. E. Simon, assisté de M. R. Oberthûr. — Communications de M. de Selys-Longchamps sur le progrès dans la connaissance des Odonates ; de M. Piepers sur le mimétisme chez certains Insectes. Le 19, présidence de M. Lameere. — M. Th. Eimer parle sur la formation des espèces caudées du genre Papilio et sur leurs rela- 199 tions génétiques ; il s'appuie sur ces faits pour rejeter la théorie de la sélection pour la remplacer par Vorthogénhe. III. — RÉCEPTIONS, FÊTES ET EXCURSIONS Cette partie du Congrès a été des plus attrayantes, aussi bien par l'intérêt des excursions et visites aux Musées que par l'accueil charmant et la cordialité exquise que nous avons rencontrés par- tout en Hollande. Disons tout d'abord que, pour nous rendre les excursions plus agréables et surtout plus profitables, M. le D r Hoek, secrétaire général du Congrès, eut l'heureuse idée de publier et de remettre à chaque Congressiste un Guide zoologique en Hollande. Ce petit volume renferme des articles fort intéressants sur la Hollande zoologique (Hoek), l'Enseignement de la Zoologie (Hoek, Hubrecht, Max Weber), les Musées zoologiques (Jentink), les Jardins zoolo- giques, la faune des Pays-Bas, les animaux et l'industrie, la pêche en Hollande (Hoek) et le climat des Pays-Bas (Snellen). Dès la chaleureuse réception qui nous avait été faite le dimanche soir au cercle Amicitia, nous étions renseignés sur l'hospitalité de cette vieille et pittoresque ville de Leyde. Le 1G septembre, à 4 heures, les membres du Congrès sont reçus à riIôtel-de-Yille par le Conseil municipal. Le bourgmestre, M. F. Was, nous souhaite la bienvenue par une spirituelle improvisation en français. Le soir, à 8 heures, un train spécial nous conduit à Katwijk-sur- Mer ; nous y entendons la musique de la Garde civique, qui exécute un programme choisi, complété par les hymmes nationaux qui sont accueillis avec enthousiasme. L'aspect de cette plage, envahie par la foule et illuminée par les feux d'une centaine de tonneaux de goudron, est très pittoresque; et les Congressistes qui, à leurarri vée, avaient été salués par cette inscription en lettres de feu : Vive le Congrès, ont dû conserver de cette soirée un agréable souvenir. Le mardi, 17 septembre, après le déjeuner offert par le Comité d'organisation, visite au Musée d'histoire naturelle, dont les richesses empilées réclament plus d'air et plus de lumière; puis visite au Jardin botanique, si riche en plantes exotiques, et où nous admirons la fameuse Victoria regia et une superbe collection de Nepenthes. Le soir, après la conférence de M. Sharpe, la plupart des Con- gressistes se rendent au cercle Minerva, où les étudiants leur 200 réservent une réception des plus chaleureuses. Les étudiants de l'Université de Leyde ont là une organisation matérielle parfaite, qui pourrait servir de modèle à nos Associations d'étudiants. Aux souhaits de Bienvenue que le président du cercle nous adresse en un très pur français, notre collègue M. le D r R. Blanchard répond par une heureuse improvisation qui obtient un véritable succès. Ce n'est que tard que nous pouvons nous soustraire aux manifes- tations enthousiastes, non sans avoir repris en chœur les hymnes nationaux hollandais et français, alternant avec le Io vivat des étudiants. Le mercredi 18 septembre, excursion au Hœk von Holland par un train que la Compagnie des Chemins de fer hollandais a mis gracieusement à notre disposition. Arrêt à Vlaardingen, l'un des ports les plus importants pour la pèche du Hareng; nous y visitons une usine où l'on prépare le Hareng salé. Au Hoek von Holland, nous embarquons sur un bateau qui, après une courte excursion à la mer du Nord, remonte la Meuse jusqu'à Rotterdam: cette char- mante excursion fait défiler sous nos yeux une série de merveilleux paysages à la Ruisdael. Mais ce qui cause surtout une profonde impression à tous les Congressistes, c'est l'entrée dans le port de Rotterdam, unique avec sa forêt de mâts et son rideau de verdure qu'animent çà et là les ailes des moulins à vent. Cette journée se termine par la visite du riche Jardin Zoologique de Rotterdam. Le jeudi 19 septembre, excursion à La Haye et à Scheveningue, où un excellent dîner nous est offert auKurhaus. Le vendredi 20 septembre, est la journée spécialement consacrée aux grandes excursions. Un train spécial mène les Congressistes à Amsterdam, où ils se divisent en trois groupes : Un groupe de 35 personnes se rend à 'sGraveland pour visiter le magnifique parc et la ménagerie de M. F. L. Blauw. Un groupe de 40 personnes va visiter la si curieuse île de Marken (Zuiderzée), en s'arrêtant au village de Broeck, devenu célèbre par sa propreté exagérée. Enfin, 48 autres personnes vont au Helder visiter la Station Zoologique de la Société néerlandaise de Zoologie ; elles y reçoivent de son Directeur, M. le D r Hoek, assisté de sa charmante famille, un accueil inoubliable. Le soir, les excursionnistes se retrouvent à l'Exposition d'Ams- terdam et se racontent leurs impressions ; chacun prétend avoir fait l'excursion la plus intéressante. Enfin, le samedi 21 septembre, a lieu le grand banquet qui 2CH clôture les fêtes officielles. L'enthousiasme général montre bien la parfaite réussite du Congrès : chacun veut dire à sa manière les bienfaits du Congrès, d'où l'avalanche de discours prononcés. Le lendemain, après le Congrès, excursion à Amsterdam : visile du Jardin zoologique, des Musées et de l'Aquarium de la Société royale de Zoologie, Natwra artis magistra. Après le déjeuner, gra- cieusement offert par la Société Royale de Zoologie, les Congres- sistes se séparent, non sans se donner rendez-vous au prochain Congrès. En résumé, si un Congrès international doit être une réunion d'hommes travaillant à une même œuvre scientifique, heureux de s'entretenir de ce qui se fait dans chaque nation et de ce qui reste à faire, nous pouvons dire que, grâce aux organisateurs du Congrès de Leyde, ces conditions ont été remplies. Tout avait été prévu et préparé avec intelligence et méthode; et l'on ne saurait trop répéter que, si les programmes ont pu être suivis de point en point, tout le mérite en revient au Comité d'organisation. Aussi, je crois répondre au sentiment de tous les Congressistes en remerciant ce Comité, et plus particulièrement le Secrétaire général du Congrès, le D r P. P. C. Hoek qui, par son exquise affabilité, a su se faire de chacun de nous un véritable ami. Pour terminer, je ne saurais mieux résumer ma pensée qu'en rappelant les paroles prononcées par M. Milne-Edwards à la séance de clô- ture et si chaleureusement accueillies : « La vitalité des Congrès de Zoologie s'est affirmée, et ils ont pris une nouvelle forme en s'infusant le sang généreux de la Hollande. Ils continueront leurs travaux en Angleterre, et, de l'autre côté de la mer, nous trouverons encore à serrer des mains amies. » Puissions nous tous nous rencontrer en 1898! » 202 Séance du 22 Octobre 1895 PRÉSIDENCE DE M. LE PROF. L. VAILLANT, PRÉSIDENT M. le prof. R. Bergh, de Copenhague, correspondant de l'Institut, assiste à la séance et prend place au Bureau sur l'invitation de M. le Président. M. J. de Guerne s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. M. F. Meunier adresse un exemplaire de sa photographie pour l'album de la Société. M. J. Richard offre à la Société, de la part de S. A. le Prince de Monaco, le fascicule IX des Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht par S. A. le Prince Albert I er de Monaco. Ce mémoire, rédigé par notre collègue, le D r L. Joubin, professeur à la Faculté des sciences de Rennes, se rapporte aux Céphalopodes recueillis par l'Hirondelle. Sur dix-sept espèces étudiées, quatre sont nouvelles : l'une, Octopus Alberti, a été ramenée par le chalut, de 250 m , dans le golfe de Gascogne. Une autre, Chiroteuthis Grimaldii, remarquable par la présence d'yeux thermoscopiques, a été prise près de Corvo dans un chalut envoyé à 1445 m , mais elle a peut-être été capturée pendant la montée de l'appareil; sa structure montre qu'il s'agit d'une forme batbypélagique. Trachclotcuthis Guernei et Taonius Richardi ont été trouvés dans l'estomac des Germons. Le travail du D r Joubin est accompagné de six planches, dont la dernière, faite d'après les uotes de couleur prises par M. de Guerne, représente une belle couronne tentaculaire d'un Céphalo- pode rare, Alloposus mollis Verrill. M. Certes émet le vœu que la Société, qui était en vacances au moment de la mort de M. Pasteur et qui, pour cette raison, n'a pu être officiellement représentée à ses obsèques, exprime les regrets que lui cause la perte irréparable que vient d'éprouver la science. La proposition de M. Certes est adoptée à l'unanimité. Il est décidé, en outre, qu'un exemplaire du procès-verbal contenant la présente résolution sera adressé à Madame Pasteur. M. R. Blanchard dit qu'il est revenu d'un voyage à l'étranger pour assister aux obsèques de M. Pasteur, et qu'il a signé sur le registre non seulement en son nom particulier, mais aussi au nom de la Société. En ce faisant, il était certain de répondre au sentiment intime de tous ses confrères. SÉANCE DU 22 OCTOBHE 1895 203 MM. R. Blanchard et J. de Guerue présentent M. Marius Aubert, aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle, palais de Long- champ, à Marseille (Bouehes-du-Rhone) ; et M. le D r d'Arcy Thomson, professeur à l'Université de Duudee (Ecosse). MM. Blanchard et Roche présentent M. le D r J. H. Fullarton, naturaliste au Fishery Board for Scotlaud, à Edimbourg (Ecosse). MM. Blanchard et Schlumberger présentent M. Châles Julin, professeur d'auatomie comparée à l'Université de Liège (Belgique). MM. Joubin et Racovitza présentent M. Georges Pruvot, profes- seur à la Faculté des sciences de Grenoble (Isère). MM. Joubin et Guitel présentent M. Guyot, chef des travaux pratiques de Zoologie à la Faculté des scieuces de Rennes (111e et- Vilaine). La souscription ouverte parmi les membres de la Société, en vue de la constitution du Bureau bibliographique international, atteint actuellement un total de 1075 francs. Total des listes précé- dentes : 965 francs. Ont souscrit : S. A. S. le Prince de Monaco, 100 francs ; M. Ch. Janet, 10 francs. Les fonds sont déposés entre les mains de M. R. Blanchard, au- quel on est prié d'adresser toute souscription. M le Secrétaire général présente la photographie des membres du Congrès international de Zoologie de Leyde. Il donne un aperçu des travaux qui y ont été faits et indique les résolutions qui ont été prises, concernant la création du Bureau international de Bi- bliographie et l'unification des règles de la nomenclature adoptées parles différents Congrès, etc. On trouvera du reste plus haut un rapport de M. Caustier sur les travaux du Congrès. A l'occasion de la communication faite par M. Fr. Secques, le 25 juin dernier, sur la destruction des petits Oiseaux (1), M. Certes demande que la liste des communications ou rapports dressée par M. Secques soit complétée par les mentions suivantes : 12 mars 1889. — M. Petit signale la destruction par milliers des Hirondelles à leur arrivée sur nos côtes aux environs de Marseille. Il demande à la Société d'émettre le vœu que les pouvoirs publics prennent des mesures pour empêcher la destruction de ces Oiseaux. là mai 4889. — Communication de la réponse favorable du Ministre de l'Intérieur. (1) Fr. Secques, La destruction des Oiseaux utiles. Bull. Soc. Zool. de France, XX, p. 172, 1895. 204 SÉANCE DU 22 OCTOBRE 1895 9 juin 4891. — M. Certes, délégué par la Société au Congrès de l'Association pyrénéenne, à Bordeaux, rend compte de ses travaux. 11 a présenté, au nom de la Société, et fait adopter par le Congrès un vœu relatif aux mesures à prendre pour arrêter la destruction des petits Oiseaux. Il propose de déposer le même vœu à l'Associa- tion française pour l'avancement des Sciences, qui tient son Congrès à Marseille. Ce vœu, qui n'avait pas été voté au Congrès de 1891, est présenté de nouveau à celui de Pau, par M. Certes ; il est voté par les sections de zoologie et d'agronomie et finalement adopté par le Congrès comme vœu de l'Association française pour l'avan- cement des Sciences. 28 juillet 4891. — Lettre de M. le D r Rabé, en date du 22 du même mois, annonçant la création dans l'Yonne, dès 1890, de la « Société protectrice des Oiseaux », qui y prospore. A cette occasion, M. L. Petit insiste sur ses précédentes communications. 43 novembre 4894. — M. X. Raspail présente une note sur la protection des Oiseaux utiles. M. Fr. Secques. — Je connais fort bien les documents que M. Certes vient de rappeler ; c'est à eux que j'ai fait allusion, à deux reprises, en parlant des nombreux vœux émis par la Société en faveur des petits Oiseaux. Dans l'index bibliographique, je me suis borné à mentionner les communications ayant un titre. Sur le point de partir pour Zurich, pour y installer le Bureau international de bibliographie zoologique, M. le D r H. H. Field rend compte de l'état actuel de la question et spécialement des négociations engagées avec M. le prof. J. V. Carus, de Leipzig. Différentes personnes prennent part à la discussion qui s'ensuit. M. H. W. Brôlemann présente un travail sur les Myriapodes recueillis par M. Ch. Alluaud, aux îles Séchelles. Renvoi aux Mémoires. OBSERVATIONS SUR LES MŒURS DU CROTALE DU NORD (CROTALOPBORUS K1RKLANDI) par Percy SELOUS (de Greenville, Mich.) Le 11 septembre de l'année passée, j'ai capturé un Crotale vivant : l'ayant placé dans une cage, je commençai de prendre des observations sur ce Serpent dangereux. Bien que je lui offrisse des Grenouilles, il n'en voulut point et ne mangea rien du tout. SÉANCE DU 22 OCTOBRE 1895 205 L'hiver m'obligea à le mettre dans la cave; il y resta endormi jusqu'au 10 avril. Ce jour-là, je tâchai encore une fois de lui faire prendre une Grenouille, mais sans succès. J'introduisis alors dans sa cage une Souris vivante : les allures du Serpent changèrent immédiatement; la Souris chercha à se cacher dans une couver- ture ; mais elle fut promptement mise en déroute et saisie. Il ne s'agit point ici de fascination ; le Crotale attrape simple- ment sa victime et la mord, par précaution, en lui instillant du venin. En effet, après avoir tenu sa proie pendant quelques secondes, durant lesquelles la Souris lutte de plus en plus faible- ment, il la rejette; encore quelques contractions spasmodiques, puis la Souris reste tranquille et morte (1). Le Serpent parait alors se mettre lui-même en observation : il se glisse autour de sa cage en agitant sa sonnette. Satisfait, appa- remment, de n'avoir pas à craindre d'être interrompu, il saisit la Souris de nouveau, cette fois par le nez, et commence à l'avaler, opération qui dure environ de cinq à sept minutes. Depuis onze mois qu'il est en captivité, il a déjà mangé neuf Souris, et chaque fois il a procédé à peu près de la même façon. J'ai gardé en captivité plusieurs Serpents non venimeux, je les ;ii tellement apprivoisés que quelques-uns ont voulu me prendre une Grenouille dans la main. Ils commencent toujours, d'après mon expérience, à avaler leur proie dès qu'elle est saisie, soit par la tête, soit par la patte postérieure: la victime disparaît lentement, en criant et en se débattant jusqu'à la fin. 11 est donc évident que ce n'est pas simplement une terreur extrême qui rend la Souris insensible et passive. S'il en était ainsi, le même phénomène devrait se produire chez les animaux saisis par le Tropidonotus sirtalis et d'autres qui s'emparent de leur proie de la même façon que le Crotale. Quand j'ai pris ce Crotale, il était long d'environ m 90 ; main- tenant il mesure un mètre. Le 28 juillet, il changea de peau : je voulais examiner avec soin si une paire de sonnettes croîtrait à ce moment ; il faisait alors plus froid et le Crotale se tint souvent caché dans sa couverture. Quand je le vis le 3 août, alors qu'il pre- nait une Souris, il n'avait encore que les six paires de sonnettes qu'il possédait auparavant. Le 6 août, je le vis encore et cette fois (t) Quelquefois, le Crotale ne retient pas la Souris après l'avoir frappée, mais le coup est donné aussi vite que l'éclair. La Souris court quelques pas et tombe : elle est toujours morte en moins d'une minute. Une Brebis que j'ai vu mordre (j'ai tué le Crotale) est morte en vingt-cinq minutes. Bull. Soc. Zool. de Fr., 1895. xx. — 15 206 SÉANCE DU 22 OCTOBRE 1895 la nouvelle paire était visible ; elle avait tellement la couleur des écailles du corps qu'il fallait y regarder attentivement. J'espère pouvoir m'assurer si ces Serpents acquièrent seulement une paire de sonnettes chaque année ; je ne suis pas du tout con- vaincu qu'on puisse compter leur âge de cette façon. Selon une croyance répandue ici, mon Crotale serait âgé de sept ans, mais cela ne me paraît pas probable. J'ajoute encore qu'à l'approche d'une tempête ce Serpent devient très inquiet et rampe tout autour de la cage, en bruyant vigoureu- sement, comme s'il était enragé. NOTE SUR LES CARABIDAE DES SCHISTES DE SCHERNFELD, par Fernand MEUNIER. On connaît encore relativement très peu les Coléoptères méso- zoïques. Dès 1828, Munster décrit quelques pétrifications d'Arti- culés, et Germar publie, en 1837, un beau mémoire, pour l'époque de son apparition, où il fait mention de plusieurs Coléoptères. En 1839-1842, Geinitz signale dans la craie saxonne des trous qui semblent avoir été formés par des Cerambycidae. Moore indique, en 1861, un Carabide du Lias inférieur. Deichmûller et Oppenheim étudient en 1886-1888, plus minutieusement, les empreintes de ces êtres et nous donnent de nouvelles diagnoses d'Insectes appar- tenant à cet ordre. Enfin en 1893, je me suis occupé des Buprestidae du calcaire lithographique de Solenhofen. Je viens de rencontrer deux fossiles de Carabidae dans les collections du Musée Teyler à Haarlem (n os 13177 et 13178). Ces empreintes m'ont été obligeamment communiquées par M. le D r T. C. Winkler. (1) Je rectifie d'abord quelques erreurs qui se trouvent dans l'ouvrage de Deichmûller (2). Cet auteur décrit un Insecte sous le nom de ? Amara pseudo- zabrus, qui n'a aucun rapport avec le genre cité, ni avec les Zabrus. Chez ces Coléoptères, la taille est petite et n'atteint jamais (1) Catalogue systématique de la collection paléontologique du musée Teyler, p. 100. Haarlem, 1876. (2) Die lnsecten aus dem lithograp Irise hen Schiefer im Dresdener Muséum. Mitth. aus dem k. miner, geolog, und praeh. Mus. in Dresden, p. Go et 66. Cassel, 1886. SÉANCE DU 22 OCTOBRE 1895 207 27 millimètres de longueur. La partie postérieure du thorax, qui a la même largeur que l'abdomen chez ces deux genres, est cordi- forme chez les Calosoma. Deichiniiller fait remarquer, avec raison, que ce fossile peut seulement se placer avec doute dans le genre Amara. En présence d'une seule empreinte, il aurait dû se borner : * -\J Procalosoma Giardi, mihi. Grandeur naturelle. à dire qu'elle appartenait à un Carabide. De plus, s'il avait exa- miné les A nuira paléarctiques et néarctiques, il se serait bien gardé de donner à cet Articulé une désignation générique. La ligure à elle seule ne plaide guère en faveur de son opinion, et je trouve qu'elle montre à l'évidence que ce paléoentomologiste a eu un tout autre Insecte sons les yeux (pi. V, fig. 9). J'ai étudié l'empreinte et la contre-empreinte d'un Carabide qui